Le point Vétérinaire n° 292 du 01/01/2009
 

Toxicologie des petits ruminants

Pratique

SUR ORDONNANCE

Hervé Pouliquen

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENV de Nantes
Atlanpôle La Chantrerie, 44307 Nantes Cedex 3

Le traitement de choix d’une intoxication par le cuivre repose sur l’administration de thiosulfate de sodium par voie orale. C’est le plus pratique et le moins coûteux.

Un vétérinaire est appelé en urgence car deux des brebis du troupeau sont en décubitus, et présentent des muqueuses de couleur jaune et des urines foncées rouge brunâtre. L’une d’entre elles meurt avant l’arrivée du praticien. À l’examen clinique, l’autre brebis présente un ictère franc, une dyspnée, une tachycardie et une douleur dans les reins. Une hémoglobinurie est observée sur bandelette urinaire. L’autopsie de l’animal mort et le fait que l’éleveur distribue au troupeau depuis plus d’un mois des pierres à lécher permettent au praticien de suspecter une intoxication par le cuivre. Il prélève le foie de la brebis morte et un échantillon de pierres à lécher en vue d’un dosage de cuivre. De plus, il décide de prescrire du thiosulfate de sodium par voie orale à l’ensemble des brebis du troupeau.

Trolovol®. Chélateur interdit chez les animaux de production

Trolovol® est une spécialité pharmaceutique humaine contenant de la D-pénicillamine à raison de 300 mg par comprimé. La D-pénicillamine, après résorption orale, peut chélater le cuivre, le zinc, le plomb et le mercure, donc augmenter l’élimination urinaire de ces métaux sous la forme de chélates hydrosolubles.

Elle peut être administrée par voie orale à la dose de 50 mg/kg de poids corporel/j pendant six jours, protocole renouvelable une fois le cas échéant. Néanmoins, la D-pénicillamine, inscrite dans aucune des annexes I, II ou III du règlement LMR (CE) n° 2377/90, ne peut être ni prescrite, ni administrée chez les animaux de production.

Calcium édétate de sodium Serb®. Chélateur efficace, mais coûteux et peu pratique

Le Calcium édétate de sodium Serb® est une spécialité pharmaceutique humaine contenant du calcium édétate de sodium à raison de 500 mg par ampoule de 10 ml.

Le calcium édétate de sodium, sel disodique calcique de l’EDTA (acide éthylène diamine tétra-acétique ou acide édétique) peut chélater le cuivre, le zinc, le plomb, le manganèse et le fer, donc augmenter l’élimination urinaire de ces métaux sous la forme de chélates hydrosolubles. Il peut être administré par voie intraveineuse lente, dilué au demi dans une solution de NaCl à 0,9 %, à la dose de 50 mg/kg de poids corporel/j pendant six jours, renouvelable le cas échéant une fois. Inscrit en annexe II du règlement LMR (CE) n° 2377/90, il peut être prescrit ou administré aux animaux de production, sous réserve de respecter les temps d’attente forfaitaires minimaux de 7 jours dans le lait et de 28 jours dans la viande et les abats. Néanmoins, il est rarement employé chez les animaux de production en raison de son coût élevé (environ 50 € pour un traitement de six jours chez une brebis adulte) et de sa très faible praticabilité (nécessité de perfuser toutes les brebis de l’élevage tous les jours pendant au moins six jours).

Thiosulfate de sodium et molybdate d’ammonium. Une complexation peu coûteuse du cuivre

Le molybdate d’ammonium et le thiosulfate de sodium permettent de complexer le cuivre, principalement sous formes de tétrathiomolybdate de cuivre et de sulfure cuivreux. La fonction principale du molybdate d’ammonium est de diminuer la résorption orale du cuivre, celle du thiosulfate de sodium d’augmenter son élimination biliaire, donc fécale.

Le thiosulfate de sodium est administré par voie orale à la dose de 5 à 20 mg/kg de poids corporel/j pendant trois semaines. Inscrit en annexe II du règlement LMR (CE) n° 2377/90, il peut être prescrit ou administré aux animaux de production sous réserve de respecter les temps d’attente forfaitaires minimaux de 7 jours dans le lait et de 28 jours dans la viande et les abats. Son coût est de 10 à 50 fois inférieur à celui du Calcium édétate de sodium Serb®. Cette prescription d’une préparation extemporanée (ici, une matière première pharmaceutique en pot de 1 kg) se situe au quatrième et dernier niveau de la cascade en l’absence de médicaments vétérinaires ou humains autorisés (avec autorisation de mise sur le marché, ou AMM) et appropriés. Le prescripteur est susceptible de devoir justifier l’intérêt du traitement à base de thiosulfate de sodium (sécurité, efficacité, commodité) à la place de celui avec du Calcium édétate de sodium Serb®, et il dispose pour ce faire d’éléments techniques solides pour, d’une part, légitimer cet usage, d’autre part, ne pas se mettre en infraction avec la réglementation, même si le seul argument économique n’est pas reconnu par d’éventuels détracteurs.

Il est également recommandé de prescrire du molybdate d’ammonium par voie orale à la dose de 0,5 à 1 mg/kg de poids corporel/j pendant trois semaines. Le molybdate d’ammonium, inscrit dans aucune des annexes I, II ou III du règlement LMR (CE) n° 2377/90, ne peut être ni prescrit, ni administré aux animaux de production, même s’il n’est pas résorbé par voie orale et qu’il est donc totalement excrété par la voie fécale. Bien qu’interdite, cette administration ne pose, de notre point de vue, aucun risque civil de résidus dans les productions des animaux auxquels il serait prescrit. Les infractions à la cascade n’étant pas sanctionnées dans la réglementation, le risque pénal est aussi très faible.

Fiches DMV des médicaments humains Calcium édétate de sodium Serb® et Trolovol® consultables sur le site www.WK-Vet.fr, rubrique DMV/Roy.