Le point Vétérinaire n° 302 du 01/01/2010
 

Prévention de la FCO

Pratique

SUR ORDONNANCE

Liliane Rehby

24 rue du 8-mai, 71130 Gueugnon

Si la vaccination de masse des bovins et des ovins contre la FCO a montré son intérêt, celle des caprins reste à démontrer sur le plan clinique.

Un troupeau de chèvres laitières en production de fromages de chèvre fermiers au lait cru a une conduite au pâturage. Il se situe en Saône-et-Loire où cohabitent des troupeaux de bovins allaitants et de moutons à viande. L’éleveur demande à son vétérinaire la protection de son troupeau vis-à-vis de la fièvre catarrhale ovine (FCO) par la vaccination et l’utilisation d’un insecticide.

Vaccination de masse chez la chèvre

Une pertinence sur le plan clinique…

L’évolution de la FCO entre 2007 et 2008 en Europe montre une divergence clinique et une sensibilité moindre des caprins par rapport aux ovins et aux bovins. Des enquêtes réalisées en Saône-et-Loire, dans l’Indre (sérotype 8 ou BTV8), les Pyrénées-Orientales, en Ariège et dans l’Aude (sérotype 1 ou BTV1) soulignent pour le BTV8 le nombre de foyers et d’animaux concernés par foyer faible, des symptômes de gravité limitée et des complications rares. Les données sur le sérotype 1 (BTV1) sont plus rares et évoquent un tableau clinique différent. Des observations plus restreintes provenant principalement de l’Aude et de l’Ariège indiquent une morbidité plus importante dans certains élevages caprins avec de fréquentes boiteries et une mortalité très faible avec quelquefois des complications.

En 2008, la vaccination de masse des bovins, ovins et caprins contre le BTV8 a été décidée pour maîtriser cette maladie en partant des départements touchés en 2007. Chez les ovins et les caprins, la maladie était déjà présente et la vaccination s’est pratiquée trop tardivement dans un contexte défavorable. Le caractère obligatoire de vacciner les caprins a été très vite abandonné. En 2009, les élevages caprins hors-sol puis ceux qui utilisent le pâturage n’ont pas mesuré l’utilité de la vaccination par rapport à la faible expression clinique dans les troupeaux. De plus, la motivation des éleveurs s’est fortement émoussée car la situation de la FCO a évolué favorablement en France après les deux campagnes de vaccination massive chez les bovins et les ovins. La question de l’intérêt de la vaccination dans un élevage caprin, du point de vue clinique, peut donc se poser.

L’éleveur qui désire vacciner son élevage demande au préalable l’avis de son vétérinaire après en avoir calculé le rapport bénéfice/risque. Dans cet élevage, ont été choisis le vaccin BTVpur Alsap8® car il possède une autorisation de mise sur le marché (AMM) européenne centralisée, et le vaccin BTVpur Alsap1®(1) car il est produit par le même laboratoire (même dose, même voie, même protocole). L’utilisation hors AMM de ces vaccins chez les caprins doit être précédée de certaines précautions. Les autres vaccins qui auraient pu être utilisés sont le Bluevac 1® ovin, le Syvazul® ovin et le Zulvac 1® ovin avec des protocoles différents.

De nouveaux sérotypes sont apparus en Europe, le BTV6 aux Pays-Bas et en Allemagne et le BTV11 en Belgique, pouvant être en relation avec l’utilisation des vaccins atténués. Un nouveau virus apparenté a été isolé dans un troupeau caprin en Suisse. De plus, le BTV4 est présent en Espagne. Si de nouveaux sérotypes étaient identifiés en France, la question de la sensibilité de la chèvre laitière à la FCO devrait être à nouveau étudiée.

Versatrine®

… et les impacts sanitaire et environnemental ?

Les insecticides sont utilisés depuis longtemps dans la lutte contre les vecteurs de la FCO, les Culicoides, même si, auparavant, les connaissances sur la lutte chimique par application topique d’insecticides sur les animaux étaient très restreintes. Cela consistait, notamment chez les caprins, à prescrire Versatrine®, un pyréthrinoïde hors AMM. Depuis, des études conduites par le Cirad ont montré que la difficulté n’est pas l’efficacité intrinsèque de l’insecticide, mais la diffusion et la rémanence des formulations. À la suite d’une application de pyréthrinoïdes chez les animaux, une diminution du taux d’attaque et de la longévité des insectes en contact avec eux est observée, sans que la conséquence sur la diminution de la transmission soit connue. Une étude australienne évoque une application hebdomadaire. Il est donc important d’évaluer les impacts sanitaire et environnemental de l’utilisation répétée de pyréthrinoïdes. Par ailleurs, de récentes modifications des temps d’attente des spécialités pharmaceutiques contenant des pyréthrinoïdes vont certainement faire évoluer l’utilisation des insecticides chez les animaux en matière de FCO.

  • (1) Tous les vaccins BTV1 sont sous autorisation temporaire d’utilisation (ATU).

  • Les fiches DMV des médicaments vétérinaires : BTVpur Alsap8®, BTVpur Alsap1®, Versatrine® sont consultables sur le site www.WK-Vet.fr, rubrique DMV/Roy.