Le point Vétérinaire n° 289 du 01/10/2008
 

Reproduction féline

Fiche clinique

Anne Gogny*, Francis Fiéni**


*Reproduction des animaux de compagnie, Centre hospitalier vétérinaire universitaire, ENV de Nantes, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 03
**Reproduction des animaux de compagnie, Centre hospitalier vétérinaire universitaire, ENV de Nantes, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 03

Chez la chatte, l’aglépristone est utilisée pour interrompre la gestation, traiter la fibroadénomatose et le pyomètre.

Les propriétés pharmacologiques de l’aglépristone sont identiques chez la chatte et la chienne(1), ainsi que ses modalités d’utilisation : injection sous-cutanée interscapulaire possible, massage nécessaire en raison de la viscosité élevée de l’excipient à l’origine d’une légère douleur au point d’injection [5, 7]. La dose utilisée chez la chatte est plus élevée que chez la chienne et varie de 15 à 20 mg/kg selon les indications. À ce jour, Alizine® n’a pas d’autorisation de mise sur le marché dans l’espèce féline.

Interruption de la gestation

• Période d’utilisation : administration de J0 à J45 après l’ovulation.

• Protocole et doses : deux injections sous-cutanées à la dose de 15 mg/kg (soit 0,5 ml/kg) à 24 heures d’intervalle, mais une efficacité identique est obtenue avec une dose de 10 mg/kg [1, 3, 4].

• Effet : avortement en sept à huit jours après la première injection [1, 3]. Un contrôle échographique est indispensable 10 jours après l’injection initiale.

• Effets secondaires :

– pertes vulvaires brunâtres, le plus souvent légères [1] ;

– retour en chaleur parfois rapide (8 à 10 jours après l’avortement).

• Intérêts :

– utilisation possible sur une longue période de gestation ;

– innocuité ;

– bonne efficacité (de l’ordre de 88 %) pour les interruptions réalisées en milieu de gestation (entre 25 et 35 jours après la saillie) [1, 3] ;

– pas de retentissement sur la fertilité ultérieure de la chatte [1].

• Limites :

– lors d’avortement tardif, expulsion de fœtus vivants possible, d’où la nécessité de prévenir les propriétaires et d’hospitaliser dans certains cas l’animal ;

– échec (partiel ou total) possible surtout si l’avortement est pratiqué au cours de la seconde moitié de la gestation.

Traitement de la fibroadénomatose

La fibroadénomatose est une prolifération fibroglandulaire d’une ou de l’ensemble des mamelles. Certains auteurs considèrent la mastose comme une forme particulière de fibroadénomatose dans l’espèce féline [8]. Le traitement préconisé est donc identique à celui de la fibroadénomatose.

• Protocole et doses : injections sous-cutanées à la dose de 15 mg/kg (0,5 ml/kg) à J0 (jour du diagnostic), J1, J8, J15, J21 et éventuellement J28. Si la chatte reçoit un traitement à base de progestatifs, il est impératif de le stopper.

• Effet : diminution des masses mammaires en trois à quatre semaines après la première injection [6, 10]. Aucun effet indésirable.

• Intérêts :

– lorsque l’animal n’est pas destiné à la reproduction, le traitement médical peut compléter utilement l’ovariectomie, qui n’est pas toujours efficace à elle seule. Selon certains auteurs, l’aglépristone pourrait même remplacer l’ovariectomie [9]. En effet, les chattes dont la fibroadénomatose ne régresse pas après l’administration d’aglépristone ne guérissent pas non plus après une stérilisation ultérieure [9] ;

– lorsque le traitement médical suffit, le potentiel reproducteur est conservé.

• Limites :

– récidive possible, surtout lorsque la cause de la fibroadénomatose est un traitement à base de progestatifs administré sous une forme retard [11] ;

– résultats inconstants, que le traitement médical soit utilisé seul ou associé à l’ovariectomie. Il convient dans ce cas de procéder à l’ablation des mamelles atteintes [8].

Traitement du pyomètre

Chez la chatte, le pyomètre obéit à la même pathogénie que chez la chienne mais dans cette espèce, il est le plus souvent lié à l’administration de progestatifs.

• Protocole et doses : injections sous-cutanées à la dose de 15 mg/kg (0,5 ml/kg) à J1, J2, J8 et J15 [2].

• Effets :

– décharge purulente dans les heures qui suivent la première injection [2] ;

– amélioration de l’état général de l’animal immédiatement consécutive à la décharge vaginale ;

– disparition à l’examen échographique de l’image de l’utérus quelques jours après la première injection ;

– contrôle échographique indispensable à J8 et J15.

• Effets secondaires :

– pas d’effet indésirable connu ;

– l’effet sur le cycle œstral de la chatte est inconnu ;

– la fertilité n’est pas modifiée ;

– les chaleurs suivantes surviennent dix jours à deux mois après le traitement [2].

• Intérêts :

– solution alternative à l’ovario-hystérectomie lorsqu’une intervention chirurgicale est trop risquée ;

– conservation de la fonction reproductrice chez la jeune chatte [2] ;

– préparation de l’ovario-hystérectomie lorsque l’état de l’animal ne permet pas une intervention chirurgicale immédiate. L’administration d’aglépristone permet d’induire une vidange préliminaire de l’utérus, ce qui facilite le travail de l’intervenant en diminuant la taille de l’organe. Le drainage de l’utérus permet aussi, lors d’hypertrophie majeure de celui-ci, de limiter le risque de choc a vacuo. Dans ce cas, comme chez la chienne, l’aglépristone peut être prescrite seule ou en association avec des prostaglandines administrées à doses faibles (par exemple, le cloprosténol à la dose de 1 à 2,5 µg/kg), afin de favoriser la vidange de l’utérus.

• Limites :

– récidive possible, avec un taux probablement plus élevé que chez la chienne, même si une gestation survient au cycle suivant ;

– le taux de succès est inconnu, mais aucun cas d’échec n’est décrit à ce jour.

  • (1) Voir la fiche “Applications cliniques de l’aglépristone”, des mêmes auteurs. Point Vét. 2008 ; 288(39): 51-52.