Le point Vétérinaire n° 289 du 01/10/2008
 

Question de lecteur

Laurent Kern

Consultant en comportement, 28, bd de Strasbourg, 75010 Paris

Voilà un sujet qui est loin de faire l’objet d’un consensus. Des rares études cliniques qui lui sont consacrées, il ressort qu’environ 60 % des chiens castrés âgés de plus de deux ans présentent une réduction des chevauchements, du marquage urinaire à la maison, des fugues et des agressions entre mâles. Les effets secondaires répertoriés sont une prise de poids, un appétit accru et une baisse d’activité.

La castration ne fait qu’accompagner une thérapie médicale ou comportementale. Elle n’en est en aucun cas le pivot central. Le propriétaire doit être informé que la castration n’aura peut-être qu’un effet partiel, voire nul, et présente des effets secondaires.

• Les indications comportementales de la castration sont limitées. Les situations pour lesquelles elle peut être envisagée en première intention, à condition de la pratiquer rapidement après le début des troubles, sont les marquages urinaires dans la maison (d’origine non anxieuse), les chevauchements (ces deux symptômes accompagnent souvent une sociopathie) et les fugues liées à la présence de femelles en chaleur.

• La castration est souvent envisagée par les propriétaires, voire par les vétérinaires, comme premier geste thérapeutique lors de comportement agressif. Les résultats sont souvent décevants. Elle peut parfois se révéler utile dans la triade agressive des sociopathies (agressions hiérarchique, territoriale et par irritation), mais uniquement si elle est pratiquée précocement, juste après ou, mieux, juste avant la puberté. En effet, la testostérone joue un rôle dans le développement et le renforcement de ces agressions au moment de la puberté, puis devient secondaire. Cela explique l’inefficacité, donc la non-indication de la castration dans la plupart des agressions des sociopathies, la demande de traitement intervenant le plus souvent bien après la puberté.

Lors de sociopathie intraspécifique, survenant lors de la puberté d’un chien ou lors d’une dysendocrinie sexuelle, il convient, outre la castration précoce de l’animal incriminé, de castrer aussi les autres individus du groupe, sous peine d’aggravation des troubles. Dans les agressions à l’encontre de mâles, hors de la maison, les résultats sont plus probants si les combats sont déclenchés par la présence d’une chienne en chaleur.

Les autres formes d’agressions répondent peu, voire pas du tout, à la castration. Inutile, dans ces conditions, de l’envisager comme solution thérapeutique.

Dans tous les cas, aucun résultat ne doit être attendu si les troubles sont anciens ou que les agressions sont instrumentalisées puisque ces comportements, là encore, ne sont alors plus sous la seule dépendance hormonale.

• La castration a donc des indications réduites. Et même dans ce cadre restreint, les résultats restent aléatoires. Il convient en outre de la réaliser dès l’apparition des troubles et de l’accompagner d’une thérapie médicale ou comportementale, sous peine d’échec.