Le point Vétérinaire n° 304 du 01/04/2010
 

Avortement provoqué chez la lapine

Pratique

SUR ORDONNANCE

Anne Gogny*, Marc Gogny**, Hervé Pouliquen***


*Reproduction des animaux de compagnie
Centre hospitalier universitaire vétérinaire
**Unité de pharmacologie et toxicologie
Oniris, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 3

Cet antagoniste compétitif de la progestérone, largement utilisé pour provoquer l’avortement chez les carnivores, est proposé pour interrompre la gestation chez la lapine.

Un lapin nain femelle âgé de 5 mois est présenté pour établir un diagnostic de gestation. La lapine, entière, est restée avec ses frères jusqu’à son adoption deux semaines auparavant. Le propriétaire ne souhaite pas de portée, mais ne veut pas castrer son animal. L’état général de la lapine est bon et l’examen clinique ne décèle aucune anomalie. Une échographie abdominale révèle la présence de quatre ampoules fœtales et la gestation est évaluée à deux semaines.

Après que le vétérinaire a exposé au propriétaire l’intérêt et les risques de la castration chirurgicale chez le lapin, un avortement médical à l’aide d’aglépristone est décidé.

Maîtriser la reproduction de la lapine

Chez la lapine, la puberté se produit vers l’âge de 3 mois et la gestation dure 32 jours. Comme dans les autres espèces, le contrôle de la reproduction de la femelle passe par l’exérèse des organes reproducteurs, la prévention des chaleurs ou l’induction d’un avortement.

L’ovariohystérectomie de la lapine est fortement recommandée en prévention d’une gestation ou pour y mettre fin, car elle permet aussi de prévenir les adénocarcinomes utérins, fréquents dans cette espèce. De plus, cette solution présente l’avantage d’être définitive. Cependant, l’anesthésie est plus risquée chez le lapin que chez les carnivores (mortalité péri-opératoire de 1,39 % contre 0,1 % chez le chien), en raison notamment de la difficulté à intuber ces animaux [1].

Aucun des médicaments disponibles pour prévenir les chaleurs chez les carnivores ne possède d’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans l’espèce cunicole. Les progestatifs ont cependant montré de bons résultats chez la lapine : la delmadinone administrée à la dose de 30 mg/kg par voie sous-cutanée prévient les chaleurs pendant 2 à 4 mois [5]. Ces substances entraînent néanmoins des effets indésirables qui limitent leur utilisation.

L’aglépristone (Alizine®) provoque un avortement en bloquant l’action de la progestérone par antagonisme compétitif. Chez la lapine, ce traitement est efficace, au moins en début (J6) et en milieu de gestation (J15), avec une bonne sécurité d’emploi [3, 4].

Alizine®

Un bon rapport bénéfices/risques

Chez la lapine, par analogie avec les protocoles utilisés chez le chien, l’aglépristone est injectée par voie sous-cutanée à la dose de 10 mg/kg, 2 fois à 24 heures d’intervalle. Lorsque la première injection d’aglépristone est réalisée à J15, l’avortement débute 32 heures après, et l’expulsion complète des fœtus est obtenue 5 jours plus tard, ce qui équivaut aux délais observés chez la chienne [2, 3]. L’efficacité du traitement est de 100 % [3, 4]. Lors d’avortement en milieu de gestation, une baisse d’appétit associée à l’expulsion fœtale et des comportements d’œstrus irréguliers sont parfois observés [3]. Bien que les études publiées n’en fassent pas état à ce jour, des avortements partiels sont possibles. C’est pourquoi un contrôle échographique est indispensable 10 jours après le traitement.

Dans le cas présenté ici, l’administration d’aglépristone s’est révélée efficace, avec des effets indésirables limités.

Modifications des modalités d’utilisation de l’Alizine®

L’AMM de l’Alizine® ne concerne que l’espèce canine, dans l’indication de l’avortement provoqué. Néanmoins, le résumé des caractéristiques du produit a été modifié en 2009. Il prévoit, notamment une injection sous-cutanée dans la région du cou au lieu de la face interne de la cuisse, ce qui facilite la procédure en pratique. Le volume à injecter au même point ne doit pas dépasser 5 ml. Un contrôle échographique est à réaliser 10 jours après le début du traitement.

Par extrapolation, ces mesures peuvent aussi s’appliquer aux espèces chez lesquelles l’utilisation de l’aglépristone est documentée (chat, lapin, cobaye, loup).

  • La fiche DMV du médicament vétérinaire : Alizine®, consultable sur le site www.WK-Vet.fr, rubrique DMV/Roy.