Le point Vétérinaire n° 288 du 01/09/2008
 

Question de lecteur

Jack-Yves Deschamps

Service d’urgences, CHV de l’ENV de Nantes, Antlanpôle La Chantrerie, BP 40706 Nantes Cedex 3

Le sang contient des gaz dissous, en particulier de l’oxygène et du dioxyde de carbone. La mesure des gaz du sang fournit la pression partielle en oxygène (pO2) et celle en dioxyde de carbone (pCO2). Sont associées à ces deux paramètres les mesures de l’acidité sanguine pH (= -log [H+]) et de la concentration en bicarbonates ou réserve alcaline [HCO3-]. La mesure des gaz du sang sous-entend la connaissance de quatre paramètres étroitement liés : le pH, la pO2 , la pCO2 et la [HCO3-], dont les normes sont respectivement : 7,4, 80 mmHg, 40 mmHg et 24 mmol/l.

La mesure des gaz du sang requiert un prélèvement de sang artériel, ce qui lui confère une réputation d’infaisabilité en clientèle, malgré l’existence d’appareils qui permettent l’analyse “au chevet du patient”. En pratique, un prélèvement veineux suffit, mais, dans ce cas, la pO2 ne peut plus être interprétée. Le prélèvement s’effectue à l’aide de seringues héparinées et l’analyse est pratiquée aussitôt.

L’analyse des gaz du sang a d’abord un intérêt diagnostique. Elle permet d’explorer le statut acido-basique d’un animal et de connaître le niveau, métabolique ou respiratoire, du trouble. Elle est un bon moyen d’apprécier la fonction respiratoire.

Le pH sanguin se situe normalement à 7,4. Il est constant chez un organisme sain. Le rein (pour l’activité métabolique) et le poumon (pour la fonction respiratoire) interagissent pour le maintenir stable.

Dans la plupart des situations pathologiques, l’organisme à tendance à produire des acidoses : le pH est alors inférieur à 7,4. Les variations ne sont pas importantes. Un pH à 6,9 ou 7 signe une acidose sévère. Lors d’acidose métabolique, la réserve en base est faible : [HCO3-] est inférieure à 24 mmol/l. C’est le cas notamment dans les états d’hypoxémie, principale indication de la mesure des gaz du sang. Lors d’acidose respiratoire, la teneur du sang en dioxyde de carbone est élevée : pCO2 est supérieure à 40 mmHg. L’organisme en insuffisance respiratoire n’élimine plus suffisamment l’acide qu’est le dioxyde de carbone ; c’est le cas lors d’hypoventilation peranesthésique ou de pneumonie.

Les alcaloses (pH supérieur à 7,4) sont rares. Elles se limitent pratiquement aux vomissements pour l’alcalose métabolique (dans ce cas [HCO3-] est supérieure à 24 mmol/l) et à l’hyperventilation pour les alcaloses respiratoires (pCO2 inférieure à 40 mmHg).

Outre l’intérêt diagnostique, la mesure des gaz du sang est surtout un bon moyen d’apprécier l’efficacité d’une thérapeutique et, par conséquent, elle a une valeur pronostique. Les dosages doivent donc être renouvelés régulièrement. Ces apports font de la mesure des gaz du sang un outil essentiel en urgence et en réanimation.