Le point Vétérinaire n° 288 du 01/09/2008
 

Reproduction bovine

Pratique

SUR ORDONNANCE

Nicole Picard-Hagen*, Hervé Pouliquen**


*Département Élevage et Produits, ENV de Toulouse, 23 chemin des Capelles 31076 Toulouse Cedex

Pour un groupe de vaches cyclées et non cyclées, un seul protocole de traitement à base de progestagène permet d’induire et de synchroniser les chaleurs.

Pour faciliter la conduite d’élevage et s’affranchir de la détection des chaleurs, un éleveur souhaite synchroniser les chaleurs d’un groupe de dix génisses pubères et de dix vaches charolaises, en bon état corporel. Les génisses sont âgées de 17 à 21 mois et les vaches ont vêlé depuis plus de 45 jours. L’examen de l’appareil génital est normal chez toutes les femelles, sauf chez l’une qui présente une métrite et qui est écartée de la mise à la reproduction. À l’examen gynécologique, près de la moitié des femelles sont cyclées.

Un traitement à base de progestérone Prid®, de PGF2α (prostaglandine F2α) Enzaprost® et d’eCG (equine chorionic gonadotropin) ou de PMSG (pregnant mare serum gonadotropin) est prescrit.

Stratégie de synchronisation des chaleurs

Des solutions alternatives aux œstrogènes

Les traitements de synchronisation des chaleurs visent à maîtriser la phase lutéale et à induire l’ovulation de manière synchronisée sur un groupe de femelles.

La progestérone mime artificiellement la phase lutéale et bloque, par son rétrocontrôle négatif sur l’axe hypothalamo-hypophysaire, la sécrétion des hormones gonadotropes, FSH (follicle stimulating hormone) et LH (luteinizing hormone).

Chez les femelles en anœstrus, en raison de la faible activité de l’axe hypothalamo-hypophysaire, la croissance folliculaire et la sécrétion d’œstrogènes sont stimulées par l’administration d’eCG au moment du retrait du dispositif. Les doses d’eCG (400 UI chez les génisses et 500 UI chez les vaches) sont adaptées à l’état physiologique des animaux, afin de ne pas provoquer de superovulation responsable de gestation multiple non souhaitée chez les bovins.

Historiquement, les traitements progestatifs de maîtrise des cycles étaient associés aux œstrogènes. Ces derniers avaient pour intérêt de contrôler la vague de croissance folliculaire de façon à obtenir un follicule mature au retrait du dispositif progestatif. Ils avaient également un rôle antilutéotrope en s’opposant à la mise en place du corps jaune. Les œstrogènes ont été interdits en production animale par la directive européenne n° 2003/74/CE de 2006.

Des solutions alternatives à l’utilisation des œstrogènes ont été développées. La durée de traitement progestéronique a été réduite à sept jours pour éviter une phase de dominance trop longue, néfaste à la qualité de l’ovocyte. Une administration de PGF2a ou d’un analogue est réalisée un jour avant le retrait du dispositif progestatif pour supprimer d’éventuelles sécrétions de progestérone endogène.

CIDR® et PRID®

Des analogies et des différences

Une autorisation de mise sur le marché (AMM) a été octroyée en novembre 2007 en France pour un dispositif vaginal à base de progestérone, Cidr®, avec une indication de maîtrise des cycles chez les femelles cyclées. L’AMM pour un autre dispositif vaginal, Prid®, a été modifiée en janvier 2008, avec une indication à la fois chez les femelles cyclées et non cyclées. Cidr® est un dispositif en forme de T, alors que Prid® est en forme de spirale. Les profils des concentrations plasmatiques de progestérone au cours du traitement sont relativement similaires pour les deux dispositifs [1].

Les différences majeures entre les deux dispositifs sont les suivantes :

- Cidr® n’a pas encore d’indication chez les femelles non cyclées ;

- après le traitement au Cidr®, il est préconisé d’inséminer sur chaleurs observées 12 heures après leur début, alors qu’une insémination systématique est réalisée 56 heures après le retrait du dispositif Prid®. Après le traitement au Cidr®, 72 à 84 % des vaches ou génisses cyclées présentent un œstrus dans les trois jours après le retrait du dispositif, ce qui suggère qu’une insémination artificielle systématique pourrait être réalisée après ce traitement [2].

Avec ce nouveau protocole de traitement progestatif Prid® mis en place sur un groupe de femelles en bon état corporel, l’éleveur espère obtenir un taux de gestation à l’œstrus induit proche de celui observé sur chaleurs naturelles. Toutefois, les facteurs environnementaux jouent un rôle majeur sur les résultats de fertilité à l’œstrus induit. Les traitements hormonaux doivent toujours être considérés comme des outils zootechniques destinés à faciliter la maîtrise de la reproduction et, en aucun cas, comme des solutions palliatives à une mauvaise conduite d’élevage.