Le point Vétérinaire n° 290 du 01/11/2008
 

ANESTHÉSIOLOGIE CANINE ET FÉLINE

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FOCUS

Éric Vandaële

4, square de Tourville, 44470 Carquedou

La dexmédétomidine, l’alfaxalone et le butorphanol peuvent aider à appliquer les concepts d’anesthésie balancée et d’analgésie multimodale chez les chiens et les chats.

Depuis un an, l’arsenal anesthésique et analgésique chez le chien et le chat s’est enrichi de trois molécules “vétérinaires” toutes présentées dans des solutions injectables en flacons de 10 ml : le butorphanol (opiacé agoniste K) avec une spécialité vétérinaire (Dolorex®) indiquée chez le chien, la dexmédétomidine (Dexdomitor®), l’énantiomère dextrogyre de la médétomidine, et l’alfaxalone (Alfaxan®), nouvel anesthésique stéroïde sans valence analgésique. De plus, depuis juillet dernier, un laboratoire britannique, Animal Care, a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) vétérinaire français pour la buprénorphine (Buprecare®), un analgésique morphinique puissant de palier III ; mais sa commercialisation n’a pas encore été annoncée. Pour l’heure, les vétérinaires peuvent légalement se procurer le médicament humain correspondant réservé à l’usage hospitalier (Temgésic®) en s’adressant directement à Schering-Plough Pharma (01 41 06 37 64).

Ces trois ou quatre spécialités nouvelles ne sont pas concurrentes, mais complémentaires. Elles permettent de mettre plus facilement en œuvre les concepts d’une anesthésie balancée et d’une analgésie multimodale associant plusieurs molécules aux modes d’action différents et à doses nettement plus réduites.

Le butorphanol pour les chiens et les chats

Deux solutions injectables aqueuses à 10 mg/ml du butorphanol (sous forme de tartrate) sont commercialisées en France depuis un à deux ans : Torbugesic® et Dolorex®. D’après les résumés officiels des caractéristiques des produits (RCP), les formulations sont identiques, y compris pour les excipients.

Des différences existent sur de nombreux autres points, notamment les indications analgésiques. Seul Dolorex® est indiqué chez le chien, notamment lors de chirurgie viscérale, même banale comme l’ovariectomie, la castration, voire pour de simples examens ou des plaies (tableau 1).

La buprénorphine pour sa longue durée d’action

La buprénorphine est encore moins répandue que le butorphanol car elle n’est pas disponible en centrale sous une forme “vétérinaire”. Elle est toutefois très utilisée au Royaume-Uni (Vetergesic®). Un des intérêts de cet opiacé est sa longue durée d’action (6 à 8 heures), ce qui permet une bonne analgésie postopératoire. La dose peut être réduite lors d’association avec d’autres molécules (acépromazine, médétomidine, gaz anesthésique).

Lors d’intervention chirurgicale, en dehors des α2-agonistes, aucune des molécules anesthésiques ou sédatives couramment utilisées (kétamine, tilétamine, acépromazine, propofol, barbituriques, gaz anesthésiques, alfaxalone) ne présente une valence analgésique. D’où l’intérêt de ces opiacés en phases pré- et péri-opératoires, et, ensuite, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

La dexmédétomidine, l’énantiomère dextrogyre actif

Les solutions injectables à 1 mg/ml de chlorhydrate de médétomidine (Domitor® ou générique) sont composées d’un mélange racémique (50/50) de deux énantiomères : un lévogyre inactif (0,5 mg/ml de levmédétomidine chlorhydrate) et un dextrogyre (0,5 mg/ml de dexmédétomidine chlorhydrate). Seul l’isomère dextrogyre présente l’activité pharmacologique et clinique recherchée, avec une forte sélectivité pour les récepteurs α2 et une faible affinité pour les récepteurs α1. Dexdomitor® est donc la solution injectable à 0,5 mg/ml de chlorhydrate de dexmédétomidine, sans la levmédétomidine inactive. Pfizer la commercialise depuis le printemps 2008 en France.

Les mêmes volumes d’emploi qu’avec la médétomidine

Les caractéristiques et précautions d’emploi, et les contre-indications, notamment lors de troubles cardiovasculaires, sont identiques pour la médétomidine et la dexmédétomidine. Les formulations en termes de volume (en ml) et de protocole sont également les mêmes. En particulier, l’atipamézole (Antisedan®) antagonise Dexdomitor® selon les mêmes règles qu’avec Domitor® : 0,1 ml d’Antisedan® pour 0,1 ml de (Dex)Domitor® chez le chien ou pour 0,2 ml chez le chat. Pour les nouveaux animaux de compagnie ou les animaux exotiques, les protocoles en millilitres ne nécessitent pas d’être revus. Toutefois, le nouveau RCP de Dexdomitor® est plus détaillé que la notice d’emploi, plus ancienne, de Domitor®. Chez le chien, un nouveau protocole précise les doses plus réduites de l’association dexmédétomidine et butorphanol (figure).

L’alfaxalone, flexible par sa courte durée d’action

Avec Alfaxan®, Vétoquinol commence la commercialisation de l’alfaxalone chez le chien et le chat, un anesthésique général de structure stéroïde connu de longue date (tableau 2).

Le principal atout de cet anesthésique est sa courte durée d’action : 10 minutes chez le chien et 15 minutes chez le chat grâce à une élimination rapide (demi-vie d’élimination respectivement de 25 et 45 minutes). Après l’anesthésie, le réveil est tout aussi rapide, en 10 minutes chez le chien et 15 minutes chez le chat. Tous deux peuvent donc être rendus dans un état de vigilance normale 30 à 40minutes après l’injection. Cette courte durée d’action en fait un anesthésique sûr d’emploi chez les animaux présentant un risque anesthésique.

Des apnées fréquentes mais réversibles

Néanmoins, le RCP mentionne qu’« au cours des essais cliniques, 44 % des chiens et 19 % des chats ont subi une apnée postinduction, définie comme un arrêt respiratoire de 30 secondes ou plus. La durée moyenne de l'apnée pour ces animaux était de 100 secondes chez les chiens et 60 secondes chez les chats ». Il ajoute qu’« une intubation endotrachéale et un apport d'oxygène doivent alors être employés. » Cet effet dose-dépendant est toujours rapidement réversible, même lors de surdosages de dix fois la dose recommandée chez le chien (20 mg/kg) et de cinq fois chez le chat (50 mg/kg), en ayant pris la précaution d’instaurer une assistance respiratoire artificielle chez ces animaux. Dans ces conditions, « le réveil reste rapide et sans effet résiduel ni séquelle ».

Pour prévenir ces effets respiratoires, les injections intraveineuses doivent être lentes : sur 1 minute au total en administrant le quart de la dose toutes les 15 secondes. Il convient de disposer d’une sonde d’intubation prête à proximité. Cet effet peut aussi être mis à profit pour intuber l’animal, notamment en cas de relais par une anesthésie gazeuse.

Figure : Sédation obtenue avec l’association dexmédétomidine et butorphanol chez le chien

L’association de la dexmédétomidine à dose réduite (300 µg/m2) avec le butorphanol (0,1 mg/kg) permet d’obtenir une sédation et une analgésie de meilleure qualité qu’avec la médétomidine. IM : voie intramusculaire.

Tableau 1 : Doses recommandées de butorphanol et de buprénorphine

Hors RCP, les doses de butorphanol rapportées et publiées chez la chat vont de 0,1 à 0,4 mg/kg. La voie intraveineuse ne figure pas dans les RCP. IM : voie intramusculaire ; IV : voie intraveineuse.

Tableau 2 : Principales caractéristiques et protocole recommandé pour l’alfaxalone avec prémédication

Le RCP mentionne des doses légèrement plus élevées en l’absence de prémédication. Toutefois, une prémédication (acépromazine, médétomidine) et des analgésiques (opiacés et/ou AINS) sont recommandés. IV : voie intraveineuse.