Le point Vétérinaire n° 296 du 01/06/2009
 

Affections bactériennes en élevage bovin

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QUESTION DE LECTEUR

Béatrice Bouquet

Cabinet vétérinaire
8, rue des Déportés
80220 Gamaches

Le génotypage est spécialisé et peu répandu, mais il s’est avéré très utile lors de colibacilloses atypiques.

Génotyper un colibacille consiste à rechercher la présence de facteurs génétiques, supports de facteurs de virulence, par des techniques de multiplex polymerase chain reaction (mPCR). Cette analyse, mise en œuvre en France au laboratoire d’analyses Sèvres-Atlantique (Niort, 79), n’est pas à proprement parler à proposer en routine, mais elle apporte des éléments complémentaires intéressants, pour un coût d’environ 50 € hors taxes. Notre confrère Éric Gueneau du laboratoire départemental de la Côte-d’Or témoigne de cas de terrain où il a démêlé des situations pathologiques confuses. Génotyper permet d’aller plus loin que la désormais classique recherche des facteurs phénotypiques d’agglutination (adhésines F5, F17, CS31A, et F41), en s’affranchissant de la classification par pathotypes, « assez difficile à manier en pratique » (souches entérotoxinogène ETEC, nécrotoxinogène NTEC, etc.). Il devient alors possible de mieux comprendre les éléménts de pathogénicité responsables de l’expression de colibacillose chez le bovin.

Le génotypage a permis d’attester que la présence d’un facteur F17 ou CS31A isolé n’est pas systématiquement synonyme de forte pathogénicité. Des tableaux cliniques atypiques, avec une dominante respiratoire (avec ou sans diarrhée) ou méningée, ont pu être objectivement rattachés à une étiologie colibacillaire. Des expressions cliniques plus “classiquement” digestives, mais particulièrement morbides, voire mortelles et/ou affectant les adultes ont aussi été reliées à une cause colibacillaire (après avoir écarté l’hypothèse d’une “salmonellose digestive”).

Le génotypage facilite la réflexion lorsque d’autres agents pathogènes que le colibacille circulent dans un élevage, par exemple le virus de la maladie des muqueuses (évolution à bas bruit, en l’absence d’animaux infectés permanents immunotolérants). Éric Guéneau rapporte le cas extrême d’un élevage dans lequel 25 morts ont été observées en l’espace de 75 vêlages : le génotype du colibacille CS31A isolé sur les poumons, les intestins, le foie et la rate s’est révélé clairement pathogène. Le génotypage colibacillaire a permis aussi de minimiser l’importance du virus BTV8 “circulant” dans diverses situations d’hécatombe (par exemple chez des jeunes, avec une dominante diarrhéique et une mortalité de 100 % : colibacille non typable, extrêmement résistant), y compris chez des bovins adultes.

Le génotypage est un outil objectif d’explication scientifique lorsque l’hésitation thérapeutique n’est plus permise en raison de la montée en puissance de la multirésistance des colibacilles aux antibiotiques.

Les souches isolées des organes (foie, cerveau et rate), avec des adhésines et/ou une anti-biorésistance, sont à privilégier pour cette analyse.

Un travail expérimental doit encore être conduit : l’étude du génotype de colibacilles isolés chez des animaux sains pourrait ainsi conduire à plus de prudence dans l’interprétation. « On va trouver sans doute des profils potentiellement virulents chez des animaux sains », prévient Philippe Nicollet du laboratoire Sèvres-Atlantique. Cette nouvelle approche illustre la complexité du comportement bactérien. De vifs espoirs sont fondés sur la recherche d’un lien entre le génotype et l’antibiorésistance.

EN SAVOIR PLUS

Gueneau É et Nicollet P. Typage génétique des facteurs de virulence d’Escherichia coli. Cas cliniques. Proceedings des Journées nationales des GTV, Nantes, 13-15 mai 2009:637-644.