Le point Vétérinaire n° 307 du 01/07/2010
 

BIEN-ÊTRE ANIMAL

Infos

FOCUS

Marie-Aude Montély*, Jean-Pierre Kieffer**


*DGAL/SDSPA, chef du bureau
Protection animale
251, rue de Vaugirard
75732 Paris Cedex 15
**Président de l’OABA
10, place Léon-Blum, 75011 Paris
www.oaba.fr

Le vétérinaire joue-t-il un rôle important pour le bien-être animal ? Deux experts répondent à nos questions.

Le praticien a-t-il une place dans l’évaluation du bien-être animal en élevage ?

• Le rôle du vétérinaire dans le bien-être animal est incontestable, comme en témoigne la définition qu’en donne l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) (encadré). Chaque jour, il agit concrètement pour un meilleur niveau de bien-être animal dans les élevages français, en choisissant la meilleure analgésie ou anesthésie pour prévenir la douleur, ou en assurant la prévention et le traitement des maladies des animaux.

Toutefois, les vétérinaires ne sont pas toujours aussi sensibilisés aux aspects relatifs au comportement animal, discipline assez récemment introduite dans le cursus vétérinaire, qu’aux soins aux animaux. Quand le praticien pense “comportement”, il pense le plus souvent aux troubles du comportement rencontrés en médecine canine, ou à la sécurité de la contention en rurale et en équine, mais peu à la possibilité d’expression de comportements normaux en élevage ou à la conduite éthologique des animaux.

• La méthode Welfare Quality®(1) est issue du plus grand projet de recherche européen mené dans le domaine du bien-être animal. Elle est très intéressante car elle établit une mesure standardisée de celui-ci orientée sur les résultats pour l’animal. S’il a été mené par des scientifiques spécialistes du domaine, ce projet a été avant tout pensé pour être pratique, avec des mesures concrètes et assez faciles à réaliser, afin d’évaluer le bien-être animal.

Son objectif initial était double :

– informer l’éleveur sur la performance de son élevage au regard de chacune des mesures, lui permettant ainsi de se classer et de voir ses marges de progrès ;

– donner une appréciation globale de l’élevage, qui pourrait éventuellement être utilisée dans le cadre, par exemple, de cahiers des charges relatifs à des certifications de produits déjà existantes, ou en vue de la création d’un étiquetage “bien-être” spécifique.

Toutefois, le devenir de cette méthodologie, qui est une marque déposée du consortium scientifique, semble encore incertain. Sera-t-elle réellement appliquée à grande échelle dans des processus de certification privée ? A-t-elle vocation à remplacer à terme certains contrôles officiels tels que ceux menés dans le cadre de la conditionnalité des aides ? La fréquence même des audits n’est pas encore définie, ni même les personnes qui vont réaliser ces derniers.

Certains distributeurs se sont dits intéressés par la méthodologie et le débat pourrait donc s’accélérer dans les prochains mois. Étonnamment, la Commission européenne, grand financeur de ce projet de recherche, ne semble qu’assez peu intéressée par la concrétisation de ce projet sur le terrain et n’est pas vraiment à l’origine du débat.

• Dans ce débat, les vétérinaires devraient rapidement prendre connaissance de la méthode et se positionner sur leur rôle. Nous pensons que la longueur de l’audit d’évaluation d’un élevage va effectivement rendre prohibitif le recours systématique à un vétérinaire. En revanche, les praticiens devraient avoir un rôle majeur pour préparer l’élevage aux audits Welfare Quality®, puis pour analyser les résultats et aider l’éleveur à progresser en vue du prochain audit.

Par exemple, pour parler concrètement, une des mesures dans les élevages de vaches laitières consiste à établir un score en lien avec la prévalence et la sévérité des boiteries. N’importe quel observateur formé de manière adéquate peut relever cette mesure. En revanche, le vétérinaire est le plus à même d’analyser la ou les causes des boiteries, qui peuvent être diverses, et proposer à l’éleveur un plan d’action pour améliorer la performance de son élevage sur ce point, en vue d’un prochain audit.

Il n’est pas non plus inimaginable qu’une partie des mesures de la méthodologie puissent être utilement incluses dans la visite sanitaire en élevage.

• Ainsi, que cela soit par le biais de la méthodologie développée par le projet Welfare Quality® ou d’une manière générale dans leur exercice de tous les jours, les vétérinaires ont un rôle important à jouer pour le bien-être animal.

La prise de conscience de l’importance du bien-être animal dans la formation initiale et continue de tous les acteurs est relativement récente. La première conférence internationale sur le sujet, intitulée “First international conference on animal welfare education – Everybody is responsible”, aura lieu à Bruxelles les 1er et 2 octobre prochains.

Le vétérinaire joue-t-il un rôle dans la prévention de la maltraitance des animaux d’élevage ?

• Les nombreuses procédures pénales engagées par les associations de protection animale, dont l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA), le prouvent : les cas de maltraitance ou d’abandon de soins des animaux d’élevage sont encore trop nombreux. La majorité des cas concerne des bovins, des ovins, des caprins et des équidés délaissés par leur détenteur (photos 1 et 2).

Outre les actes délibérés de maltraitance, des manques de soins, de nourriture et d’abreuvement responsables de mortalité sont constatés, dans des conditions qui font la une de certains journaux locaux et qui conduisent leurs auteurs devant les tribunaux. Mais avant d’en arriver à ces situations extrêmes de mouroirs d’animaux, la profession vétérinaire peut intervenir.

• Le vétérinaire praticien a une mission importante de maintien de la qualité sanitaire de l’élevage en France. Cette mission pourrait être étendue au volet du bien-être animal de façon systématique et avoir ainsi une visée préventive. Comme l’OABA l’a demandé lors des Rencontres animal et société, la visite sanitaire bovine pourrait inclure un bilan de protection animale, sur la base des grilles utilisées lors des contrôles pour la conditionnalité des aides de la Politique agricole commune (PAC). La méthode Welfare Quality® constituerait une évaluation globale performante de l’élevage. Cela pourrait être étendu aux autres filières.

Par ce bilan “bien-être animal” sur le terrain, le praticien exercerait pleinement son rôle de conseil auprès de l’éleveur, mais aussi d’alerte auprès des services vétérinaires qui sont parfois informés tardivement des situations critiques.

• L’insuffisance des moyens de contrôle officiel pour la conditionnalité des aides est regrettable et explique la découverte tardive d’élevages à forte mortalité par manque de soins, qui continuent à percevoir les aides. La faible fréquence de ces contrôles et le peu d’incidence sur le montant des aides n’ont pas de caractère dissuasif. Un renforcement des moyens humains des services de contrôle serait requis.

Une révision des procédures administratives et judiciaires du retrait des animaux s’impose. Il n’existe pas de fourrière pour les animaux d’élevage. Les bêtes maltraitées sont confiées à des associations de protection animale qui doivent assumer seules leur entretien jusqu’au jugement des auteurs de mauvais traitements. Alors que des animaux sont morts de faim, de soif, qu’ils ont agonisé pendant des semaines, certains tribunaux ne retiennent qu’une simple contravention pour mauvais traitements ou absence de nourriture. Voir des individus continuer à détenir des animaux alors qu’ils ont été condamnés pour avoir laissé mourir leurs bêtes est choquant. Une qualification correctionnelle semblerait davantage appropriée car elle seule permettrait au tribunal de prononcer l’interdiction d’exercer la profession d’éleveur ou de posséder des animaux.

• Intervenir précocement pour aider les élevages en détresse est une mission que devaient remplir les conseils départementaux de santé et de protection animales (CDSPA), en regroupant les professionnels, les organismes d’aide et les associations de protection animale. Il est regrettable que le fonctionnement de ces CDSPA se trouve au point mort dans la plupart des départements.

En attendant, le vétérinaire peut détecter les élevages en détresse et prévenir la maltraitance, volontaire ou par abandon de soins, en jouant son rôle de conseiller auprès de l’éleveur et, si besoin, donner rapidement l’alerte avant que la situation empire.

  • (1) Voir l’article “Évaluation du bien-être selon la méthode Welfare Quality®” de Luc Mounier et coll., dans ce même numéro.

Encadré : Définition du bien-être animal selon l’OIE

« On entend par bien-être la manière dont un animal évolue dans les conditions qui l’entourent. Le bien-être d’un animal (évalué selon des bases scientifiques) est considéré comme satisfaisant si les critères suivants sont réunis : bon état de santé, confort suffisant, bon état nutritionnel, sécurité, possibilité d’expression du comportement naturel, absence de souffrances telles que douleur, peur ou détresse. Le bien-être animal requiert les éléments suivants : prévention et traitement des maladies, protection appropriée, soins, alimentation adaptée, manipulations réalisées sans cruauté, mise à mort ou abattage effectués dans des conditions décentes. La notion de bien-être animal se réfère à l’état de l’animal ; le traitement qu’un animal reçoit est couvert par d’autres termes tels que soins, conditions d’élevage et bientraitance. »

Ce bovin manque visiblement des soins élémentaires.

Les cas d’animaux délaissés, mourant de faim ou de soif, doivent inciter le vétérinaire à donner l’alerte.