Le point Vétérinaire n° 300 du 01/11/2009
 

Anesthésie du chien et du chat

Fiche clinique

Damien Spreux*, Delphine Holopherne**


*Service transversal d’anesthésie-réanimation, CHUV de l’ENV de Nantes, Atlanpôle, La Chantrerie, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 03
**Service transversal d’anesthésie-réanimation, CHUV de l’ENV de Nantes, Atlanpôle, La Chantrerie, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 03

La douleur associée aux fractures ou aux interventions chirurgicales distales au coude peut être gérée par le blocage sélectif des nerfs radial, ulnaire, médian et musculocutané.

Indications

L’anesthésie locorégionale permet de supprimer les influx nerveux sensitif et moteur des nerfs bloqués, et ainsi de réduire préventivement la douleur per- et postopératoire. En raison de son action analgésique, elle permet également de diminuer les besoins en agents anesthésiques lors d’anesthésie générale.

Principe de l’électroguidage

Le blocage sélectif des nerfs peut être réalisé en aveugle : les repères anatomiques permettent de localiser la région anatomique du nerf à insensibiliser. Cependant, cette technique en aveugle, en plus d’être approximative, n’est pas sans risque. En effet, pour être efficace, l’injection d’agents anesthésiques locaux doit être effectuée au plus près du nerf. L’animal étant sous anesthésie générale (ou sédation poussée), aucune réaction ne permet de prévenir une ponction du nerf (et éventuellement une injection intraneurale), dont la conséquence peut être une perte de fonction temporaire ou définitive. De plus, les anesthésiques locaux à haute dose sont toxiques pour l’organisme. Il convient donc de les injecter en faibles quantités pour un maximum d’effets (c’est-à-dire le plus près du nerf).

Diverses techniques sont possibles : les injections sous électroguidage ou sous électro- et échoguidages [1, 4]. L’électrostimulation des nerfs périphériques (sans échoguidage) est décrite ici.

• Le principe de l’électrostimulation des nerfs périphériques est de localiser précisément le nerf ou la gaine musculo-nerveuse à anes-thésier. Pour ce faire, des impulsions électriques sont émises en direction du nerf et se traduisent par des contractions des muscles innervés. L’électrostimulation des nerfs périphériques ne remplace en aucun cas les connaissances anatomiques. Au contraire, une connaissance approfondie de la topographie nerveuse dans la zone de sensibilité est requise. Plus la localisation du nerf est précise, plus l’installation du bloc complet est courte.

• Dans le cas du RUMM block, l’électro-stimulation du nerf radial provoque un mouvement d’extension, celle des nerfs ulnaire, médian et musculocutané, un mouvement de flexion de l’articulation radio-ulno-carpienne et des doigts [2, 5, 6, 7, 9].

• La recherche d’un nerf est effectuée en appliquant un courant de 1 mA et de 1 à 2 Hz.

L’aiguille est introduite à travers le tissu sous-cutané en direction du nerf à anesthésier, puis avancée jusqu’à ce que les premières contractions musculaires apparaissent dans la zone souhaitée.

L’intensité est alors réduite à 0,5 puis 0,2 mA. À cette dernière valeur, l’aiguille est suffisamment proche du nerf pour pouvoir injecter l’agent anesthésique.

L’injection d’agents anesthésiques locaux n’est réalisée que pour une stimulation efficace comprise entre 0,2 et 0,6 mA. Au-delà de 0,6 mA, la position de l’aiguille est trop éloignée du nerf stimulé. Au-dessous de 0,2 mA, elle en est trop proche, une injection intraneurale est alors possible. Cette dernière pouvant être dommageable, il convient de retirer légèrement l’aiguille avant d’injecter.

Matériel et technique

Les anesthésiques locaux requis sont la lidocaïne 2 % (Xylovet®) et la bupivacaïne 0,5 % (Bupivacaïne Aguettant 0,5 %®). La ponction des flacons s’effectue stérilement, les flacons multiponctionnables d’anesthésiques locaux étant préalablement désinfectés à l’aide d’une solution alcoolisée de chlorhexidine.

La lidocaïne et la bupivacaïne sont associées afin d’améliorer le délai et le temps d’action. La lidocaïne a une action rapide (latence : 3 à 5 min) mais courte (durée d’action : 1 à 1 h 30), alors que la bupivacaïne a une action lente (latence : 20 min) mais longue (durée d’action : 3 à 6 h).

• Lors du RUMM block, le bloc du nerf radial doit être effectué avant celui du nerf ulnaire. En effet, en médecine humaine, il a été montré que, lorsque le bloc radial est réalisé en premier lieu, une réponse motrice ulnaire est présente dans 50 % des cas, alors que, lors de bloc ulnaire, une réponse motrice radiale n’est observée que dans 10 % des cas [6].

• L’injection d’agents anesthésiques locaux doit être entrecoupée de fréquentes aspirations pour s’assurer de ne pas réaliser d’injection intravasculaire. Elle doit s’effectuer sans résistance, lentement (sur 30 s). Au fur et à mesure de l’injection, le bloc se met en place : le mouvement réalisé par la stimulation disparaît et ce, même à fort ampérage.

Le bloc est considéré comme réussi lors d’absence de réponse à l’électrostimulation.

Le RUMM block est une technique simple et efficace d’anesthésie locorégionale du membre antérieur, distalement au coude. Il représente une bonne solution alternative du bloc du plexus brachial [3, 4, 9, 10].

L’électrostimulation requiert du matériel spécialisé (électrostimulateur et aiguilles adaptées), dont l’investissement peut être rapidement rentabilisé en raison de l’intérêt de la technique (compter environ 850 € pour l’achat d’un électrostimulateur).

Cependant, en aucun cas, cette technique n’est suffisante pour la gestion de la douleur dans son intégralité. Elle s’inscrit en tant que composante de l’analgésie multimodale, au même rang que les morphiniques, les anti-inflammatoires non stéroïdiens et les α2-agonistes (lorsque leur utilisation est indiquée).