Le point Vétérinaire n° 293 du 01/03/2009
 

Question de lecteur

Isabelle Valin

Clinique vétérinaire, 5, rue Fernet, 94700 Maisons-Alfort

Lors de fractures du col ou de la tête du fémur, du cotyle, de luxation de la hanche, de dysplasie coxo-fémorale, de coxarthrose, etc., tout chirurgien orthopédiste recommande de sauver la hanche. Quels que soient l’état de cette hanche, le poids de l’animal, les difficultés techniques, la consigne reste à la reconstruction en cas de fracture, à la réduction et à la stabilisation lors de luxation ainsi qu’à la correction lors de dysplasie.

Pourtant, tout orthopédiste, aussi talentueux soit-il, a vu une réparation initiale “débricoller”, une réduction reluxer, une hanche dysplasique mal évoluer. Que proposer alors ? Sauver la hanche envers et contre tout, mais en cas d’échec ?

Deux solutions sont envisageables : le changement toutes pièces que propose la prothèse totale de hanche (PTH) et la technique “archaïque” de l’exérèse tête et col fémoraux (ETC). Or, parfois, la PTH ne trouve pas son indication : certaines fractures, l’arthrite septique, les luxations chroniques, la concomitance d’une affection associée (neurologique ou orthopédique). De plus, la procédure de PTH reste risquée même entre des mains expertes, et d’un coût parfois inabordable. Il est classiquement déconseillé de pratiquer l’ETC chez des animaux de plus de 20 kg ou démusclés, car la remontée du fémur peut provoquer une compression du nerf sciatique parfois mal tolérée. La mécanique du membre se trouve définitivement perturbée : l’arrière-pas est limité, ce qui entraîne un défaut d’impulsion. Ce handicap doit être connu du propriétaire qui doit envisager de reconsidérer l’avenir de chasse sportive de son chien, autant pour un jagt terrier que pour un labrador. Ainsi convient-il de parler de contre-indications relatives car, en fait, aucune contre-indication absolue ne peut être trouvée : l’ETC est recommandée en cas d’arthrite septique, de tumeur osseuse ou articulaire, même chez un grand chien. Elle permet encore actuellement de redonner un confort de vie à de grands chiens dysplasiques pour lesquels l’ostéotomie de correction est dépassée, les traitements médicaux inopérants et la PTH non opportune. D’ailleurs, cette méthode reste la solution de sauvetage lors de reprise d’une PTH infectée ou luxée. En revanche, même si la technique chirurgicale ne présente pas de difficulté particulière, le soin à y apporter est capital pour en repousser les insuffisances de résultats. La physiothérapie postopératoire est capitale à la remusculation et au résultat fonctionnel.

Ainsi, cette indication chirurgicale qui a traversé les âges présente le paradoxe de pouvoir être proposée à n’importe quel type de chien tout en devant l’être qu’en dernier recours. Elle garde ainsi son actualité.