Le point Vétérinaire n° 297 du 01/07/2009
 

Chirurgie des ruminants

Pratique

PAS À PAS

Bérangère Ravary-Plumioën

Unité pédagogique de chirurgie, ENV d’Alfort
94704 Maisons-Alfort Cedex

La section d’un doigt est utile chez des animaux de faible valeur ou âgés.

L’amputation du doigt par section osseuse chez les ruminants est un traitement chirurgical relativement rapide à effectuer et peu coûteux.

Elle permet de traiter tout processus septique affectant le pied, les articulations interphalangiennes distale et/ou proximale (arthrite), les phalanges distale et moyenne (ostéite), la bourse des sésamoïdiens distaux, ainsi que le tendon fléchisseur profond du doigt et sa gaine (ténosynovite). Elle peut aussi être pratiquée lors de fracture d’une phalange (en particulier distale) ou de luxation des articulations interphalangiennes [1, 2]. Elle soulage rapidement une douleur aiguë et prévient toute dissémination ascendante de l’infection dans le membre. Elle est contre-indiquée lorsque l’infection atteint les deux onglons d’un même membre ou la phalange proximale ou l’articulation métacarpo-phalangienne [1, 2]. Elle est déconseillée chez un animal de plus de 700 kg et chez un animal jeune et de valeur [3].

Cet article présente le traitement d’une arthrite de l’articulation interphalangienne proximale avec présence d’une fistule purulente au-dessus de la bande coronaire en face abaxiale du doigt IV. Lors d’atteinte des articulations interphalangiennes distale et moyenne, ainsi que des phalanges distale et moyenne, une amputation haute est privilégiée. Lors d’atteinte strictement localisée à la phalange distale et/ou à l’articulation interphalangienne distale, une amputation basse peut suffire. Un sérum antitétanique peut être administré ainsi qu’une antibiothérapie à large spectre (pénicilline ou oxytétracycline) pendant 5 à 10 jours. Des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) permettent de contrôler la douleur postopératoire pendant quelques jours. Le bandage est changé 2 à 3 jours après l’intervention, après nettoyage et examen de la plaie afin de rechercher tout signe d’infection résiduelle. Un bandage moins important est maintenu au moins 2 à 3 semaines, et le bovin est gardé dans un endroit sec, avec de l’eau et de la nourriture facile d’accès. Toute infection secondaire à une contamination per- ou postopératoire de la plaie ou à la persistance de tissus infectés non retirés retarde la cicatrisation de la plaie (qui prend normalement 4 à 8 semaines) et peut s’étendre et/ou affecter l’autre doigt, ce qui assombrit le pronostic.

Références

  • 1 – Desrochers A, St Jean G. Surgical management of digit disorders in cattle. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 1996;12:277-298.
  • 2 – Desrochers A, Anderson DE, St Jean G. Surgical treatment of lameness. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 2001;17:143-158.
  • 3 – Pejsa TG, St Jean G, Hoffsis GF, Musser JM. Digit amputation in cattle : 85 cases (1971-1990). J. Am. Vet. Med. Assoc. 1993;202:981-984.
  • 4 – Skarda RT. Techniques of local anesthesia in ruminants and swine. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 1996;12:579-626.

Préparation de l’animal L’intervention se réalise chez un animal couché. Avant l’intervention, il est primordial d’examiner avec attention l’autre onglon (celui qui demeure en place) pour savoir s’il peut constituer de façon satisfaisante la seule surface d’appui au sol pour le membre. Une sédation du bovin est mise en œuvre (à l’aide de xylazine, voire de romifidine en théorie mais hors autorisation de mise sur le marché).

Préparation de l’animal Une anesthésie épidurale haute (avec 30 à 80 ml de lidocaïne 2 %) peut aussi être réalisée au préalable [4]. Ensuite, la région distale du membre (à partir de la région méta-carpienne ou métatarsienne moyenne) est tondue puis savonnée et désinfectée. Les onglons ainsi que l’espace interdigital sont préalablement nettoyés (terre, matière fécale, etc.).

Anesthésie locorégionale du pied sous garrot Le garrot est placé à mi-hauteur du métatarse ou du métacarpe afin de rendre visible la veine (il peut être laissé en place pendant 1 à 2 heures pour prévenir tout saignement). 20 ml de lidocaïne à 2 % sont injectés, à l’aide d’une aiguille fine (jaune : 20 G), après préparation du site de ponction. Il est conseillé de retirer au préalable un volume de sang correspondant au volume d’anesthésique à injecter [4].

Préparation du site chirurgical Le site chirurgical est renettoyé puis désinfecté. Le membre peut être drapé à l’aide de champs (ou d’un torchon propre). Un gant stérile peut être placé au niveau de l’onglon à retirer, afin que le vétérinaire puisse le manipuler sans se contaminer et risquer de contaminer le site. Le garrot est laissé en place.

Section de la peau et des tissus mous L’espace interdigital est incisé dans toute sa longueur, sur une profondeur de 2,5 à 3 cm. L’onglon est amputé par section de l’ensemble des tissus (mous et osseux) au même niveau, car la peau ou les tissus mous en région du paturon sont souvent infectés ou nécrosés lorsqu’une telle intervention est entreprise.

Section osseuse La scie-fil (ou la scie) est placée au niveau de l’incision pratiquée sur les tissus mous. Un aide tient fermement l’onglon et le boulet afin de faciliter la coupe. La section du doigt est réalisée en plaçant la scie-fil à 45° par rapport à l’axe longitudinal de la phalange, en tissu sain. Il convient d’éviter de léser la capsule articulaire de l’articulation métacarpo- ou métatarso-phalangienne.

Contrôle de la plaie Après section, il est important de s’assurer que tous les tissus nécrotiques (notamment la peau, les tendons et les gaines tendineuses) ont été retirés. Le tissu adipeux interdigital est aussi enlevé. Si l’artère digitale peut être localisée, elle est ligaturée pour une bonne hémostase au retrait du garrot. Aucune suture cutanée n’est donc possible en fin d’intervention, et la cicatrisation s’effectue par seconde intention.

Pansement compressif Le site chirurgical est protégé : des compresses stériles, puis un pansement compressif destiné à limiter les saignements après retrait du garrot sont mis en place. Si le pansement n’est pas assez serré, une hémorragie peut se déclencher en fin d’intervention. Le bovin opéré doit être gardé sous surveillance pendant quelques heures et le pansement compressif renouvelé en cas d’hémorragie.

Pansement résistant et suivi postopératoire Le pansement compressif est recouvert d’un second pansement, plus résistant (bande à pied), alors que le garrot est encore en place. Une talonnette peut être brochée ou collée à l’aide de résine sur l’onglon sain pour limiter l’appui sur la zone amputée. Une fois le pansement fini, le garrot est retiré.