Le point Vétérinaire n° 291 du 01/12/2008
 

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FOCUS

Hilde de Rooster*, Jan Declercq**, Marleen Van den Bogaert***


*Service de chirurgie, Université de Gand
Salisburylaan 133
9820 Merelbeke, Belgique
**Service de chirurgie, Université de Gand
Salisburylaan 133
9820 Merelbeke, Belgique
***Service de chirurgie, Université de Gand
Salisburylaan 133
9820 Merelbeke, Belgique

En raison de son activité antimicrobienne contre les bactéries, les champignons, les protozoaires et les virus, le miel constitue une solution alternative aux pansements classiques.

D’ emblée, l’ homme a reconnu la valeur du miel, non seulement comme aliment, mais aussi comme un élément lors de cérémonies religieuses et un médicament.

Le miel est un mélange complexe contenant environ 180 substances différentes. Ses principaux composants sont les sucres (mono- et oligosaccharides) et l’ eau (moins de 20 %). De plus, il renferme des acides aminés, des minéraux, des acides, des enzymes, des vitamines, des substances aromatisantes, des hormones, de l’ azote et des cendres.

Un certain nombre d’ enzymes se trouvent dans le miel. L’ enzyme appelée glucose-oxydase provient de l’ abeille et, en présence d’ oxygène, elle transforme le glucose en glucono-delta-lactone, ce qui libère du peroxyde d’ hydrogène. Le peroxyde d’ hydrogène a deux actions : il assure la conservation du miel et inhibe la croissance des micro-organismes. Sous l’ influence de l’ eau, le glucono-delta-lactone est transformé en acide gluconique, qui entraîne une diminution du pH du mélange de miel. Les acides aminés présents dans le miel font office de tampon. L’ enzyme appelée catalase provient du pollen, et transforme le peroxyde d’ hydrogène en eau et en oxygène [12].

Dans l’ histoire des soins des plaies, l’ utilisation du miel est largement rapportée, mais aussi celle du sucre. Les caractéristiques physiques, chimiques et biologiques du miel et de l’ eau sucrée (contenant les mêmes proportions de sucre et d’ eau) ne sont toutefois pas équivalentes. Contrairement au miel, le sucre dilué perd son effet bactéricide après un certain temps [5].

Miel et cicatrisation

Action antibactérienne

Des bactéries aérobies et anaérobies, Gram-positives et Gram-négatives sont sensibles au miel [1, 4, 8, 10]. La concentration minimale de miel nécessaire pour inhiber totalement la croissance d’ une bactérie donnée (valeur de la CMI) varie fortement en fonction du miel testé [1, 8]. Une activité antimycosique contre Candida, certaines souches d’ Aspergillus et de Penicillium ainsi que les dermatophytes est démontrée [8, 10].

Les propriétés antibactériennes du miel s’ expliquent par l’ effet osmotique de la fraction sucrée. La forte interaction entre les molécules de sucre et l’ eau ne laisse que peu de molécules d’ eau disponibles pour les micro-organismes, ce qui freine la croissance microbienne [4]. Certains micro-organismes, parmi lesquels Pseudomonas aeruginosa, ne sont influencés que par l’ osmolarité. In vitro, une inhibition de la croissance des autres bactéries persiste même après la dilution du miel avec l’ exsudat des plaies. L’ osmolarité est alors beaucoup trop faible pour créer une inhibition des bactéries. À la suite de l’ attraction de liquide, le glucose est converti en acide gluconique et en peroxyde d’ hydrogène par l’ enzyme glucose-oxydase. L’ acide gluconique entraîne une diminution supplémentaire du pH grâce à un équilibre entre la lactone neutre et l’ acide libre. Le peroxyde d’ hydrogène libéré a des propriétés bactéricides directes. Une concentration faible, mais constante, de peroxyde d’ hydrogène est plus efficace qu’ une dose élevée unique qui peut engendrer des dégâts tissulaires et qui ne reste pas présente très longtemps [2].

Le miel peut être une bonne solution alternative pour le traitement des plaies infectées par des germes résistants aux antibiotiques. Différents tests in vitro démontrent que les bactéries résistantes sont aussi sensibles à l’ effet bactéricide du miel que des bactéries non résistantes [4].

Action anti-inflammatoire

Le miel diminue la réaction inflammatoire, même en l’ absence d’ infection. In vitro, il stimule les monocytes à produire des cytokines à la fois pro-inflammatoires et anti-inflammatoires [11]. Les observations cliniques révèlent que l’ application de miel sur une plaie diminue la rougeur, la formation d’œdème et l’ exsudation, ainsi que la douleur. Les anti-oxydants présents dans le miel neutralisent vraisemblablement les radicaux libres responsables de l’ inflammation et des lésions tissulaires. De plus, une inhibition de la formation de ces radicaux libres est également observée.

L’ action osmotique entraîne aussi une diminution de l’œdème inflammatoire.

Stimulation de la cicatrisation des plaies

L’ utilisation topique de miel accélère le processus de guérison, notamment celui des plaies. Dans des modèles animaux (souris, rats et lapins), un tissu de granulation plus épais et une diminution plus rapide de la taille de la plaie sont mis en évidence [3, 10]. Dans des études cliniques prospectives conduites sur de grands groupes de patients, une guérison significativement plus rapide est démontrée après un traitement par des pansements au miel, comparés à des pommades appliquées sous pansement.

Les cellules monocytaires réagissent au miel par la libération de cytokines inflammatoires et anti-inflammatoires et une diminution de la formation d’ intermédiaires oxygénés réactifs [11]. Outre la propriété bactéricide directe, le peroxyde d’ hydrogène libéré stimule l’ angiogenèse, donc également l’ apport d’ oxygène et l’ ancrage des fibroblastes. Le pH faible du miel favorise la cicatrisation des plaies via un effet indirect sur la quantité d’ oxygène disponible dans celles-ci.

L’ effet hygroscopique entraîne un appel de lymphe vers le lit de la plaie [3]. La lymphe contient, entre autres, des macrophages qui assurent un nettoyage supplémentaire de la plaie et des nutriments dissous.

Le miel a également une action débridante. Le milieu humide permet l’ action des protéases, ce qui entraîne le détachement des croûtes, du pus et des tissus morts du lit de la plaie. La lymphe, attirée par l’ effet osmotique de la fraction sucrée, aide à éliminer les débris. Néanmoins, l’ application de miel sur certaines plaies ne dispense pas du parage chirurgical ( et ).

Autres propriétés

Certaines études cliniques rapportent une influence adoucissante de l’ utilisation topique de miel sur des plaies [6]. Le miel a aussi une action désodorisante, les bactéries métabolisant des sucres au lieu d’ acides aminés et de protéines issues du sérum et des tissus nécrotiques [7]. Son action entraîne la formation d’ acide lactique, à la place de l’ ammoniaque et des composés soufrés malodorants.

Effets indésirables

• L’ application de miel dans la plaie peut exceptionnellement entraîner une sensation de brûlure, peut-être due à son pH faible [10].

Une réaction allergique au miel est possible. Elle reste toutefois rare, et résulte surtout des pollens et des protéines secondaires. Un filtrage avant utilisation permet d’ éliminer tous les pollens.

L’ emploi de très grandes quantités de miel peut provoquer un dessèchement de la plaie dû à son effet osmotique. L’ ajout d’ une solution physiologique au pansement prévient ce phénomène [10].

Le risque d’ apparition d’ une hyperglycémie chez les animaux diabétiques reste hypothétique, même lors du traitement de grandes surfaces.

• Une complication possible est une infection de la plaie par des germes présents dans le miel. Celui-ci peut contenir des bactéries, mais leur croissance est généralement impossible. Certaines levures se développent parfois, mais elles sont dépourvues d’ effet pathogène. Une étude détaillée révèle que les seules bactéries cliniquement significatives sont Clostridium botulinum et d’ autres Clostridia. Seules les spores de Clostridia sont présentes dans le miel, car les formes végétatives ne peuvent y survivre. Le traitement préalable du miel par des rayons gamma tue efficacement les spores, sans qu’ il perde ses propriétés cicatrisantes et antibactériennes [9].

Préparations enregistrées de miel

L’ enregistrement de spécialités à base de miel offre des garanties sur l’ origine, le traitement (chauffage) et la pureté (résidus de métaux lourds ou d’ antibiotiques) du miel utilisé. La plupart des préparations contiennent d’ autres produits que du miel, lesquels ont une activité positive supplémentaire sur la cicatrisation. En fonction de la préparation, des vitamines, des oligo-éléments, des huiles et des substances neutralisantes sont ajoutés.

Le miel est une solution alternative précieuse aux pansements classiques des plaies, surtout en raison de la résistance croissante des bactéries aux antibiotiques. Dans des études comparatives entre les pansements au miel et d’ autres plus conventionnels, les premiers s’ avèrent souvent le meilleur choix. Cette substance possède plusieurs qualités cicatrisantes et ses effets indésirables potentiels sont négligeables, surtout lorsque des préparations commerciales à base de miel sont utilisées. Le miel est peu onéreux. Le nombre d’ excisions chirurgicales et de greffes est réduit, et les soins peuvent être poursuivis à domicile plus précocement. De plus, le miel est biodégradable.

Références

  • 1 – Allen KL, Molan PC, Reid M. A survey of the antibacterial activity of some New Zealand honeys. J. Pharma. Pharmacol . 1991 ; 43 : 817-822.
  • 2 – Bang LM, Buntting C, Molan P. The effect of dilution on the rate of hydrogen production in honey and its implications for wound healing. J. Alternative Complementary Med. 2003 ; 9 : 267-273.
  • 3 – Bergman A, Yania J, Weiss J et coll. Acceleration of wound healing by topical application of honey. An animal model. Am. J. Surg. 1983 ; 145 : 374-376.
  • 4 – Cooper RA, Molan PC, Harding KG. The sensitivity to honey of Gram-positive cocci of clinical significance isolated from wounds. J. Appli. Microbiol . 2002 ; 93 : 857-863.
  • 5 – Mathews KA, Binnington AG. Wound management using honey. Compen. Contin. Educ. Small Anim. Pract. 2002 ; 24 : 53-60.
  • 6 – Ndayisaba G, Bazira L, Habonimana E et coll. Clinical and bacteriological results in wounds treated with honey. J. Orthopaed. Surg. 1993 ; 7 : 202-204.
  • 7 – Nychas GJ, Dillon VM, Board RG. Glucose, the key substrate in the microbiological changes in meat and certain meat products. Biotech. Appl. Biochem. 1988 ; 10 : 203-231.
  • 8 – Molan PC. The antibacterial activity of honey. 1. The nature of the antibacterial activity. Bee World. 1992 ; 73 : 5-28.
  • 9 – Molan PC, Allen KL. The effect of gamma-irradiation on the antibacterial activity of honey. J. Pharma. Pharmacol . 1996 ; 48 : 1206-1209.
  • 10 – Osman OF, Mansouri IS, El-Hakim S. Honey compound for wound care : a preliminary report. Ann. Burns Fire Disasters. 2003 ; 16 : 131-134.
  • 11 – Tonks AJ, Cooper RA, Jones KP et coll. Honey stimulates infammatory cytokine production from monocytes. Cytokine. 2003 ; 21 : 242-247.
  • 12 – Weston RJ. The contribution of catalase and other natural products to the antibacterial activity of honey : a review. Food Chemistry. 2000 ; 71 : 235-239.

Plaie chronique chez un rottweiler âgé de 8 ans et demi qui évolue depuis deux années. La plaie a déjà été traitée deux fois par parage chirurgical et suture.

Même plaie, un mois après un nouveau parage chirurgical suivi d'un pansement au miel. Au centre, un manque de substance de 1 cm est observé.