Le point Vétérinaire n° 295 du 01/05/2009
 

Thérapeutique liquidienne

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QUESTION DE LECTEUR

Béatrice Bouquet

Cabinet Vétérinaire
8, Rue Des Déportés
80220 Gamaches

Dans l’attente des conclusions françaises, des recommandations allemandes récentes méritent réflexion.

L’hyper-D-lactatémie participe pour beaucoup dans les signes cliniques observés chez les jeunes veaux diarrhéiques. Le bicarbonate (HCO3-) en perfusion reste un traitement de choix d’après Ingrid Lorenz, chercheuse anciennement basée à Munich (Allemagne) [2]. Accélérer le débit est pratique, mais n’améliore pas le résultat clinique (selon une expérience sur 73 veaux, perfusés soit avec du HCO3- à 4,2 % en une heure, volume suivant la formule : poids x déficit en base x 0,6, soit avec du HCO3- à 1,4 % sur 24 heures) [2, 3].

• La différence finale tient dans la quantité de bicarbonate administrée. En l’absence d’évaluation objective du déficit en base, les Munichois proposent une grille de choix fondée sur la clinique (tableau complémentaire sur www.WK-Vet.fr) [a].

Ainsi, pour corriger une acidose moyenne (le veau paraît “saoul”), sans déshydratation sévère ou choc associés, ils perfusent en première intention 1 à 2 l de HCO3- tiède à 4,2 %, rapidement, puis réhydratent oralement pour plus de praticité. Du chlorure de sodium [NaCl] hypertonique à 5,85 % (5 ml/kg en 4 minutes) peut remplacer le HCO3- en première intention dans ce même contexte [4].

La précocité d’intervention est déterminante pour l’évolution [2]. Dans les cas légers, l’apport oral de solutions électrolytiques du commerce ou de 50 g de HCO3- dans 500 ml d’eau par tube stomacal convient [5]. L’âge du veau influe ; avant une semaine, rétablir la volémie peut suffire, avec de l’acétate de Ringer plutôt que du lactate (ou HCO3- si pH < 7,2).

• Une simple hypoxie à la naissance peut engendrer une acidose, qu’il convient de corriger dans les 6 heures. Les signes d’appel sont une difficulté à se tenir en décubitus sternal (veau “poupée de chiffon”). Outre le besoin immédiat de le ventiler (avec un ballon à valve, pour éviter les surpressions) et d’augmenter le débit cardiaque (avec l’atropine, si bradycardie), du bicarbonate est administré, mais seulement si le veau respire. Du glucose et du colostrum viennent en support [2].

Ces travaux concernent des veaux laitiers, sans signes d’hyperthermie, de pneumonie, d’omphalite ni d’endotoxémie. Lors de septicémie, la perfusion vise à corriger le choc et la bactériémie. Une administration rapide de NaCl à raison de 25 à 75 ml/kg/h s’impose, avec une solution isotonique, ou d’abord hypertonique [2]. En l’absence d’effet, une transfusion peut être proposée [2]. En complément, dans ces cas “infectieux”, du glucose est pertinent, surtout chez les très jeunes veaux [1].

• En extrapolant toutes ces propositions, le NaCl hypertonique serait une option de première intention intéressante, pour ces stades où “l’ébriété avancée”, le “choc septicémique”, voire la “poupée de chiffon” ne se distinguent pas très bien. Selon une expérience préliminaire, 250 ml de NaCl hypertonique à 10 % ont assez incroyablement “ressuscité” trois veaux présentés dans un quasi-coma “indifférenciable” (sur trois essais chez des veaux âgés de moins d’une semaine, y compris charolais). Après quelques tremblements, le réflexe de succion est rétabli, avec le même “effet soif” que chez la vache adulte. Il s’agit d’en profiter, puisque plusieurs chercheurs s’accordent à dire que l’alimentation lactée doit être vite rétablie après perfusion chez le veau nouveau-né [2].