Le point Vétérinaire n° 302 du 01/01/2010
 

Chirurgie orthopédique bovine

Pratique

PAS À PAS

Arnaud Sartelet*, Kamel Touati**


*Clinique Vétérinaire Universitaire, Clinique des ruminants, Faculté de médecine vétérinaire, 20, Bd de Colonster, 4000 Sart-Tilman Liège, Belgique
**Clinique Vétérinaire Universitaire, Clinique des ruminants, Faculté de médecine vétérinaire, 20, Bd de Colonster, 4000 Sart-Tilman Liège, Belgique

L’arthrotomie donne de bons résultats lors d’arthrite septique du veau.

Dans le cas d’arthrite septique subaiguë à chronique, le traitement médical seul est inefficace, et les débris nécrotiques bouchent rapidement les aiguilles lors de drainage. Un traitement chirurgical, l’arthrotomie, permet de nettoyer l’articulation des médiateurs de l’inflammation, des débris nécrotiques et des caillots de fibrine, et d’évaluer les lésions. Elle est conseillée à l’éleveur lorsque aucune amélioration clinique n’apparaît après 4 à 5 jours de traitement médical, que l’arthrite évolue depuis plus d’une semaine, que l’arthrocentèse est négative malgré la tuméfaction ou que l’échographie révèle la présence d’un contenu hyperéchogène. Elle est réalisable sur les articulations du coude, du carpe, du boulet, du grasset, de l’épaule, du jarret et, chez les races non culardes, sur l’articulation coxo-fémorale. Il n’existe pas de limite de poids : cette technique est applicable chez les bovins adultes. Cependant, plus le bovin est lourd, plus les soins postopératoires sont longs et plus la guérison est lente.

Cette intervention est réalisée sous sédation profonde ou sous anesthésie générale (par exemple 0,2 mg/kg de xylazine par voie intramusculaire + 2 à 4 mg/kg de kétamine) [2]. Une anesthésie locorégionale est associée, sauf pour l’épaule et le coude, où sa réalisation est impossible.

L’arthrotomie est une technique chirurgicale simple, réalisable à la ferme si une hygiène correcte est respectée. L’inflammation chronique fait perdre tout repère anatomique, mais, de manière générale, l’incision s’effectue longitudinalement sur la distension articulaire. Une ponction à l’aide d’une aiguille peut aider à confirmer l’endroit d’incision et la profondeur. Pour l’épaule, le coude et le grasset, une seule incision suffit, suturée avec un fil synthétique résorbable en trois couches. Une canule intra-articulaire permet le drainage et l’administration quotidienne d’antibiotique pendant 5 jours. Pour le jarret, le carpe et le boulet, deux incisions apportent un meilleur drainage. Elles sont pratiquées sur chaque face du jarret et sur la face dorsale du carpe et du boulet, de part et d’autre du tendon des extenseurs des doigts. La cicatrisation se fait par seconde intention après le retrait du drain.

L’intervention dure de 30 minutes à 1 heure selon l’articulation. Le volume de liquide nécessaire pour le nettoyage est de 2 à 3 l au minimum.

L’arthrotomie donne de bons résultats. Dans une étude rétrospective menée à l’université de Liège, 14 veaux sur 20 traités par arthrotomie ont présenté une évolution favorable avec une croissance normale, bien qu’une légère boiterie soit conservée. Certaines femelles ont pu être mises à la reproduction. Les complications rencontrées dans cette étude sont la récidive au niveau de l’articulation traitée ou le développement d’une polyarthrite [3].

Préparation ( jarret) Le veau est placé en décubitus latéral, le membre atteint en position supérieure. À la ferme, à défaut de table, une palette est posée sur une balle rectangulaire. La tête et les membres non opérés sont attachés. Le membre traité, protégé par un champ, est laissé libre afin de pouvoir être mobilisé. Les onglons du membre traité sont enveloppés d’un gant.

Anesthésie locorégionale (membre postérieur) Une anesthésie locorégionale est conseillée en plus de l’anesthésie générale. Pour les articulations du membre postérieur, une anesthésie épidurale haute est réalisée avec de la lidocaïne 2 % (1 ml/10 kg). Les repères sont l’articulation sacro-coccygienne ou l’articulation entre la première et la deuxième vertèbre coccygienne et l’injection est pratiquée entre la première et la deuxième vertèbre coccygienne.

Anesthésie locorégionale (membre antérieur) Pour les articulations du boulet antérieur et du carpe, une injection intraveineuse rétrograde sous garrot de 10 à 15 ml de lidocaïne 2 % est indiquée.

Première incision ( jarret) Après l’asepsie du site chirurgical, une incision (2 à 3 cm) de la peau, du tissu sous-cutané et de la capsule articulaire est effectuée à la tuméfaction du cul-de-sac articulaire, en respectant les structures neurovasculaires, tendineuses et ligamentaires. Pour le jarret, l’incision est pratiquée au cul-de-sac situé entre le tibia distal et le calcanéum.

Évaluation et nettoyage de l’articulation (jarret) L’articulation est vidée du matériel inflammatoire et des débris nécrotiques. Après la mise en place d’un écarteur, la fibrine, les débris de cartilage et d’os sous-chondral sont retirés à l’aide d’une pince hémostatique. Les surfaces articulaires accessibles sont sondées pour évaluer les lésions.

Seconde incision et drainage de l’articulation (jarret) Pour le boulet, le carpe et le jarret, une seconde incision est effectuée après le sondage de l’articulation. Pour le jarret, elle est pratiquée sur chacune des faces. L’articulation est drainée avec 2 à 3 l de Ringer de lactate ou de NaCl 0,9 % sous pression, ou éventuellement d’une solution de chlorhexidine diluée à 5 %.

Pose d’un drain de Penrose (jarret) Lors d’arthrotomie du jarret, du carpe et du boulet, un drain de Penrose, noué sans être serré, permet de maintenir la communication dans l’articulation afin de pouvoir la flusher tous les 2 jours. Des éponges d’antibiotiques à libération progressive peuvent être mises en place [1].

Pansement (jarret) Pour le jarret, le boulet et le carpe, un pansement compressif de type wet to dry est mis en place. Il est renouvelé tous les jours pendant 5 jours, puis le changement est espacé en fonction de la production de liquide inflammatoire et purulent.

Soins postopératoires (grasset) Un traitement médical à base d’antibiotiques (3 semaines) et d’anti-inflammatoires (5 jours) est maintenu. Des soins locaux des plaies et des sutures sont réalisés quotidiennement. Le drain est retiré lorsque l’articulation est sèche et ne produit plus de liquide inflammatoire. Une physiothérapie quotidienne (manipulation passive) permet une meilleure récupération fonctionnelle.