Le point Vétérinaire n° 306 du 01/06/2010
 

Insuffisance rénale chronique chez le chat

Pratique

SUR ORDONNANCE

Marc Gogny*, Hervé Pouliquen**


*Auteur-coordinateur : Unité de pharmacologie et toxicologie, Oniris-Nantes BP 40706, 44307 Nantes Cedex 3

La réalité des effets des aliments complémentaires lors d’insuffisance rénale chronique mérite d’être étayée, même si des données expérimentales semblent en montrer l’intérêt.

Un chat de 9 ans atteint d’une insuffisance rénale chronique (IRC) est suivi depuis plusieurs mois par son vétérinaire. Jusqu’à présent, son seul traitement est le bénazépril, un inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine.

À la demande de la propriétaire, très motivée, qui a entendu parler de “nouveaux traitements” apparus sur le marché, le confrère décide de compléter la thérapeutique par Rubénal® et Rénalzin®. Le jour de la consultation, il réalise une prise de sang de contrôle et une bandelette urinaire.

La protéinurie est toujours présente, mais le rapport protéine/ créatinine urinaire n’a pas été évalué. La créatininémie est de 250 µmol/l (28 mg/dl) et l’urémie de 0,9 g/l. La pression artérielle systolique, mesurée par Doppler, est évaluée à 165 mmHg.

Rénalzin®

La chélation du phosphore digestif

Rénalzin®, aliment complémentaire sans autorisation de mise sur le marché (AMM), contient du kaolin, de la vitamine E, à l’effet anti-oxydant, et du carbonate de lanthane, un chélateur du phosphore. Après la période “restriction protéique” des années 1980, il a été montré que les bénéfices de la restriction protéique lors d’IRC sont liés à la diminution concomitante de la phosphatémie. Le phosphore est supposé entraîner la précipitation rénale de cristaux d’hydroxyapatite, et cette néphrocalcinose favoriserait la dégénérescence des néphrons. De plus, l’hyperphosphatémie de l’insuffisant rénal engendre secondairement une hypocalcémie et un hyperparathyroïdisme qui aggravent le processus. La réduction de la biodisponibilité du phosphore permettrait donc de préserver les néphrons encore fonctionnels. Chez le chat, il a été démontré que le carbonate de lanthane diminue significativement la phosphatémie et l’excrétion du phosphore. Aucun essai clinique contrôlé ne permet aujourd’hui d’en affirmer l’efficacité, par exemple en termes de durée de survie.

Rubénal®

Un effet antifibrotique et antisclérosant rénal

Rubénal®, aliment complémentaire sans AMM, contient des extraits de rhubarbe (Rheum officinale). Cette plante contient des anthraquinones, notamment la rhéine et l’émodine, dont les effets purgatifs sont connus.

De nombreuses publications, issues notamment de Chine, où Rheum fait partie de longue date de la médecine traditionnelle, semblent montrer in vitro, ou dans des modèles expérimentaux in vivo chez le rat, que ces anthraquinones exercent des propriétés antifibrotiques, anti-angiogéniques, anti-inflammatoires et immunomodulatrices qui pourraient être intéressantes dans le traitement de certains cancers, des hépatites ou des pancréatites. Dans des modèles expérimentaux d’insuffisance rénale chronique, ces substances réduisent significativement l’urémie, la créatininémie, la protéinurie et la glomérulosclérose. Cet effet pourrait résulter du blocage de l’expression de plusieurs facteurs profibrotiques et de l’antagonisme de certains récepteurs de l’adénosine triphosphate (ATP), réduisant l’infiltration monocytaire et la prolifération des cellules mésangiales. Cependant, il reste encore à en prouver l’efficacité chez des chats insuffisants rénaux dans des essais cliniques contrôlés.

Nélio®

Effet bénéfique des IEC désormais bien cadré

L’insuffisance rénale chronique du chat est très souvent associée à une hypertension artérielle. Leur relation réciproque de cause à effet n’est pas claire. Il est en revanche connu que l’hypertension capillaire glomérulaire concomitante de l’IRC favorise la glomérulosclérose, donc la progression de la maladie. Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) de l’angiotensine peuvent donc ralentir cette dégénérescence et augmenter l’espérance de vie, notamment en cas de protéinurie. Cependant, aujourd’hui, aucune étude montrant un bénéfice éventuel de l’ajout d’un chélateur du phosphore et/ou des anthraquinones de Rheum officinale n’est disponible. Il serait d’ailleurs raisonnable de se demander si le kaolin, présent dans Rénalzin®, ne pourrait pas diminuer la biodisponibilité des anthraquinones de Rubénal®.

  • La fiche DMV du médicament vétérinaire : Nélio® est consultable sur le site www.WK-Vet.fr, rubrique DMV/Roy.