Le point Vétérinaire n° 298 du 01/09/2009
 

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Éric Vandaële

4, square de Tourville 44470 Carquefou

Pfizer ouvre la voie de l’immunocastration en commercialisant un vaccin, Improvac®, pour suspendre la fonction testiculaire des verrats au moment de leur abattage.

Pour la première fois en Europe, un vaccin a été autorisé le 11 mai 2009 en vue d’induire une immunocastration. Le vaccin Improvac®, développé par Pfizer, est destiné seulement à la filière porcine dans des conditions d’emploi assez rigoureuses. L’indication du résumé officiel des caractéristiques du produit (RCP) est longue : « Induction d’anticorps anti-GnRH afin d’induire temporairement la suppression immunologique de la fonction testiculaire chez les porcs mâles entiers après la puberté (de plus de huit semaines d’âge). » Le RCP présente ainsi le vaccin comme une « alternative à la castration physique pour la réduction de l’odeur de verrat induite par l’androsténone (androgène), et, grâce à un effet indirect, par le scatole ».

Cette odeur de verrat est suffisamment gênante pour le consommateur de viande porcine pour que la castration des porcs soit généralisée dans la quasi-totalité des pays du monde (encadré). La castration sanglante est en effet efficace pour réduire l’odeur de verrat dans 98 à 99 % des cas, sans atteindre le taux de 100 %. Les porcs cryptorchides (0,5 %) échappent par exemple à la castration.

Une castration sans anesthésie controversée

En Europe, près de 100 millions de porcs sont castrés chaque année. Mais, depuis une dizaine d’années, cette castration “physique” ou “sanglante” est controversée. En effet, elle est réalisée chez de jeunes porcelets sans anesthésie ni analgésie, par l’éleveur lui-même, et avec un risque d’infection postopératoire d’autant plus important que les conditions sanitaires sont loin d’être celles d’un acte chirurgical. Si les porcelets à castrer sont âgés de plus de 7 jours, la réglementation européenne exige une anesthésie, une analgésie prolongée et une intervention réalisée par le vétérinaire (directive n° 2008/120/CE du 18 décembre 2008). Certains pays, comme la Suisse, les Pays-Bas, la Norvège, ont encouragé, puis imposé une anesthésie par application d’un masque sur le groin du porcelet avant la castration. Les deux gaz utilisés, le CO2 et l’isoflurane, ne seraient toutefois pas facilement accessibles en France pour les éleveurs de porcs, d’autant que l’isoflurane est un médicament humain réservé à l’usage hospitalier…

Une immunocastration mieux acceptée par les consommateurs

Face à la remise en cause croissante de la castration “sanglante”, le nouveau vaccin anti-GnRF (ou anti-GnRH), Improvac® (Pfizer), constitue une solution alternative innovante et séduisante. Les enquêtes auprès des consommateurs européens montrent une meilleure acceptation de l’immunocastration (72 % d’opinions favorables en France) par rapport à la castration “physique” (30 % d’opinions favorables). De plus, la vaccination anti-GnRH est aussi, voire un peu plus efficace que la castration (dans plus de 99 % des cas), notamment par un effet chez les animaux cryptorchides (0,5 % des porcs). Toutefois, la méthode nécessite qu’aucun porc mâle n’échappe aux deux injections vaccinales. Contrairement à ce qui se produit avec les vaccinations anti-infectieuses, l’éleveur ne peut pas compter sur une immunité de troupeau de 90 ou 95 % du cheptel. Si un seul porc n’est pas vacciné, il n’est pas “protégé” contre ses hormones stéroïdes par l’immunité de troupeau anti-GnRH développée par ses congénères. Et il risque alors d’être déclassé à l’abattoir.

Un vaccin anti-GnRH qui fait chuter les hormones stéroïdes

Le vaccin est composé d’un peptide analogue de GnRF ou GnRH (gonadolibérine) conjugué à une protéine de transport immunogène (toxine diphtérique) avec un adjuvant aqueux, le DEAE-dextran.

La vaccination entraîne la production d’anticorps anti-GnRH. En l’absence de GnRH active (non neutralisée par les Ac anti-GnRH), les gonadotrophines hypophysaires, LH et FSH, ne sont plus sécrétées. Les productions des hormones sexuelles stéroïdes chutent, notamment les androgènes chez les mâles, dont l’androsténone à l’origine de l’odeur de verrat dans la viande. La diminution des hormones stéroïdes provoque indirectement une réduction du scatole (par un effet indirect sur le métabolisme hépatique).

Une seule injection n’est pas suffisante

La suppression de la fonction testiculaire requiert deux injections de 2 ml par voie sous-cutanée à au moins 4 semaines d’intervalle. Une seule injection n’est pas suffisante pour obtenir un effet sur la fonction testiculaire. La première injection est réalisée chez des porcs pubères, c’est-à-dire à l’entrée dans la phase d’engraissement (à 8 semaines d’âge). La seconde injection est pratiquée 4 à 6 semaines avant l’abattage. L’action sur la fonction testiculaire apparaît 1 semaine après la seconde injection. Il convient néanmoins d’attendre au moins 3 semaines pour que l’androsténone et le scatole soient éliminés des tissus des animaux vaccinés. Cette immunocastration est seulement temporaire. Au-delà de 10 semaines, les taux d’androsténone et de scatole peuvent remonter significativement (figure 2).

Les bénéfices éthiques, médicaux et économiques

Les avantages pour la filière porcine sont multiples. La vaccination peut constituer une solution alternative viable sur le long terme à la castration douloureuse et controversée. Son coût reste raisonnable : 3 à 4 € par porc pour deux injections. Indirectement, l’état sanitaire des porcelets en pré- et postsevrage devrait être amélioré grâce à l’absence d’infections postopératoires dans le jeune âge. Cet effet est estimé à un point de mortalité avec un impact potentiel non évalué en faveur d’une moindre consommation d’antibiotiques.

Pour l’éleveur, le bénéfice est double. La vaccination lui permet de supprimer un acte pénible, répétitif et risqué. En effet, castrer à la chaîne des porcelets coincés entre ses genoux avec une lame de bistouri n’est pas sans risque pour le porcelet comme pour l’opérateur. Néanmoins, pour être vaccinés, les porcs charcutiers doivent être manipulés à deux reprises à un âge et à un poids où ils ne l’étaient habituellement pas ou peu. C’est donc aussi un vrai changement d’habitudes. Mais le bénéfice est aussi économique. Les porcs non castrés présentent une croissance et des performances légèrement supérieures à ceux qui le sont (entre 8 et 10 % en gain moyen quotidien) (tableau). La qualité des carcasses est améliorée, avec notamment une diminution de l’épaisseur de gras, ce qui peut aussi conduire à des prix de vente un peu plus élevés.

Le risque d’une auto-injection accidentelle

Le principal danger du vaccin est celui de l’auto-injection accidentelle avec un risque de castration immunologique de l’opérateur. Pour prévenir un tel accident, la notice du produit prévoit un pistolet à double sécurité. Une seule injection ne risque pas d’induire une immunocastration de l’utilisateur. Mais une seconde auto-injection accidentelle pourrait la provoquer. C’est pourquoi les femmes enceintes et les personnes qui se sont déjà injectées accidentellement ce vaccin ne doivent surtout pas le manipuler. Une formation du personnel est donc indispensable avant les premières mises en place.

Encadré : L’odeur de verrat chez un tiers des animaux

L’odeur de verrat n’est pas perceptible directement sur la carcasse et n’apparaît qu’à la cuisson. Elle ne concerne pas tous les porcs, mais seulement environ un tiers d’entre eux (figure 1 complémentaire sur www.WK-Vet.fr).

Cette odeur est due à deux composés : l’androsténone (au-dessus d’un seuil de 1 µg/g), un androgène synthétisé par les testicules avec la testostérone, et le scatole (au-dessus de 0,2 µg/g), une substance produite par les intestins davantage en présence d’hormones stéroïdes. Son nom (scatol ou scatole), comme son odeur, évoque les excréments.

Tous les consommateurs ne perçoivent pas cette odeur forte de la même façon. En France, les trois quarts des consommateurs la décèlent comme désagréable alors qu’une minorité ne la sent pas. Les Asiatiques y sont très sensibles. En revanche, les Espagnols le sont beaucoup moins. L’Espagne est d’ailleurs le seul pays européen gros producteur de porcs où seulement un tiers des porcelets sont castrés. Les saucissons espagnols sentent donc plus fort que les autres ! Dans la quasi-totalité des autres États européens, comme en France, tous les porcelets sont castrés (à l’exception des futurs reproducteurs), le plus souvent par l’éleveur et sans anesthésie.

De plus, en France, les normes interprofessionnelles imposent un contrôle visuel de l’absence de testicules en abattoirs. Elles doivent désormais être aménagées pour tenir compte de l’immunocastration et éviter que les porcs vaccinés ne soient déclassés comme des individus entiers.

Figure 2 : L’immunité anti-GnRH et l’odeur de verrat

Le protocole vaccinal prévoit deux injections par voie sous-cutanée chez des porcs charcutiers mâles et pubères, la première à l’entrée à l’engraissement, vers 8 semaines d’âge, la seconde 4 à 6 semaines avant l’abattage.

Tableau : Résultats d’un essai réalisé à l’Institut français du porc