Le point Vétérinaire n° 290 du 01/11/2008
 

Nouveaux animaux de compagnie

Mise à jour

LE POINT SUR…

Emmanuel Risi

Centre hospitalier vétérinaire
22, rue René Viviari
44200 Nantes

Chez les reptiles, les prolapsus du cloaque ou des organes cœlomiques constituent une urgence. Une gestion rapide est requise pour stabiliser l’animal et préserver les tissus prolabés.

Résumé

Chez les reptiles, les prolapsus d'organes à travers le cloaque doit être traité rapidement. Après l'identification de l'organe prolabé, l'évaluation et la protection des tissus atteints, un traitement chirurgical est souvent nécessaire. En cas d'échec de la réduction manuelle par taxis externe, une cœliotomie à des fins diagnostique et thérapeutique est préconisée. La réduction par taxis interne permet de traiter l'affection sous-jacente et de prévenir les récidives grâce à une pexie d l'organe. Les causes de prolapsus sont multiples (affections digestives, urinaires, génitales, ou d'origines alimentaire et comportementale) et doivent être recherchées car le traitement de la maladie sous-jacente prévient les récidives.

Les prolapsus du cloaque et des organes cœlomiques représentent une urgence médico-chirurgicale chez les reptiles. Un prolapsus est un déplacement pathologique, hors du corps, d’un des organes qui s’abouchent dans le cloaque via l’orifice cloacal. Selon l’organe ectopié, des prolapsus du côlon, de la vessie, de l’oviducte, de la muqueuse cloacale ou du pénis (paraphimosis) peuvent être observés.

Cette affection n’est pas rare chez les reptiles (plus fréquente que chez les mammifères de compagnie). Elle doit être traitée rapidement, selon une démarche diagnostique et thérapeutique rigoureuse.

Anatomie et physiologie

Le cloaque des reptiles présente une anatomie assez comparable chez les chéloniens (tortues), les sauriens (lézards) et les ophidiens (serpents) (figure). Il est composé de trois compartiments partiellement séparés par des reliefs de la muqueuse :

- le coprodeum, partie la plus craniale, correspond à la chambre antérieure. C’est un diverticule dans lequel s’abouche le côlon et qui sert à recueillir les matières fécales ;

- l’urodeum est la chambre moyenne, située caudalement au coprodeum. C’est la section moyenne du cloaque. Cette région reçoit l’abouchement des uretères, des canaux déférents ou des oviductes, et recueille ainsi l’urine, le sperme ou les œufs ;

- le proctodeum ou chambre postérieure, partie la plus caudale, joue un rôle de réservoir terminal où se mélangent les fèces et l’urine, le sperme et les œufs avant leur expulsion [4, 20, 22, 23, 25].

• Les ophidiens ne possèdent pas de vessie [20, 23]. Les chéloniens et les sauriens présentent une vessie (bilobée chez les chéloniens) située sous le plancher du cloaque qui s’abouche dans sa lumière [3, 20, 23]. Les uretères s’abouchent dorsalement à l’urodeum, et non dans la vessie. Cette dernière ne joue qu’un rôle de stockage de l’urine, par écoulement depuis l’urodeum, ou de l’eau, absorbée par le cloaque au cours des baignades. Elle assure également une fonction dans l’absorption de l’eau et les échanges d’électrolytes [3, 20, 23].

• Chez les reptiles, le sperme est émis par l’intermédiaire des canaux déférents directement dans le cloaque (dans l’urodeum), avant d’être déposé dans le cloaque de la femelle [8, 20]. L’urine est émise dans l’urodeum via les uretères, avant d’être évacuée, mélangée aux selles [8, 20].

• Le pénis des reptiles n’intervient donc pas dans l’émission de l’urine et n’a qu’un rôle copulatoire en période de reproduction [2, 8, 20]. Les chéloniens et les crocodiliens possèdent un pénis unique, situé sur le plancher du cloaque, logé dans la base du proctodeum [2, 20]. Les sauriens et les ophidiens possèdent deux hémipénis, logés à la base de la queue, caudalement à l’abouchement du cloaque, dans des loges hémipéniennes [2, 20]. Une fois en érection, le pénis (ou un des deux hémipénis) assure le passage du sperme dans le cloaque de la femelle [2, 20].

Étiopathogénie

1. Prolapsus des oviductes

Les prolapsus des oviductes sont souvent liés à une dystocie, à une rétention d’œuf, à une salpingite, à une hypocalcémie, à un calcul (calcul vesical chez la tortue) ou à une tentative d’évacuation manuelle des œufs [4, 8, 14, 17, 18, 19, 23, 25, 29]. Ils peuvent être également observés lors d’une ponte normale [17]. Le passage de la portion distale de l’oviducte dans le cloaque, puis son extériorisation correspondent à une intussusception. Un espace étroit est alors présent entre la paroi prolabée et la circonférence de l’orifice cloacal [9].

2. Prolapsus du pénis

Les prolapsus du pénis ou paraphimosis apparaissent plus souvent en période de reproduction et sont dus à une excitation excessive du mâle [14, 17, 18, 19, 25]. Ils peuvent également être liés à une hypocalcémie (baisse du tonus musculaire et de la rétraction du pénis), à une lésion traumatique ou nerveuse des muscles rétracteurs du pénis ou du cloaque, à un traumatisme (frottements sur le sol, morsures par des congénères), à une inflammation ou à une infection du cloaque ou des poches hémipéniennes, à un ténesme excessif (parasitisme, corps étrangers), à une douleur abdominale liée à des calculs vésicaux ou à une constipation [2, 8, 10, 14, 17, 18, 19, 23, 25]. Des causes iatrogéniques sont également décrites : extériorisation manuelle des hémipénis, séparation forcée pendant la copulation, sondage des loges hémipéniennes [10, 18, 19, 23].

3. Prolapsus du côlon

Les prolapsus du côlon sont la conséquence d’un ténesme excessif, qui peut être lié à une coprostase, à une occlusion par corps étranger gastro-intestinal, à une gastro-entérite bactérienne ou parasitaire, à une cloacite ou à la présence d’une masse [3, 4, 10, 11, 14, 17, 18, 19, 21, 23, 25, 29]. L’hypocalcémie est également considérée comme une cause possible de prolapsus colique, par diminution du tonus des fibres lisses du tube digestif [3, 18, 23, 25]. Les terrariums de taille réduite limitent également l’exercice physique nécessaire pour stimuler la défécation [4]. Le passage de la portion distale du côlon dans le cloaque, puis son extériorisation correspondent à une intussusception [9].

4. Prolapsus de la vessie

Les prolapsus de la vessie peuvent être liés à une cystite ou à des lithiases vésicales [4, 14, 18, 19, 21, 23, 25, 29].

5. Prolapsus cloacal

Lorsqu’une simple portion de la muqueuse cloacale est prolabée, sans extériorisation d’un organe en particulier, toutes les hypothèses précédemment citées doivent être envisagées et explorées, ainsi que celle d’une masse tumorale [24]. Il s’agit dans ce cas d’un prolapsus au sens strict, et non plus d’une intussusception. La muqueuse est en relation directe avec les marges cutanées, et l’abouchement du côlon, des oviductes et des uretères peut être observé [9, 15].

Diagnostic

1. Signes cliniques

Quel que soit l’organe concerné, le retour veineux est rapidement compromis. Une congestion passive s’installe, suivie d’un œdème et d’une nécrose secondaires de la paroi [4, 8, 11].

Signes locaux

Les signes locaux du prolapsus cloacal sont évidents. Sous la queue de l’animal, une masse prolabée, de couleur rouge, noire (signe de nécrose) ou blanche (accumulation d’acide urique), molle, humide ou sèche issue de l’orifice cloacal est observée. Selon l’organe et la sévérité du prolapsus, la taille de cette masse varie de quelques millimètres à plusieurs centimètres. Avec le temps et en l’absence de traitement, l’organe extériorisé s’infecte et se nécrose.

Signes généraux

Les signes généraux (prostration, anorexie) apparaissent secondairement si l’affection n’est pas traitée rapidement. Les symptômes liés à l’affection primaire responsable du prolapsus sont également présents : anorexie de gestation, diarrhée, parasites dans les selles, choc occlusif, dilatation abdominale, ponte interrompue, etc.

2. Diagnostic différentiel

Le diagnostic du prolapsus est facile à établir par l’observation des signes cliniques.

Il convient cependant de distinguer un prolapsus et une perforation cloacale car le pronostic et le traitement en sont différents. Une perforation cloacale ou colique correspond au passage d’une anse intestinale ou d’un oviducte à travers la paroi digestive, au sein du cloaque ou d’une portion du côlon [23]. Un organe sans lumière, hernié, sortant puis pénétrant dans le cloaque est alors observé. L’évolution des tissus est semblable à celle du prolapsus : arrêt du retour veineux, congestion, œdème, nécrose. L’intestin est reconnaissable par la présence du mésentère (photo 1). L’oviducte se présente comme un sac fermé, contenant parfois un œuf (photo 2).

Le diagnostic de l’affection primaire sous-jacente est parfois plus complexe à établir. Il reste néanmoins indispensable pour le choix du traitement et la prévention des récidives à court terme [4, 3, 17, 18, 23].

Il convient ensuite de reconnaître et d’évaluer l’organe prolabé afin d’orienter le diagnostic étiologique et les examens complémentaires, et de choisir la stratégie thérapeutique la plus adaptée [2, 3, 14, 18, 23, 29]. Certains critères anatomiques et physiologiques permettent d’identifier les divers organes de la cavité cœlomique impliqués dans le prolapsus, qui sont à considérer dans le diagnostic différentiel (encadré). La présence d’une lumière au sein du prolapsus permet d’orienter le diagnostic vers le côlon ou l’oviducte. L’absence de lumière est en faveur d’un prolapsus de la vessie, du pénis ou d’une perforation cloacale [23].

3. Examens complémentaires

Les examens complémentaires sont parfois nécessaires pour établir le diagnostic étiologique [14]. Ils sont choisis en fonction des commémoratifs, de l’espèce, du sexe, de l’âge et de l’organe concerné par le prolapsus. De manière générale, et ce pour tout type de prolapsus, il est recommandé de réaliser un bilan biochimique sanguin (recherche d’une hypocalcémie) et une analyse coprologique des selles [14].

Un examen radiographique ou échographique peut mettre en évidence une rétention d’œuf ou la présence de calculs vésicaux. Un transit baryté, une colographie, une utérographie ou une urétérographie peuvent également être utiles (photo 10). Une cloacoscopie, avant ou après la réduction du prolapsus, permet parfois d’observer une masse, un corps étranger, un œuf, une entérite ou une cloacite [22, 28].

Pronostic

Le pronostic dépend de l’organe prolabé et de sa viabilité [2, 13, 29].

Le prolapsus du pénis est de bon pronostic car son amputation est possible et simple à réaliser. Le pronostic des prolapsus du cloaque, du côlon, de l’oviducte ou de la vessie est bon si l’affection est traitée rapidement. Il est sombre en cas d’infection, de traumatisme (par frottement sur le sol) ou de nécrose des tissus. Des infections bactériennes et des mycoses peuvent compliquer les lésions nécrotiques des tissus atteints [26]. Le pronostic des perforations cloacales et des prolapsus complets est le plus souvent sombre.

L’état général de l’animal doit également être pris en compte dans le pronostic. Une déshydratation, un état de choc, une septicémie et un abattement sévère peuvent compromettre la survie de l’animal et l’efficacité des traitements chirurgicaux.

Traitement

La prise en charge des prolapsus cloacaux constitue une urgence [13]. Le choix du traitement dépend de l’organe concerné, de l’ancienneté de l’affection et de la viabilité des tissus exposés [8, 9, 11, 14]. Il est préconisé de conserver les organes si leur état le permet. L’amputation d’un segment d’organe (entérectomie, hystérectomie partielle) n’est envisagée qu’en second lieu en raison de la lenteur de cicatrisation des tissus suturés dans ces espèces, des risques de déhiscence lors de la reprise des fonctions physiologiques (digestion, péristaltisme, gestation, etc.) ou encore des risques de striction et de sténose de l’organe après cicatrisation [16, 18]. Ces interventions chirurgicales doivent être réalisées avec précaution et il convient de toujours s’assurer que les sutures sont effectuées sur un tissu sain non infecté et non ischémique [10, 11, 18].

Quel que soit le type de prolapsus, le traitement comprend quatre phases :

- la stabilisation de l’animal : réchauffement, réhydratation, gestion de la douleur, réalimentation, antibiothérapie générale (par exemple, de l’enrofloxacine à la dose de 5 à 10 mg/kg/j par voie intramusculaire) [27] ;

- la protection des tissus afin de réduire les risques d’ischémie, de nécrose et d’infection [8, 9, 13, 25, 29]. Les tissus prolabés sont rincés à l’aide d’un antiseptique dilué au 1/100e (comme la chlorhexidine, la povidone iodée) dans du lactate de Ringer ou dans un soluté hypertonique (glucose 30 %) pour réduire l’œdème, puis enduits de pommade ou de gel antibiotique (Fucidine®, Tévémyxine®, A313®, Sulmidol®) [13, 18, 19, 23, 25, 27, 29]. Une compresse stérile humidifiée est ensuite appliquée autour des tissus et maintenue à l’aide d’une bande adhésive contre la carapace ou la queue chez les ophidiens et les sauriens [18] ;

- la réduction du prolapsus ;

- le traitement de l’affection primaire sous-jacente (maladie digestive, dystocie, hypocalcémie, calcul urinaire par cystotomie, intussusception, corps étrangers par entérotomie, etc.) [4, 5, 12, 13, 18, 23, 25, 26].

1. Traitement du prolapsus du pénis

Le traitement du paraphimosis est avant tout conservateur si l’état des tissus le permet [2, 10, 17, 23, 29]. Après un rinçage soigneux à la chlorhexidine diluée et une suture des plaies éventuelles, une réintroduction du ou des pénis dans leur loge doit être tentée à l’aide de coton-tige, parfois sous sédation (photo 11) [2, 4, 9, 10, 17, 23, 29]. L’application d’un lubrifiant (préparation H®(1), vaseline, Hibiscrub®, Xylocaïne visqueuse 2 % gel oral®) et de compresses imbibées de soluté glacé et/ou hypertonique aide à réduire l’œdème et la congestion des tissus [2, 3, 4, 10, 17, 18, 19, 23, 25]. Une incision latérale ou bilatérale du cloaque (la cloacotomie est comparable à la prépuciotomie chez le chien) peut faciliter la progression du pénis [3, 4, 9, 19]. Une fois l’organe réintroduit, l’orifice est partiellement refermé par une suture en bourse ou quelques points de suture transverses au fil tressé résorbable (décimale 1,5 à 3 selon la taille de l’animal). Les sutures transverses ou une suture en bourse incomplète (autour d’un corps de seringue) sont préférées car elles permettent l’évacuation des selles et de l’urine [2, 3, 4, 10, 11, 18, 25, 29]. Les sutures en bourse répétées (en cas de récidives) peuvent compromettre l’innervation et la vascularisation sphinctérienne [15]. Les sutures sont laissées en place une dizaine de jours chez les chéloniens et une vingtaine de jours chez les sauriens et les ophidiens [2, 10, 18, 23, 25].

En cas d’échec, de récidive ou de nécrose, une amputation du ou des pénis est réalisée sous anesthésie générale (sans conséquence sur la fonction urinaire) [2, 3, 4, 8, 17, 18, 19, 23, 25, 29]. Une pince hémostatique et une ligature transfixante (fil tressé résorbable, décimale 2 à 3) sont placées à la base du ou des pénis avant leur section au bistouri (photos 12 et 13) [2, 4, 8, 10, 23, 29]. Chez les chéloniens de grande taille, deux ligatures séparées latérales de chaque côté du pénis ou un surjet assurent l’hémostase de la vascularisation de cet organe [2, 4, 10]. L’amputation d’un seul hémipénis chez les sauriens et les ophidiens ne compromet pas la copulation ni la fertilité futures de l’animal [2, 3, 4, 8, 17, 19]. L’application d’une pommade antibiotique (Tévémyxine®, Ophtalon®, Fucidine®, Sulmidol®) dans le cloaque, après réintroduction du moignon amputé, suffit à gérer les éventuelles infections ultérieures [2].

2. Traitement du prolapsus de l’oviducte

Les prolapsus de l’oviducte peuvent être gérés de trois manières différentes.

Réduction manuelle et cloacorraphie

La réduction du prolapsus est réalisée manuellement par taxis externe et cloacorraphie, après avoir limité la congestion des tissus à l’aide de solutés hypertoniques [8, 9, 11, 13, 14, 17, 29]. L’efficacité de cette technique est parfois limitée lors de prolapsus de taille importante (réduction incomplète, position intracloacale non anatomique de l’oviducte à l’origine de récidives) [8, 18, 22]. Le repositionnement anatomique peut être amélioré par l’introduction d’une sonde dans la lumière de l’oviducte et une manipulation douce des tissus autour de celle-ci [8, 23]. La suture en bourse peut également masquer une récidive du prolapsus dans le cloaque, non visible extérieurement [8].

Résection-anastomose des tissus nécrosés et réduction par cœliotomie

La résection-anastomose des tissus nécrosés et la réduction du prolapsus par cœliotomie (laparotomie) sont une autre solution alternative. Cette technique est possible tout en considérant le risque de déhiscence des sutures ou de sténose cicatricielle de la paroi utérine (risque de rétentions d’œufs ultérieures) (photo 14) [8, 14, 29].

Réduction du prolapsus par traction via une cœliotomie

La réduction du prolapsus par traction à la faveur d’une cœliotomie est la dernière option thérapeutique [10, 23, 29]. Elle représente la technique de choix. L’ouverture de la cavité cœlomique permet de réduire par une traction soigneuse l’évagination de l’oviducte, d’assurer son bon repositionnement et la réduction complète de l’intussusception [4, 10, 18]. Cette méthode a pour avantage de confirmer le diagnostic étiologique (rétention d’œuf, infection utérine, etc.) et de traiter l’affection primaire (salpingectomie, salpingotomie et extraction des œufs) (photo 15). En cas de traitement conservateur, une pexie de l’oviducte peut être réalisée sur la paroi interne de l’abdomen [10]. Il est cependant préférable, s’il s’agit d’une rétention d’œufs ou lors de nécrose ou d’infection des tissus, de pratiquer une ovario-salpingectomie afin de prévenir les récidives [4, 10, 18, 25]. De plus, les lésions des ligaments suspenseurs de l’oviducte sévèrement distendus ou déchirés augmentent le risque de ponte extra-utérine, et compromettent les ovulations et les gestations futures [3, 4]. En cas de congestion sévère et de réduction difficile, il est possible de réaliser la ligature et la section de l’oviducte extérieurement, avant de terminer la stérilisation après cœliotomie [18]. Une ovario- salpingectomie unilatérale reste envisageable pour conserver la fonction de reproduction [3, 4]. Le risque de récidive n’est alors pas absent.

3. Traitement du prolapsus du côlon

L’approche thérapeutique des prolapsus du côlon est proche de celle des prolapsus de l’oviducte [14, 29]. Pour les mêmes raisons, la réduction manuelle externe, suivie d’une suture en bourse d’une semaine, reste réalisable, mais n’est pas toujours recommandée en raison des risques de récidive et d’obstruction du cloaque [1, 9, 11, 14, 23, 29]. Le risque de déhiscence des sutures après résection-anastomose est également important [18, 25]. Une réduction manuelle interne, lente et soigneuse, après cœliotomie, est donc préconisée si l’état des tissus le permet [3, 4, 17, 25, 29]. Une attention particulière est apportée à la viabilité de la paroi externe du tube digestif (séreuse et musculeuse) observée après réduction de l’intussusception. Les lésions de la muqueuse sont de meilleur pronostic une fois les tissus replacés en position anatomique dans la lumière digestive.

Une résection-anastomose doit être tentée en cas de nécrose évidente des tissus [1, 3, 4, 18, 23, 25]. La paroi est fixée à l’aide d’aiguilles au corps d’une seringue introduite dans la lumière [1, 4, 9, 23, 25]. Après résection circulaire des tissus nécrosés autour de la seringue, les parois saines sont suturées l’une à l’autre sur toute leur circonférence par des points simples perforants avec un fil monofilament (décimale 1,5 à 2) de faible diamètre [1, 4, 9, 23, 25]. Une réduction par taxis externe ou après cœliotomie permet ensuite de replacer les tissus en position anatomique [1, 4, 23, 25]. En cas de sténose cicatricielle, une entérotomie suivie d’une nouvelle suture transverse peut être réalisée [16].

Le maintien du tube digestif dans la cavité cœlomique peut être assuré par une colopexie sur trois côtes successives ou sur la paroi abdominale [3, 4, 11, 14, 17, 19, 21, 23, 25, 29]. Cette procédure est réalisée en zone saine avec du fil monofilament (décimale 1,5 à 2) et fait appel à des sutures non perforantes [4, 11]. Afin de renforcer la pexie, les sutures peuvent être apposées après incision de la séreuse colique et de la paroi costale [23].

4. Traitement du prolapsus de la vessie

Une réduction manuelle par taxis externe est possible dans le cas d’un prolapsus de la vessie, suivie d’une suture en bourse du cloaque maintenue trois à cinq jours [4, 25]. La vessie peut alors reprendre seule sa position anatomique. Son abord par cœliotomie est plus complexe chez la tortue (vessie entourée par les os du bassin), plus simple chez les sauriens [4].

La vessie ne joue pas de rôle direct dans l’excrétion de l’urine, mais elle semble intervenir, de façon encore mal déterminée, dans l’absorption de l’eau et des électrolytes. Elle peut donc être, lors de nécrose, partiellement réséquée et suturée par un double surjet enfouissant [3, 4, 25]. Dans les cas les plus graves, une cystectomie complète est réalisée en ligaturant la base de la vessie, sans négliger les conséquences possibles sur les échanges hydriques [3, 4, 5, 23, 25].

5. Traitement du prolapsus de la muqueuse cloacale

La réduction manuelle par taxis externe est de meilleur pronostic pour les prolapsus de la muqueuse cloacale (sans organe extériorisé). Après réduction de l’œdème par des solutés glacés ou hypertoniques, les tissus sont réintroduits dans la lumière du cloaque à l’aide de cotontige humidifiés ou d’un corps de seringue [14, 18, 25]. Une cloacotomie favorise la réintroduction des tissus et une cloacorraphie partielle (ou une suture en bourse) assure le maintien en place de la muqueuse cloacale [11, 14, 15, 18, 25, 29].

Le maintien du cloaque en position anatomique peut être favorisé par une cloacopexie (décrite chez les sauriens et les ophidiens) [6, 15]. Chez les sauriens, une suture est pratiquée cranialement au pubis à travers la peau, la paroi abdominale et l’épaisseur du cloaque (repéré et manipulé par taxis interne à l’aide de l’index ou d’un corps de seringue introduit dans le cloaque) [15]. Ce point de suture doit être légèrement latéral afin d’éviter la veine abdominale ventrale située sous la ligne blanche [15]. Chez les ophidiens, le cloaque est repéré et isolé après cœliotomie [6]. Des sutures par points simples perforants sont ensuite appliquées entre le cloaque et la paroi abdominale en incluant une côte dans la pexie [6].

6. Traitement des perforations

Le traitement des perforations est rarement mis en œuvre et ses résultats sont décevants. Une réduction du prolapsus par taxis interne, après cœliotomie, doit être réalisée, suivie d’une suture du cloaque.

7. Soins postopératoires

Les soins postopératoires comprennent :

- le traitement de l’affection primitive (arrêt de la reproduction, stérilisation, vermifugation, prise en charge de l’hypocalcémie, etc.) ;

- la mise en place d’une antibiothérapie ;

- la gestion de la douleur avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens et morphiniques ;

- le maintien de l’hydratation grâce à des bains tièdes deux ou trois fois par jour, à des administrations intracœlomiques ou intraveineuses d’un mélange de lactate de Ringer et de glucose 5 % ;

- la reprise de l’alimentation spontanée ou par gavage (Oxbow Critical Care pour herbivores ou carnivores, purée de fruits, souris, insectes, etc. à la sonde métallique ou avec une sonde d’œsophagostomie).

Chez les reptiles, le traitement des prolapsus doit être précoce après stabilisation de l’animal. La protection et la préservation des organes prolabés sont préconisées.

Leur amputation est réalisée seulement en cas de nécessité. La prophylaxie est essentielle afin de prévenir toute récidive. Elle fait appel à des traitements antiparasitaires réguliers, à une conduite de la reproduction, à une ovariectomie préventive, à une gestion de l’environnement, de l’alimentation et des facteurs d’ambiance du terrarium.

  • Médicament humain.

Encadré : Critères d’identification des différents types de prolapsus

• Identification des oviductes

L’intussusception, la présence d’une lumière dans laquelle il est possible d’introduire un cathéter ou une seringue, l’ouverture du cloaque bouchée par le prolapsus, la surface de la muqueuse striée longitudinalement, l’absence de fèces et d’acide urique dans la lumière conduisent à suspecter un prolapsus des oviductes [3, 4, 18, 19, 25, 29].

• Identification du pénis ou d’un ou de deux hémipénis

Selon les espèces, un pénis ou un ou deux hémipénis peuvent être observés.

Chez les chéloniens, une forme pédiculée, linéaire, de consistance ferme, de forme allongée avec un sillon dorsal caractéristique (gouttière) et une couleur noire ou violacée à son extrémité évasée correspond à un prolapsus du pénis (photo 3) [2, 4, 20, 22, 29]. L’ouverture du cloaque est partiellement obstruée par le prolapsus, mais sa lumière reste accessible à l’aide d’une seringue et l’évacuation d’urine ou de fèces peut être observée [18, 25, 29].

Chez les ophidiens et les sauriens, un ou deux hémipénis (tissus solides de forme oblongue de 0,5 à 3 cm) orientés caudalement ou latéralement sous la queue sont observés, ainsi que l’absence de lumière (photos 4 et 5). L’ouverture du cloaque est normale, non obstruée par le prolapsus [4, 18, 20, 25].

• Identification du côlon

Lors de prolapsus colique, une évagination en doigt de gant d’une paroi mince et la présence d’une lumière dans laquelle il est possible d’introduire un cathéter ou une seringue sont observées. La surface de la muqueuse est lisse. La présence de fèces et l’absence d’acide urique (aspect blanc et pâteux) dans la lumière et l’obstruction de l’ouverture du cloaque sont notées (photos 6 et 7) [4, 18, 19, 22, 25, 29].

• Identification de la vessie

L’absence de lumière au sein du prolapsus, la forme globuleuse, la paroi fine, vascularisée et translucide et l’obstruction de l’ouverture du cloaque sont les critères de suspicion d’un prolapsus vésical. Du liquide cœlomique d’origine inflammatoire y est parfois collecté par aspiration à l’aiguille fine et expulsé au moment du prolapsus. Il ne s’agit pas d’urine (photo 8) [4, 18, 19, 25, 29].

• Identification d’un prolapsus de la muqueuse cloacale

La présence d’une masse rouge, congestive et œdémateuse dont la surface est lisse et la consistance ferme, ainsi que celle d’une lumière et l’évacuation d’urine et de selles par l’orifice font suspecter un prolapsus de la muqueuse cloacale [7, 18]. Lors de prolapsus important, il est parfois difficile d’observer l’abouchement du côlon, des oviductes et des uretères [15].

Lors de prolapsus complet de l’ensemble du cloaque, la muqueuse cloacale, le côlon, les oviductes et les uretères prolabés sont identifiés (photo 9).

POINTS FORTS

• Le prolapsus cloacal doit être traité rapidement pour prévenir la dessiccation, la nécrose et l’infection des tissus.

• Le traitement comprend la stabilisation de l’animal, la protection des tissus prolabés, la réduction manuelle ou chirurgicale du prolapsus.

• L’origine initiale du prolapsus doit être recherchée et traitée.

• Les principales causes de prolapsus sont les affections urogénitales et digestives, et l’hypocalcémie d’origine alimentaire (ou rénale).

• En cas d’échec de la réduction par taxis externe, une cœliotomie est préconisée.

• L’amputation d’un segment d’organe n’est envisagée qu’en cas de nécrose sévère des tissus.

Perforation du cloaque et prolapsus d’une anse intestinale chez une tortue grecque (Testudo graeca).

Identification d’un oviducte par utérographie chez un anaconda présentant un prolapsus. Le marquage est réalisé grâce à une sonde de Foley introduite dans l’organe prolabé.

Figure : Anatomie générale d’une tortue

L’anatomie du cloaque (urodeum, coprodeum, proctodeum) est comparable chez les serpents et les lézards. D’après [2, 4].

Réintroduction du pénis prolabé à l’aide de coton-tige humidifié chez une tortue à tempes rouges (Trachemys scripta elegans).

Amputation du pénis chez une tortue grecque (Testudo graeca), position de la pince hémostatique avant la ligature.

Cloacorraphie après réduction d’un prolapsus du côlon et amputation des hémipénis chez un gecko léopard.

Fixation de l’oviducte autour d’une sonde à l’aide d’aiguilles lors de la résection-anastomose d’un oviducte prolabé chez une tortue sulcata.

Ovariectomie (rétention ovarienne) et salpingectomie chez une tortue d’Hermann (Testudo hermanni) qui présente un prolapsus de l’oviducte (oviducte contenant un œuf, maintenu par des pinces hémostatiques).

Prolapsus de l’oviducte, qui contient un œuf, à travers une perforation du côlon (serpent Lampropeltis getulina).

Prolapsus du pénis chez une tortue à tempes rouges (Trachemys scripta elegans).

Prolapsus du côlon et des hémipénis chez un gecko léopard (Eublepharis macularius) atteint d’une occlusion intestinale par du sable

Prolapsus des hémipénis chez un serpent des blés (Elaphe guttata).

Prolapsus du côlon chez un iguane vert (Iguana iguana). La lumière peut être cathétérisée par un bouchon d’aiguille. Les tissus sont d’aspect nécrotique.

Prolapsus du côlon chez un iguane vert (Iguana iguana). Rinçage au glucose hypertonique d’une portion de côlon prolabé, avant réintroduction dans le cloaque.

Prolapsus de la vessie chez une tortue des steppes (Testudo horsfieldi).

Prolapsus cloacal complet chez un anaconda (Eunectes sp.). Le côlon, les oviductes et les uretères sont identifiables.