Le point Vétérinaire n° 288 du 01/09/2008
 

ATOPIE CANINE ET FÉLINE

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FOCUS

Éric Vandaële

4, square de Tourville
44470 Carquefou

Le spray Cortavance® d’acéponate d’hydrocortisone permet de traiter un prurit sans les effets secondaires des corticoïdes.

Les corticoïdes sont très utilisés en dermatologie pour lutter contre le prurit, mais ils n’ont pas bonne réputation en raison de leurs effets secondaires. Pourtant, l’an dernier, Virbac a consacré un symposium européen de dermatologie vétérinaire à cette classe thérapeutique. Simultanément, le laboratoire a commercialisé un nouveau dermocorticoïde : Cortavance®. Cette spécialité contient un diester d’hydrocortisone : l’acéponate d’hydrocortisone (encadré).

La paume de la main

Le spray à 0,584 mg/ml d’acéponate d’hydrocortisone a été approuvé par l’Agence européenne du médicament et autorisé dans toute l’Union européenne officiellement depuis le 9 janvier 2007. Il est indiqué dans le « traitement symptomatique des dermites inflammatoires et prurigineuses », à raison de deux pulvérisations une fois par jour (sans massage) pendant sept jours sur une surface cutanée de 10 cm2, (c’est-à-dire, approximativement, celle de la paume de la main). Le traitement peut être répété en cas de réapparition du prurit.

C’est la première fois que, pour lutter contre le prurit, il est possible de faire appel à des corticoïdes, avec un risque aussi réduit d’effets indésirables et sans les difficultés d’application des pommades ou des crèmes.

Un diester d’actétate et de propionate d’hydrocortisone

L’acéponate d’hydrocortisone est un dermocorticoïde de la classe des diesters développé en dermatologie humaine dans les années 1990. L’acéponate est en effet l’abréviation d’une estérification en C17 par le propionate et en C21 par l’acétate de l’hydrocortisone. L’hydrocortisone est le composé de synthèse identique à l’hormone naturelle, le cortisol. Le diester (acéponate) assure une « pénétration cutanée élevée avec une faible biodisponibilité plasmatique, donc un faible passage dans l’organisme. L’indice thérapeutique est élevé avec des effets secondaires réduits », indique l’Agence européenne du médicament.

Le résumé officiel des caractéristiques du produit (RCP) indique que ce spray ne présente « aucun effet indésirable », alors que son activité est similaire ou supérieure à celle du valérate de bétaméthasone ou de l’acétonide de triamcinolone (figure 1).

Une profondeur moyenne de pénétration de 0,25 mm

Une fois appliqué sur la peau, l’acéponate présente une forte lipophilie qui le fait pénétrer dans l’épiderme à une profondeur moyenne de 0,20 à 0,25 mm, mais pas plus en profondeur dans le derme, ni dans le sang (figure 2). Dans l’épiderme, des estérases permettent dans un premier temps de former le 17-propionate d’hydrocortisone, le métabolite qui présente la plus forte activité sur les récepteurs cellulaires des kératinocytes. Seule une fraction de l’ordre de 0,2 % d’acéponate est retrouvée dans la circulation sanguine.

De nombreuses études cliniques, expérimentales et de terrain ont validé l’efficacité et la tolérance du nouveau médicament. L’essai le plus étonnant est peut-être celui de confirmation de la dose sur un modèle expérimental validé de dermatite allergique par piqûre de puces (DAPP) provoquée. Avec ou sans antiparasitaire, le spray réduit rapidement à la fois le nombre et la durée des épisodes prurigineux, donc le score lésionnel cutané. Mais ce dermocorticoïde doit être associé à un antiparasitaire externe en cas de DAPP ou à un anti-infectieux lors de pyodermite.

Lors du Symposium européen de dermatologie vétérinaire, des praticiens rapportent avoir utilisé cette spécialité avec succès chez le chat dans des cas de granulome éosinophilique et de dermatite auto-immune.

Le flacon de 76 ml permet de réaliser 500 pulvérisations pour un prix public de revente de l’ordre de 20 € TTC. Il se conserve six mois après la première application.

Encadré : Les atopies, affections chroniques récidivantes, génèrent trois visites vétérinaires par an

• De nombreux nouveaux produits ont été lancés l’an dernier sur le marché de la dermatologie, dont le spray Cortavance® par Virbac, un supplément nutritionnel en sachet pour Schering-Plough (Phytopica®) ou encore le nouvel antibiotique injectable longue action de Pfizer, Convenia®, à base de céfovécine. Cet anti-infectieux n’est toutefois pas uniquement indiqué dans les infections cutanées des chiens et des chats, mais aussi lors d’infection urinaire. Il est aussi possible de citer les nouveaux antiparasitaires externes de Fort Dodge (Promeris® Duo à base de métaflumizone et d’amitraz) et de Novartis (Prac-Tic® à base pyriprole) (figure 3).

• À partir d’études de marché différentes, les laboratoires s’accordent sur l’importance de la dermatologie dans le marché canin : le second marché pour les confrères en ce qui concerne les motifs de consultation (15 %), derrière les vaccinations (40 %), mais devant les interventions de convenance (13 %) ou la reproduction (11 %). Virbac estime à quatre millions le nombre annuel de consultations de dermatologie, soit environ neuf consultations par semaine et par praticien. Dans un quart des cas, un prurit est associé à ces maladies cutanées.

• Six races sont particulièrement prédisposées aux troubles cutanés allergiques et représentent à elles seules 60 % des cas : le westie (17 %), le labrador et le golden retriever (15 % à eux deux), le bouledogue (8 %), le caniche (7 %), le berger allemand et le yorkshire (6 % respectivement). Lors de troubles cutanés allergiques, les praticiens associent habituellement en première intention quatre grandes classes de produits dans plus de 50 % des cas : les corticoïdes, les antibiotiques, des shampooings et des antiparasitaires externes (APE) (figure complémentaire sur www.WK-Vet.fr).

Comme les traitements d’éviction de l’allergène et/ou de désensibilisation sont difficiles à mettre en œuvre en médecine canine, la quasi-totalité (98 %) de ces affections récidive selon une étude. Le traitement de seconde intention fait alors appel aux mêmes produits en y ajoutant la ciclosporine (Atopica®) dans 15 % des cas. Depuis peu, le fabricant d’autovaccins Biovac propose aussi des autovaccins spécifiques pour traiter ces rechutes. Néanmoins, les troubles atopiques restent des affections chroniques récidivantes, avec souvent plus de trois visites par an chez le vétérinaire.

Figure 1 : Classification des dermocorticoïdes selon le rapport bénéfice/risque

Selon la classification proposée par la German Association of Medical Societes (AWMF), les diesters présentent une efficacité similaire à celle de l’acétonide de triamcinolone, avec des effets secondaires limités (équivalents à ceux de l’hydrocortisone).

Figure 2 : Pénétration du dermocorticoïde dans l’épiderme

La pénétration de l’acéponate d’hydrocortisone est limitée à l’épiderme sur une profondeur de moins de 0,5 mm. Source : Virbac.

Figure 3 : Marché des troubles cutanés allergiques

Sur un marché estimé à 12 millions d’euros pour le traitement des troubles cutanés allergiques, les antibiotiques représenteraient 5 millions et les corticoïdes 2 millions. Source SPV, d’après Cognos 2007.