Le point Vétérinaire n° 295 du 01/05/2009
 

Antibiothérapie raisonnée

Pratique

SUR ORDONNANCE

Jean-Dominique Puyt*, Hervé Pouliquen**


*Unité de pharmacologie et toxicologie, ENV de Nantes, Atlanpôle
La Chantrerie, 44307 Nantes Cedex 3

Le temps d’attente nul d’Excenel® dans le lait ne justifie pas la prescription d’une céphalosprine de troisième génération pour traiter en première intention un panaris interdigité.

Dans un troupeau de vaches laitières, une boiterie apparaît brutalement chez une première vache.

L’éleveur diagnostique un panaris interdigité et lui administre Excenel®.

Quelques jours plus tard, deux autres vaches présentent une boiterie similaire. Leur température rectale dépasse 40 °C. L’éleveur sollicite alors l’intervention de son vétérinaire traitant qui prescrit de la tétracycline.

Excenel®

Une ineptie en première intention

Excenel® dispose d’un temps d’attente nul sous réserve de l’état sanitaire de la vache. C’est la raison pour laquelle ce médicament à base de ceftiofur, une céphalosporine de troisième génération, a les faveurs des éleveurs et est fréquemment prescrit par les vétérinaires praticiens. La seule justification est économique puisque le lait peut être livré à la consommation humaine sans interruption.

D’un point de vue bactériologique, le recours au ceftiofur dans cette indication est une aberration, étant donné la sensibilité des bactéries responsables du panaris à un grand nombre d’antibiotiques utilisables en première intention et l’augmentation de l’incidence de la résistance bactérienne (notamment K. pneumoniae et E. coli) aux céphalosporines de troisième génération en médecine humaine. Par ailleurs, conformément aux recommandations de l’Agence européenne du médicament (EMEA) en date du 16 mars 2009, « les céphalosporines de troisième et quatrième générations devraient être réservées chez les animaux de production à des indications particulières (traitements de seconde intention, bactéries résistantes) après appréciation du rapport risque/bénéfice et ne devraient être employées qu’en traitement individuel ».

Législation en pharmacie vétérinaire

Prescription obligatoire

Panadia®, inscrit sur la liste I des substances vénéneuses et susceptibles de laisser des résidus dangereux dans les denrées alimentaires, est un médicament à prescription obligatoire, même lors d’administration par le vétérinaire lui-même. La prescription peut être rédigée sur une ordonnance simple, ce qui impose au vétérinaire de tenir un ordonnancier. Elle peut aussi être effectuée sur une ordonnance à duplicata et numérotée, l’original étant remis à l’éleveur et la copie conservée dix ans par le vétérinaire ; ainsi, l’exécution de la prescription s’en trouve simplifiée. La voie et le site d’injection doivent être précisés. La mention “renouvellement interdit” n’est pas obligatoire puisque les médicaments de la liste I ne peuvent pas être renouvelés, sauf mention contraire du prescripteur. Lors de l’exécution de l’ordonnance, le vétérinaire doit mentionner sur l’original ses nom et adresse, la date de la délivrance, ainsi que les quantités de médicaments délivrées, et, sur le duplicata, la date de la délivrance, les quantités et les numéros de lots des médicaments délivrés.

Panadia®

Un traitement classique du panaris interdigité

Panadia® a pour principe actif du chlorhydrate de tétracycline. Le spectre antibactérien de la tétracycline est large, dirigé à la fois sur les bactéries à Gram positif et négatif, aérobies et anaérobies. Cet antibiotique est actif sur les bactéries responsables du panaris interdigité, Fusobacterium necrophorum et Bacteroides melaninogenicus, deux bactéries anaérobies à Gram négatif.

Ces deux bactéries sont très sensibles à nombre d’antibiotiques, à l’exception des aminosides (dihydrostreptomycine, gentamicine) et des quinolones. L’absence de développement de résistances majeures de ces bactéries aux antibiotiques explique que, contrairement aux règles classiques d’utilisation des antibiotiques, les protocoles thérapeutiques usuels recommandent une injection unique par voie intramusculaire ou intraveineuse avec un renouvellement éventuel 48 heures plus tard. Chez les bovins de boucherie, il convient de préférer les formes longue action pour limiter les manipulations des animaux.

Les sulfamides d’action immédiate ou retard sont toujours d’actualité dans le traitement du panaris interdigité.

Dans les formes endémiques, notamment chez les bovins à l’engrais, des antibiotiques peuvent être prescrits par voie orale dans l’eau ou dans l’aliment.

Les fiches DMV des médicaments vétérinaires : Excenel® et Panadia® sont consultables sur le site www.WK-Vet.fr, rubrique DMV/Roy.