Le point Vétérinaire n° 299 du 01/10/2009
 

Question de lecteur

Élise Donzel

Service d’ophtalmologie, ENV d’Alfort, 7, avenue du Général-de-Gaulle, 94700 Maisons-Alfort

Les kératites mycosiques, fréquentes dans l’espèce équine, sont rares chez les carnivores domestiques. Toutefois, leur gravité et leur rapidité d’évolution nécessitent de mettre en place rapidement un traitement adapté.

Le traitement médical doit être intensif et comporte l’administration d’un antifongique par voie locale. L’administration d’un antimycosique par voie générale n’a pas montré de réel intérêt dans le traitement des kératomycoses. L’usage de différentes molécules est décrit. Toutefois, aucune spécialité ophtalmique n’est accessible aux vétérinaires français. L’emploi de molécules à usage humain destinées à la dermatologie, telles que des pommades ou des émulsions contenant de la terbinafine ou de l’éconazole, est possible. Deux à trois applications par jour sont recommandées. Les spécialités disponibles sont souvent irritantes et leur pénétration cornéenne est limitée. Ainsi, le clinicien doit ajuster la fréquence d’administration conseillée de manière à obtenir la meilleure concentration cornéenne en principe actif tout en limitant la survenue d’effets secondaires. Nous avons fait l’expérience de l’administration de terbinafine pour traiter plusieurs cas de kératomycose chez le cheval, avec succès. Le rinçage du globe oculaire à l’aide de povidone iodée diluée à 2 % peut compléter l’activité d’un antimycosique. Bien tolérée à cette dilution, elle conserve une action antifongique.

Un traitement adjuvant doit être mis en place pour prévenir et gérer les complications fréquemment observées lors de kératite mycosique. L’emploi d’antibiotiques à large spectre par voie locale afin de prévenir toute surinfection bactérienne doit être systématique. Si une iridocyclite est associée à l’ulcère, l’instillation d’atropine collyre et la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens par voie générale sont préconisées. Lors d’ulcère à collagénases, des instillations fréquentes de sérum autologue ou de N-acétylcystéine sont recommandées.

Lors d’ulcères profonds ou d’échec du traitement médical, une prise en charge chirurgicale doit être envisagée. Pour les ulcères profonds ou à collagénases, une kératectomie associée à une greffe de conjonctive est conseillée. Dans le cas des abcès stromaux, une greffe de cornée peut être réalisée.

Un suivi régulier est recommandé toutes les 24 à 48 heures les premiers jours de traitement afin de détecter rapidement toute évolution défavorable. La durée de la prise en charge est comprise entre 2 à 8 semaines, selon les auteurs. À l’arrêt du traitement, il convient de réaliser un examen cytologique pour s’assurer de l’absence d’agents fongiques.