Le point Vétérinaire n° 289 du 01/10/2008
 

ZOONOSES

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QUESTION DE LECTEUR

Michel Pépin

Afssa, site de Lyon
31, avenue Tony-Garnier
69364 Lyon Cedex 7

Cette arbovirose des ruminants et zoonose est une maladie émergente potentielle en France.

Depuis une vingtaine d’années, les experts signalent le risque d’introduction, notamment en Europe, du virus de la fièvre de la vallée du Rift (FVRV) présent en Afrique, car trois conditions favorables sont réunies [4] :

- le FVRV peut être transmis par de nombreuses espèces de moustiques dont certaines sont déjà présentes en France ou en Europe [9] ;

- les virémies sont élevées chez les animaux infectés, ce qui rend un repas sanguin par un moustique potentiellement plus dangereux pour une transmission ultérieure [8] ;

- le FVRV peut se transmettre de façon directe, favorisant l’amplification de l’épizootie/épidémie.

Le virus a été identifié pour la première fois au Kenya en 1931(1) dans la région de la faille du Rift. C’est un arbovirus comme celui de la fièvre catarrhale ovine (FCO), mais d’une famille distincte : les Bunyaviridés [3]. Il est transmis par des moustiques appartenant principalement aux genres Aedes, Culex ou Anopheles, voire par des tiques. Jusqu’à la fin des années 1970, il était surtout connu pour être responsable d’épizooties importantes chez les ruminants (le mouton surtout), induisant des avortements chez les brebis et une mortalité élevée chez les très jeunes animaux (encadré et tableau complémentaires sur www.WK-Vet.fr) [6].

Le caractère zoonotique de ce virus s’est révélé plus marqué, notamment lors de son introduction en Égypte, en Afrique de l’Ouest ou au Moyen-Orient au début des années 2000 [1, 7]. Son apparition au Moyen-Orient a signé la première incursion du virus hors du continent africain et a démontré que les prévisions sur sa possible émergence hors de son bassin d’origine étaient exactes. Le FVRV serait un virus jeune (apparu vers 1850), d’où sa faible variabilité (un seul sérotype), avec un potentiel de diffusion presque intact [2].

Le risque d’introduction du FVRV en Europe, et en France en particulier, varie selon la modalité envisagée : moustique ou animal vivant infecté, produits d’animaux contaminés ou homme infecté(1). Les probabilités ont été revues à la hausse et estimées de négligeables à modérées, dans les analyses de risque effectuées en Europe et aux États-Unis [5, 10]. Le scénario le plus probable reste l’introduction d’un animal infecté, à la faveur d’épizooties/endémies dans les pays traditionnellement touchés(2). L’épisode actuel de FVR dans l’île de Mayotte en est un exemple probable (animaux infectés importés du Kenya et de la Tanzanie où la FVR a sévi en 2006-2007).

Comme pour la FCO, la première source d’introduction du FVRV en France serait liée aux activités humaines, suivie par une possible pérennisation de la maladie en lien avec le réchauffement climatique(1).

La vaccination des animaux sensibles serait le principal moyen de lutte contre le virus installé. Seuls deux vaccins, l’un inactivé et l’autre vivant, fabriqués en Afrique du Sud et autorisés sur le continent africain, sont disponibles, non dénués d’effets indésirables, notamment chez les femelles gestantes (vaccin vivant). En Europe, leurs conditions d’utilisation chez les animaux sensibles restent à étudier, en attendant l’arrivée de nouveaux vaccins contre la FVR enregistrés en France et en Europe.

  • (1) Voir l’article “Risques infectieux émergents et changement climatique” du même auteur dans ce numéro.

  • (2) Voir l’avis du 16/4/2008 de l’Afssa : http://www.afssa.fr/Documents/SANT2008sa0074.pdf