Le point Vétérinaire n° 289 du 01/10/2008
 

MALADIES INFECTIEUSES DES BOVINS

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FOCUS

Clara Marcé

ENSV, 1, avenue Bourgelat, 69280 Marcy-L'Étoile

Assurance qualité, élimination stricte des animaux infectés, vêlages séparés, voire vaccination : certains choix relèvent d’une préférence nationale, d’autres d’une option prise individuellement.

Les intervenants au Colloque international sur la paratuberculose au Japon à l’automne 2007 ont offert, entre autres, un aperçu des méthodes de lutte et des programmes de contrôle mis en place pour l’espèce bovine dans les différents pays représentés [1]. Mises à part quelques variations de choix nationaux présentées dans cet article, les recommandations clés de la gestion de la paratuberculose n’ont pas changé : hygiène, gestion du colostrum et du lait, dépistage pour prévenir l’introduction de la maladie et en limiter la propagation en élevage infecté, et vaccination des jeunes lorsqu’elle est disponible.

Les conseils sur les mesures à appliquer dans les troupeaux atteints de Mycobacterium avium paratuberculosis (Map) sont toujours d’actualité, mais leur effet est difficile à évaluer car l’affection évolue lentement. « La réussite des programmes de maîtrise dépend de la connaissance de la maladie qu’ont les vétérinaires et les producteurs », souligne en outre l’Américaine Jeannette McDonald(1) [1].

À l’ère de l’assurance qualité-lait

Aux Pays-Bas, en janvier 2006, un programme d’assurance qualité du lait de tank (programme BMQAP) face à la paratuberculose a été initié dans les troupeaux bovins laitiers [1, 3]. Son objectif est de réduire la concentration de Map dans le lait délivré aux laiteries. Il est conduit en parallèle du précédent programme néerlandais qui visait l’échange de bovins à bas risque de paratuberculose (programme IPP). Tous les examens sont réalisés par tests Elisa. Dans les procédures “évaluation initiale” et “surveillance”, les résultats Elisa peuvent être confirmés par culture fécale.

L’évaluation initiale du troupeau se fonde sur les résultats des tests Elisa (prélèvements de lait individuels pour toutes les vaches en lactation). Les troupeaux testés négatifs entrent dans une procédure de contrôle qui consiste en un examen biennal (“troupeaux verts”) et les cheptels testés positifs dans une procédure de contrôle avec un examen annuel et une réforme des animaux positifs (“troupeaux rouges”). Le programme a été évalué après 15 mois de mise en service. Il semble motivant : le nombre de troupeaux participant à un programme de contrôle est passé de 1 071 en décembre 2006 à 1 711 en mars 2007. Cinquante-quatre pour cent des 670 troupeaux ayant rejoint nouvellement le programme BMQAP comportent au moins un bovin testé Elisa positif. Parmi ces bovins positifs, 55 % ont été confirmés par culture fécale (45 % avec au moins un test positif). La proportion de troupeaux positifs est supérieure à celle estimée dans les études précédentes par modélisation, mais un biais de sélection des cheptels participants pourrait expliquer ce phénomène.

Les maîtres d’œuvre du programme souhaitent poursuivre dans cette voie et obtenir une diminution objective de la concentration de bactéries dans le lait.

Éliminer strictement la descendance

En République tchèque, un bilan a été dressé après 14 années (1992-2006) d’un programme d’actions de maîtrise se rapprochant de ce qui est conseillé en France [1]. L’amélioration rapportée dans 19,3 % des troupeaux bovins laitiers a été obtenu, grâce aux mesures suivantes : retrait des animaux ayant une culture fécale positive, ainsi que de leur descendance ; séparation de l’élevage des veaux de celui des adultes ; mesures d’hygiène strictes.

Les auteurs soulignent que l’absence d’élimination stricte de la descendance des animaux à culture fécale positive conduit à l’échec. Autre cause d’échec : l’alimentation des veaux avec du colostrum de mélange et/ou du lait non pasteurisé. Un programme de certification fondé sur un test PCR (polymerase chain reaction) sur le lait est en discussion dans ce pays.

Les vaches infectées vêlent séparément

En Italie, où un programme collectif pour le contrôle de la paratuberculose fait défaut, une étude sur cinq élevages (70 à 200 vaches) illustre la meilleure des options proposées dans le Nord-Est (région de Veneto, présentation de Nicola Pozzato) [1].

La prévalence initiale des animaux positifs (Elisa) dans ces troupeaux infectés a été estimée (par analyse sérologique) à 27 %. Le programme était fondé sur :

- des mesures de bioconfinement et de biosécurité destinées à prévenir l’introduction puis la diffusion de la maladie ;

- une gestion à l’échelle de l’élevage des animaux testés positifs (avec analyse de risque semi-quantitative prenant en compte la productivité de l’élevage).

Une mesure originale a été conseillée : la mise en place d’aires de vêlage distinctes pour les vaches positives et négatives selon les résultats d’un test sérologique (Elisa) au tarissement.

La réforme des animaux positifs en bactérioculture a été seulement préconisée et, dans les faits, l’intervalle entre le résultat des tests et la réforme s’est révélé très variable entre les élevages. Les autres dispositions ont été plus traditionnelles :

- séparation précoce des jeunes veaux de leur mère à la naissance ;

- utilisation du colostrum de vaches négatives pour les veaux nés de mères positives ;

- séparation des aires d’élevage des jeunes veaux et des vaches ;

- test sérologique chez toutes les vaches de plus de 24 mois tous les six mois et au tarissement. Si le test est positif ou douteux, une culture fécale (CF) et une PCR sont réalisées. Bien que toutes les mesures n’aient pas été strictement appliquées, après trois ans, plus aucun cas clinique n’est observé. La prévalence des animaux positifs dans les troupeaux est passée de 14,8 à 4,4 %. La nécessité d’une réglementation des programmes de contrôle est soulevée par les auteurs de cette étude.

Alléger la charge de travail en ciblant le lait

Au Danemark, un programme de contrôle volontaire est disponible depuis 2006 [2]. Son objectif est de fournir aux éleveurs des outils pour contrôler l’infection et diminuer la prévalence à l’échelle du pays. Environ 1 150 éleveurs laitiers y étaient inscrits en septembre 2007. Les troupeaux participants réalisent un test Elisa sur lait chez toutes les vaches en lactation quatre fois par an. Il est recommandé d’utiliser les résultats des tests pour gérer les animaux infectés par évaluation du risque (encadré et tableau). Cette option vise à diminuer la charge de travail des éleveurs. Il leur est conseillé de se concentrer uniquement sur les vaches avec un test positif, car c’est « une stratégie de contrôle plus efficace et plus accessible que de chercher à bloquer toutes les voies de transmission sur l’ensemble du troupeau ». Les résultats des tests sont aussi utilisés pour communiquer avec les éleveurs. La communication entre éleveurs et conseillers est fondée sur une analyse de risque. Elle vise à aider l’éleveur à identifier les aires de transmission à risque. Les producteurs gardent ainsi un rôle central dans la gestion de la santé de leur troupeau. Le contrôle de la maladie dure entre six et huit ans. Comme aux Pays-Bas, des outils et des méthodes permettant de “maintenir l’enthousiasme” sont activement recherchés. Dans une prochaine étape, une composante de surveillance complètera le programme.

Et la vaccination ?

Si les vaccins contre la paratuberculose ne sont plus disponibles en France depuis 2001, ils restent une option de lutte, en Espagne notamment. L’équipe de Joseba Garrido a cherché à évaluer l’acceptation par l’éleveur (troupeaux bovins laitiers) de cette mesure de prophylaxie médicale et ses divers effets pour l’élevage [1]. Dans six troupeaux, tous les animaux présents au début de l’essai ont été vaccinés au cours du premier mois de vie. Un suivi clinique a été réalisé à un mois, permettant de constater la simple formation d’un nodule au lieu d’injection. Les tuberculinations comparatives pratiquées un an ou plus après la vaccination ne sont pas positives. L’effet le plus évident a été une diminution du taux de réforme au premier vêlage. En se fondant sur le taux d’excrétion, une réduction de 10,87 % des animaux positifs par PCR (sur fèces) a été observée 12 mois après la vaccination. Aucune réduction n’est mise en évidence par culture fécale. Cependant, 18,75 % des animaux détectés positifs au premier test étaient de forts excréteurs qui ont disparu 12 mois après la vaccination. La production laitière a augmenté de 709 kg par vache en moyenne. Les résultats ont largement varié entre troupeaux et selon le numéro de lactation. Ainsi, la vaccination conduit à ramener le taux de renouvellement à des valeurs acceptables et à rétablir la production sans effets secondaires notables (sur le plan clinique ou sur les possibilités diagnostiques de la tubercule).

L’Américain Patton a observé une diminution du nombre de cultures fécales positives chez les génisses après utilisation d’un vaccin inactivé de souche avium sur trois troupeaux modérément à fortement infectés (primovaccination au premier vêlage et rappel à 90 jours de gestation pour toutes les lactations suivantes) [1]. Il rapporte une tendance à une diminution de l’excrétion fécale et de l’apparition de la maladie clinique, et conclut au rôle potentiel protecteur du vaccin, mais « en association avec un changement de gestion » dans les troupeaux modérément à fortement infectés.

  • (1) Un programme de formation en ligne est proposé aux États-Unis (http://www.vetmedce.org/index.pl? op= show; id=7780)

Encadré : Recommandations associées à la classification du programme danois

• Les vaches “rouges” sont réformées avant le vêlage suivant et ne doivent pas être présentes près de l’aire de vêlage. Toutefois, une stratégie spécifique de réforme peut être recommandée. Elle est adaptée au cas de l’élevage, selon la quantité d’anticorps au dernier test, la différence de production laitière par rapport à ce qui était attendu, les symptômes de diarrhée, le taux en cellules somatiques, la prévalence dans le troupeau des vaches rouges et jaunes, et d’autres facteurs tels que les boiteries, l’âge et les performances en général.

• Les vaches “jaunes” sont autorisées à vêler, mais les boxes doivent être nettoyés après chaque vêlage. Les veaux nés de mères jaunes sont retirés immédiatement.

• Le logement des veaux doit être loin de l’aire de vêlage, sans contact avec des adultes.

• Si un veau est né d’une vache à risque élevé, et qu’il est gardé dans le troupeau, il doit être isolé des veaux qui restent plus d’un an.

• En ce qui concerne l’alimentation lactée, aucun lait ne doit être utilisé s’il provient d’une vache classée “jaune” ou “rouge”.

D’après [2].

Tableau : Niveau de risque et classification des vaches dans le programme danois

La classification est mise à jour régulièrement dans chaque élevage, tous les quatre mois au maximum (échantillon de lait individuel positif à l’Elisa si la densité optique corrigée est 0,3). D’après [2].