Le point Vétérinaire n° 306 du 01/06/2010
 

MALADIES ÉMERGENTES DES RUMINANTS

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QUESTION DE LECTEUR

Emmanuel Bréard*, Corinne Sailleau**, Cyril Viarouge***, Alexandra Desprat****, Stéphan Zientara*****


*UMR 1161 Virologie Afssa-Inra-ENVA, Afssa-Lerpaz, 23, av. du Général-de-Gaulle, 94703 Maisons-Alfort.

Cette maladie représente le même danger pour l’Europe que la FCO au début des années 2000.

Le virus de la maladie hémorragique du cerf (epizootic hæmorhagic disease of deer virus [EHDV]) est un arbovirus comprenant sept ou huit sérotypes selon les sources. Il se transmet comme le virus de la fièvre catarrhale ovine (FCO), par piqûres de moucherons de type Culicoides, et selon le même spectre d’hôte : les ruminants. La sévérité des symptômes est la plus marquée chez le cerf.

Cette affection est endémique aux États-Unis et au Canada, où elle induit des signes cliniques exclusivement chez certaines espèces de cerfs. En Australie, en Asie du Sud-Est, en Afrique subsaharienne, et, depuis 2006, dans les pays du Maghreb (sérotype 6) et la péninsule Arabique (sérotype 7), elle se manifeste sous forme d’incursion saisonnière et provoque des signes cliniques chez les bovins. Ces épizooties, situées aux frontières sud et sud-est de l’Europe, sont probablement liées à la redistribution géographique du Culicoides. Celle-ci étant à l’origine de l’introduction de huit différents sérotypes du virus de la FCO en Europe depuis une décennie, l’EHD est considérée comme une maladie à haut risque d’émergence dans cette région du monde par l’Organisation mondiale de la santé animale et l’Union européenne.

Après une incubation de 5 à 10 jours et une cinétique de la virémie superposable à celle du virus de la FCO, plusieurs sérotypes (notamment les sérotypes 2 (souche Ibaraki), 6 et 7) entraînent des signes cliniques chez les bovins, identiques à ceux de la FCO (sérotype 8).

Le diagnostic est difficile à établir à partir des seuls signes cliniques, ces derniers pouvant être observés chez des animaux atteints de FCO, mais aussi de fièvre aphteuse, d’ecthyma contagieux, etc. Une confirmation par des examens de laboratoire est requise. Les méthodes de diagnostic sont identiques à celles mises en œuvre pour le virus de la FCO : isolement sur œufs embryonnés et sur cultures de cellules de mammifère ou d’insecte. La neutralisation virale en présence de sérums spécifiques nécessitant plusieurs semaines, la caractérisation est désormais le plus souvent effectuée par RT-PCR (real time polymerase chain reaction) spécifique du groupe EHDV, puis par RT-PCR amplifiant spécifiquement des portions du gène qui codent la protéine de capside (VP2) spécifiques de chaque sérotype. Le séquençage des produits d’amplification permet alors de déterminer le sérotype. Pour l’heure, aucun outil sérologique pour la détection des anticorps spécifiques de l’EHDV n’est commercialisé, ni aucune RT-PCR spécifique de sérotype.

Comme pour le virus de la FCO, les mesures sanitaires à mettre en place lors d’une épizootie d’EHDV sont la restriction des mouvements des individus sensibles, la lutte contre les vecteurs (désinsectisation) et la mise en hébergement des animaux pendant l’activité vectorielle. Ces dispositifs limitent l’expansion de la maladie, mais ne permettent pas son éradication. Seule la vaccination, comme pour la FCO, apporterait une prophylaxie efficace. Cependant, aucun vaccin n’est actuellement disponible.

Ainsi, par la similitude de la transmission des virus FCO et EHD (mêmes vecteurs), leur tropisme identique pour les ruminants, les signes cliniques similaires qu’ils induisent chez les bovins, à l’origine d’une perte économique, et les incursions récurrentes de l’EHDV depuis 4 ans dans les pays du bassin méditerranéen, l’Europe de l’Ouest se retrouve désormais dans la même situation sanitaire que pour la FCO au début des années 2000.