Le point Vétérinaire n° 288 du 01/09/2008
 

Pathologie respiratoire des bovins

Mise à jour

LE POINT SUR…

Renaud Maillard*, Guillaume Belbis**, Sébastien Assié***, Alain Douart****


*Unité de pathologie médicale du bétail et des animaux de basse-cour
ENV d’Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94704 Maisons-Alfort Cedex
**Unité de pathologie médicale du bétail et des animaux de basse-cour
ENV d’Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94704 Maisons-Alfort Cedex
***Médecine des animaux d’élevage
ENV de Nantes
Atlanpôle - La Chantrerie
BP 40706 44307
Nantes Cedex 3
****Médecine des animaux d’élevage
ENV de Nantes
Atlanpôle - La Chantrerie
BP 40706 44307
Nantes Cedex 3

Les affections respiratoires des bovins adultes représentent un défi diagnostique. Cet article propose une démarche globale fondée sur les données épidémiocliniques et les examens complémentaires.

Résumé

Les affections respiratoires des bovins adultes peuvent avoir de nombreuses causes. Il est difficile d’en définir des caractères communs. Certaines sont spécifiques à l’adulte, certaines sont contagieuses ou enzootiques, d’autres sporadiques, certaines évoluent sur un mode chronique, d’autres sur un mode aigu, certaines sont accompagnées de signes discrets, tandis que d’autres sont sévères, voire létales. Le diagnostic est fondé sur la concordance des éléments épidémiologiques et cliniques. Les examens complémentaires exhaustifs et certains traitements sont très coûteux pour l’éleveur. La réforme est parfois la seule solution médicale et économique.

Les affections respiratoires des bovins adultes ne constituent pas une dominante pathologique dans cette espèce et pour cet âge (à l’inverse des bovins de moins de deux ans) [2, 10, 18, 28, 32, 34, 43, 52]. Les signes exprimés sont souvent frustes (hyperthermie, toux, polypnée, chute de production laitière), mais la maladie est observée dans de multiples circonstances épidémiocliniques : aspect sporadique ou contagieux en apparence, aigu ou chronique, extension au prétroupeau ou exclusivité de l’adulte, animaux à l’étable ou au pré, etc., et il est souvent difficile d’établir la cause de ces troubles à moindres frais.

Les recherches virales ou bactériennes après écouvillonnage, aspiration transtrachéale (ATT) ou sérologiques donnent la plupart du temps de médiocres résultats.

Cet article traite successivement des causes possibles d’affections respiratoires du bovin adulte, des données épidémiocliniques pertinentes, et propose un plan d’action(1). Tuberculose et péripneumonie contagieuse bovines, qui entrent dans le cadre du diagnostic différentiel, ne sont pas évoquées, mais elles mériteraient plus d’attention dans un autre pays que la France (photo 1). À l’inverse, la fièvre catarrhale ovine (FCO) doit désormais être prise en compte.

Principales causes d’affections respiratoires

Afin de trouver des clés diagnostiques, il est conseillé de procéder par dichotomie :

- affections de l’adulte seul ou de toutes les classes d’âge ;

- affections sporadiques ou d’aspect enzootique ;

- affections chroniques ou aiguës (au pâturage/à l’étable) (tableau 1).

1. Orientation diagnostique en fonction de l’atteinte d’autres classes d’âge et des signes cliniques

Les affections respiratoires spécifiques du bovin adulte sont peu nombreuses [11, 15]. Il s’agit essentiellement des tumeurs, de la thrombose de la veine cave, de l’alvéolite fibrosante. La thrombose de la veine cave est la plus fréquente [9].

Les affections respiratoires qui atteignent essentiellement les adultes, mais parfois aussi les animaux plus jeunes, sont :

- l’emphysème des regains ;

- les hypersensibilités (incluant le poumon du fermier) ;

- le coryza gangreneux ;

- l’ehrlichiose granulocytaire bovine (EGB) ;

- la fièvre Q ;

- de nombreuses maladies générales avec un impact respiratoire secondaire (anévrisme de la carotide, insuffisance cardiaque, péricardite d’origine traumatique ou non, endocardite, anémie, acidose, etc.).

• Les tumeurs de l’appareil respiratoire sont souvent une découverte d’autopsie ou d’abattoir chez le bovin adulte. Comme les autres cancers, elles peuvent être primitives ou secondaires (métastatiques). Dans le premier cas de figure, la symptomatologie est limitée jusqu’aux phases terminales à des troubles respiratoires et à une perte de poids, dans le second, les signes observés correspondent à l’atteinte de l’organe où siège la tumeur primitive. Des observations, pour la plupart anciennes, montrent que les tumeurs primitives sont exceptionnelles chez les bovins (19 cas par million de bovins abattus), alors que les tumeurs secondaires sont plus fréquentes (43 cas par million de bovins abattus). L’ensemble de ces tumeurs représente 8 % des cancers chez les bovins en incluant les leucoses, y compris la leucose bovine enzootique, presque inexistante maintenant dans notre pays ; ces chiffres doivent donc être encore minorés [3, 4, 10, 40]. Les tumeurs des nœuds lymphatiques médiastinaux, du thymus, du foie, de l’œsophage, etc. peuvent avoir des effets indirects sur la fonction respiratoire. Le diagnostic in vivo de la plupart de ces tumeurs est impossible en pratique et s’effectue par élimination, en attendant les résultats nécropsiques [3, 4, 10, 35, 40, 60].

• La thrombose de la veine cave est plus fréquente dans la portion caudale (thrombose de la veine cave postérieure ou TVCP) qu’en portion craniale (le thrombus initial est retrouvé à l’autopsie en portion thoracique ou hépatique), mais dans les deux cas les signes cliniques prédominants (perte de poids, dyspnée, fièvre, toux inconstante) évoquent une affection chronique de l’appareil respiratoire profond. La confusion est d’autant probable qu’une pneumonie ou le développement de multiples abcès peuvent être secondaires à l’embolie. La mort subite est possible et spectaculaire (bovin retrouvé gisant dans une mare de sang), mais elle ne concerne que la moitié des bovins qui présentent une thrombose de la veine cave, l’autre moitié des animaux évoluant sur le mode chronique en un à six mois marqués par une perte d’état et des signes d’atteinte de l’appareil respiratoire profond. Le diagnostic in vivo est plus facile quand le clinicien peut observer (en plus des signes évoqués ci-dessus) une anémie, du méléna, une douleur thoracique, une hépatomégalie ou une ascite, et surtout des caillots dans l’environnement de l’animal et une hémoptysie (photos 2 à 5) [9, 10, 11, 41, 47, 57].

• L’alvéolite fibrosante est une affection du bovin de plus de six ans, caractérisée par une toux et une tachypnée permanentes mais un appétit conservé. Le diagnostic ne peut être établi qu’à l’autopsie et confirmé à l’examen histologique [10, 58].

• L’emphysème des regains est exceptionnel avant l’âge de deux ans, mais plusieurs cas ont été décrits dans des feedlots [32]. Il peut être considéré comme une maladie métabolique (auto-empoisonnement au 3-méthyl-indole et à la 3-méthyl-indoléine). La maladie est associée à un trouble de conduite alimentaire (passage brusque d’une ration pauvre à une ration riche) dans les trois semaines suivant un changement de pâture. Tachypnée et dyspnée d’apparition soudaine évoluant sur un mode aigu orientent la suspicion épidémioclinique. La mort survient dans un tiers des cas [32, 39, 47, 59, 60].

• Le poumon du fermier est une forme d’hypersensibilité localisée aux poumons, après de multiples expositions à une atmosphère chargée en poussières ou à du foin moisi, contenant notamment (mais non exclusivement) des spores fongiques comme celles de Micropolyspora fœni [7, 59]. Pour les mêmes raisons, l’éleveur peut souffrir de cette affection [56]. Les signes cliniques (toux, fièvre, chute de production laitière) apparaissent brutalement dans la forme aiguë de la maladie. La forme chronique s’accompagne en sus d’amaigrissement. Il existe d’autres affections allergiques chez les bovins, se traduisant par des signes respiratoires d’intensité variable, de diagnostic encore moins aisé que celui du poumon du fermier. La bonne réponse à la corticothérapie est un indice important, seul l’examen histologique (sur prélèvement biopsique ou nécropsique) permettant un diagnostic de certitude (photo 6). Dans les cas sporadiques, les éléments cliniques ne permettent pas facilement de différencier le poumon du fermier des formes de thrombose de la veine cave d’évolution lente.

En Europe, le coryza gangreneux est dû à un virus d’origine ovine (OvHV-2), et si des ovins ne sont pas présents lors de la visite, la proximité de moutons dans les mois précédant l’apparition de signes chez les bovins doit être renseignée lors du recueil des commémoratifs (l’incubation pouvant atteindre six mois). Les signes cliniques les plus apparents (anorexie, prostration, chute de production laitière, signes oculaires, fièvre, jetage, dyspnée) évoquent des affections enzootiques comme une pneumonie aiguë pasteurellique ou une rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR), voire une infection par le sérotype 8 du virus de la blue tongue (BTV) [12, 13, 38, 45, 51]. D’autres signes orientent plus facilement le diagnostic (photo 7).

L’ehrlichiose granulocytaire bovine ou fièvre des pâturages, ou maladie des gros pâturons, ou belar joa (au Pays basque) est une affection survenant en saison de pâture, non contagieuse et transmise par les tiques du genre Ixodes. L’infection par Anaplasma phagocytophilum est parfois inapparente, mais les signes cliniques peuvent être sévères (fièvre, toux, chute de production laitière, tachypnée, troubles de la reproduction, etc.). L’évolution au sein du troupeau est celle d’une maladie contagieuse, sur plusieurs semaines ou plusieurs mois. Si toutes les classes d’âge peuvent être touchées, parfois seules les vaches sont atteintes, les génisses ne présentant pas de signes cliniques [33, 54, 55].

Le recueil des signes cliniques, couplé aux paramètres des classes d’âge atteintes et à l’allure épidémiologique, est donc un premier élément utile à la démarche diagnostique lors d’affection respiratoire constatée chez un bovin adulte.

2. Orientation diagnostique en fonction du nombre d’animaux atteints et des signes cliniques

Face à une affection touchant de façon synchrone plusieurs animaux, une origine contagieuse, une erreur de management collective ou une anazootie sont recherchées [5, 13, 65].

Face à une affection d’apparence collective, les microbes sont plus suspects que d’autres agents pathogènes. Dans cette hypothèse, l’ensemble du troupeau (ou certains lots) est considéré comme exposé au même agent pathogène dans une période de temps ramassée. Une fraction significative des animaux exposés doit aussi être sensible à l’agent infectieux, donc naïve ou insuffisamment protégée.

Ces conditions ne correspondent pas à l’expression du pouvoir pathogène des bactéries et des virus pneumopathogènes chez les animaux adultes. Dans la plupart des cas, en effet, la primo-infection se produit tôt dans la vie de l’animal et les adultes sont protégés à des degrés divers, donc moins sensibles à la maladie. Toutefois, ces mêmes adultes peuvent être infectés et, à défaut d’être tous malades, entretiennent dans le cheptel les agents microbiens, qu’ils transmettent aux veaux naïfs, au fur et à mesure de l’avancement de la saison de vêlage [6, 16, 17, 20, 31, 34, 48, 51, 61, 66].

Cela ne signifie pas que les affections respiratoires dues à des agents infectieux ne puissent se produire chez l’adulte, particulièrement dans les cas suivants :

- lors d’affection chronique (due à des pasteurelles ou à des mycoplasmes) chez quelques animaux qui présentent une pneumonie suppurative ancienne, non guérie, plus rarement en primo-infection (photo 8) [36, 42, 48]. Dans le premier cas, les signes cliniques apparaissent ou réapparaissent plusieurs mois après un épisode initial parfois discret, donc passé inaperçu, et, au moment de l’intervention, les lésions (abcès, pleurésie hémi- ou bilatérale, empyème) sont telles que les traitements ont peu de chances de succès et sont économiquement non réalisables (photos 9 et 10) ;

- les affections dues au virus respiratoire syncytial (RS) ou à la rhinotrachéite infectieuse bovine peuvent survenir chez des animaux naïfs de tous âges, y compris les adultes. Même si les adultes naïfs vis-à-vis du RS sont apparemment rares, une telle situation a été décrite relativement souvent sur le terrain, y compris au pâturage [23, 34, 53].

À l’opposé, certaines affections d’origine non infectieuse peuvent apparaître enzootiques ou contagieuses, comme l’emphysème des regains, le poumon du fermier ou la bronchite vermineuse, pour lesquels facteurs favorisant et facteurs déclenchant la maladie surviennent presque simultanément dans un groupe d’animaux conduits ensemble [8, 14, 44, 49, 50, 64].

Face aux affections d’apparence collective, les outils traditionnels du diagnostic de laboratoire des infections respiratoires (lavage broncho-alvéolaire, ATT, écouvillonnage nasal profond, sérologie) sont d’un intérêt réduit dans de nombreux cas. La recherche de dictyocaulose doit être systématique in vivo ou post-mortem (photo 11) [14].

À l’opposé, les affections sporadiques sont représentées par la thrombose de la veine cave, l’alvéolite fibrosante, les tumeurs, les hypersensibilités et les pneumonies suppuratives chroniques. Ces affections touchent essentiellement l’animal adulte [10].

3. Orientation diagnostique en fonction de l’évolution de l’affection

L’aspect chronique ou aigu de l’affection est aussi un élément précieux.

• Une affection respiratoire chronique chez l’adulte doit faire penser à une pneumonie suppurative d’origine pasteurellique ou mycoplasmique non soignée/non guérie, au poumon du fermier, à l’alvéolite fibrosante, à la thrombose de la veine cave (50 % des cas) et aux tumeurs [10]. L’examen clinique complet, le recueil de l’anamnèse et des commémoratifs sont d’importance, ainsi que la liste des traitements antérieurs. Le diagnostic est difficile du vivant de l’animal, et les signes cliniques peuvent être très frustes et peu spécifiques au premier abord (photo 12). Ces affections concernant le plus souvent un seul animal, la question du pronostic est immédiatement posée, les traitements éventuels étant longs, coûteux et souvent d’une efficacité impossible à augurer.

• Les affections aiguës incluent l’IBR, l’infection par le BTV8, la bronchite vermineuse, l’emphysème des regains, le coryza gangreneux, la fièvre Q et l’ehrlichiose granulocytaire bovine, plus rarement le RS, les hypersensibilités, la thrombose de la veine cave (l’autre moitié des cas) [30, 47, 59, 60]. Le recours au laboratoire est donc le plus souvent indispensable, mais la diversité des affections suspectées rend nécessaires un grand nombre d’analyses : coproscopie, sérologie, hématologie, polymerase chain reaction (PCR) sur sang au moins.

La frontière entre les caractères aigu et chronique peut être floue, notamment si l’éleveur observe une évolution lente dans son cheptel et parfois des récidives (ehrlichiose, RS au pâturage, etc.).

4. Orientation diagnostique en fonction des signes cliniques

La sévérité des signes ne peut pas permettre d’orienter le diagnostic.

Localisation des signes

La localisation des lésions et des troubles fonctionnels est plus utile : les signes cliniques peuvent être limités à l’appareil respiratoire supérieur (IBR, laryngite, rhinite, coryza gangreneux, FCO, etc.) ou aux poumons (pasteurellose/mycoplasmose/ infection par le virus RS, bronchite vermineuse, emphysème des regains, poumon du fermier, etc.) (photos 13, 14, 15, 16).

Observation d’autres signes

Les troubles respiratoires peuvent s’accompagner d’autres signes riches d’enseignement (d’où l’intérêt d’un examen clinique complet) comme une diarrhée (coronavirose, BVD), un abattement, un iridocyclite et une hypertrophie des nœuds lymphatiques (coryza gangreneux), des mammites ou des arthrites (mycoplasmose), une hémoptysie (thrombose de la veine cave), un œdème des pâturons (ehrlichiose), des troubles de la reproduction (BVD, fièvre Q), un état de choc (hypersensibilité). Ces signes peuvent cependant coexister chez l’animal atteint de troubles respiratoires ou être retrouvés chez ses voisins de case ou de stabulation. Parfois, le tableau clinique est complexe et les signes autres que respiratoires sont très divers : c’est le cas de la fièvre catarrhale ovine surtout lors d’infection par le virus de type 8.

Cas particulier de la “toux d’été”

En période estivale, de nombreux épisodes chez les vaches sont décrits en période de pâturage. Appelés “toux d’été” en France et “sporadic milk drop syndrome” au Royaume-Uni, ces troubles sont caractérisés par un jetage, une toux (aggravée par l’effort), une anorexie, une chute de production laitière. L’hyperthermie varie d’un individu à l’autre. L’haptoglobine sanguine et la numération et formule sanguines (éosinophilie, etc.) sont rarement modifiées de manière significative. Dans la plupart des cas, les signes disparaissent en quelques jours, voire en deux semaines. Les récidives sont possibles lors de la même saison de pâture ou les saisons suivantes. Parfois, les signes généraux sont plus marqués (abattement, température supérieure à 40 °C, mort exceptionnelle d’un ou de deux animaux) et la guérison est plus tardive (trois à six semaines d’évolution, chute de production prolongée ou non-retour à une production normale). De nombreuses causes ont été évoquées, selon les études, à partir de résultats d’examens microbiologiques ou sérologiques :

- la participation d’agents viraux classiques : (RS, BVD, BoHV-1, coronavirus, etc.) ou non (virus de Breda ou torovirus, virus de la grippe, BTV, etc. [26, 28, 37] ;

- celle de bactéries très diverses (M. haemolytica, P. multocida, H. somnus, Mycoplasma bovis, Chlamydia spp., Coxiella burnetti, Anaplasma phagocytophila et A. marginale, Leptospira spp.) ;

- celle d’agents fongiques ou parasitaires (Dictyocaulus viviparus, Aspergillus spp., Micropolyspora foeni, et parfois l’intervention de Babesia bovis ou B. bigemina).

L’aspect clinique de ces toux d’été a longtemps fait penser à l’intervention d’un agent infectieux, et celle du virus RS a été suspectée en premier lieu :

- historiquement, les premières descriptions cliniques ont bien été effectuées chez des bovins adultes en Suisse, en Suède et en France [23, 25, 46] ;

- ce virus peut circuler toute l’année chez des bovins de tout âge, y compris en période estivale avec des animaux au pâturage, avec éventuellement des signes cliniques et une chute de production laitière [61, 62] ;

- la séroconversion peut être associée à des signes cliniques chez les vaches atteintes de troubles respiratoires [53] ;

- le RS est parfois un cofacteur aggravant d’autres agents pneumopathogènes (lors de bronchite vermineuse ou d’emphysème des regains) [32, 62, 63] ;

- chez les vaches vaccinées contre le RS avant la mise bas, la production laitière (et la fertilité) est accrue dans le premier tiers de gestation [24].

Cependant, la plupart des auteurs s’accordent à dire que les troubles significatifs ne se produisent que chez les adultes en primo-infection, une circonstance épidémiologique rare [20, 24, 62].

Les examens systématisés (ATT, frottis, coproscopie, sérologies, recherche directe d’agents pathogènes notamment par PCR) ont plus récemment réorienté le diagnostic des toux d’été vers l’infestation par Dictyocaulus viviparus ou Anaplasma phagocytophilum, et, depuis 2007, également vers l’infection par le BTV.

La bronchite vermineuse est passée de la “grippe du 14 juillet” à une présentation épidémiologique et clinique beaucoup plus complexe, qui s’étend de mars à décembre et survenant chez de nombreux adultes D. viviparus doit être considéré comme un agent majeur d’affection respiratoire, en toutes saisons et à tout âge [14, 19, 29, 30, 44, 49, 64]. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ces changements apparents dans la biologie du parasite et les dynamiques d’infestation :

- des conditions météorologiques favorables (hivers plus doux et humides) ;

- des erreurs thérapeutiques dans la gestion de l’immunité des bovins vis-à-vis du parasite et de l’infestation des pâtures [1, 8, 29, 49, 50].

Cependant, la bronchite vermineuse ne peut expliquer tous les cas de toux d’été. Dans certains cas, le parasite est absent alors qu’une forte séropositivité (ou la mise en évidence de produits d’amplification par PCR) oriente vers l’infection par A. phagocytophilum, non contagieuse mais transmise au pâturage par la morsure de tiques du genre Ixodes ou vers la FCO [21, 22, 27, 33, 37].

Plan d’action

Le recueil des commémoratifs et de l’anamnèse, l’analyse de la conduite d’élevage (localisation et mouvements des animaux, répartition en lots), et l’examen clinique (incluant les données nécropsiques) donnent les premières clés d’orientation diagnostique. Le nombre total d’animaux atteints doit être établi (recueil des températures, observation de la prise ou du refus alimentaire). La démarche proposée est fondée sur la confirmation (ou l’élimination) des hypothèses, de la plus à la moins probable (figure).

Quatre principaux cas de figure doivent être considérés, en croisant deux types d’évolution avec deux situations épidémiologiques (animaux à l’étable ou au pâturage, atteinte des seuls adultes ou de plusieurs classes d’âge) :

- cas sporadiques d’évolution aiguë ;

- cas sporadique d’évolution chronique ;

- plusieurs cas d’évolution aiguë ;

- plusieurs cas d’évolution chronique.

Dans la plupart des cas, la conviction de l’éleveur est obtenue à partir d’éléments analytiques, le recours au laboratoire est donc indispensable. Les examens prioritaires sont différents de ceux qui sont requis chez le jeune bovin. Par exemple, les examens sérologiques et l’ATT sont beaucoup moins pertinents, alors que la recherche de D.viviparus, de la FCO ou de A. phagocytophilum est obligatoire pour les animaux adultes au pré (tableau 2). Pour les cas individuels d’animaux à forte valeur, certains examens complémentaires peu classiques peuvent être pratiqués (échographie des plèvres, ponction pleurale, biopsie pulmonaire, etc.) (photos 17 et 18). Dans le cadre d’affection sporadique, la clinique spécifique respiratoire permet d’orienter le diagnostic au sein d’une même classe épidémiologique, notamment pour aider à distinguer la TVCP du poumon de fermier. La première affection entraîne une clinique mixte, associée à une numération et à une formule sanguines très évocatrices d’une suppuration chronique (anémie plus ou moins forte et neutrophilie marquée avec augmentation des protéines totales chez un animal maigre), et enfin, dans les cas avancés, une augmentation des γGT signant la congestion passive hépatique. Le poumon de fermier a une clinique typique de l’emphysème, et surtout une numération et une formule sanguines orientées vers la réaction d’origine allergique (très forte augmentation des éosinophiles, sans modification nette des protéines totales).

Le traitement est, si possible, spécifique de l’agent pathogène identifié (tétracyclines pour A. phagocytophilum, anthelminthiques pour D. viviparus, corticoïdes pour l’emphysème de regains, etc.) ou palliatif (fièvre catarrhale ovine, affections virales respiratoires, etc.).

De nombreuses affections sporadiques chroniques (thrombose de la veine cave, tumeurs, pleuropneumonie chronique suppurative, etc.) ou aiguës (coryza gangreneux, etc.) assombrissent le pronostic, et l’euthanasie ou la réforme doivent être proposées.

Les affections respiratoires des bovins adultes sont d’origines multiples. De nombreux agents pathogènes peuvent provoquer des affections de gravité variable chez un plus ou moins grand nombre d’animaux. Une bonne connaissance des circonstances épidémiologiques de leur survenue et un examen clinique complet peuvent aboutir, par une succession d’étapes probabilistes, à une hypothèse diagnostique. Le recours au laboratoire doit être réfléchi car le coût des traitements et des pertes économiques (production, temps d’attente, mortalité, etc.) est aussi élevé. Le pronostic est aussi important que le diagnostic, et il convient de proposer une réforme, un abattage ou une euthanasie si nécessaire.

  • (1) D’après une communication présentée au World Buiatrics Congress 2006.

POINTS FORTS

• Les affections respiratoires du bovin adulte peuvent avoir des causes spécifiques ou communes avec celles des jeunes animaux.

• Il est difficile d’établir un diagnostic lors d’affections sporadiques.

• De nombreuses affections chroniques ont un mauvais pronostic et la rentabilité de leur traitement est nulle.

• L’éventail d’examens complémentaires et de laboratoire disponible pour le praticien doit être utilisé avec discernement, sous peine d’alourdir la facture.

• Les affections d’aspect enzootique sont principalement dues à la dictyocaulose, à l’ehrlichiose granulocytaire bovine ou aux agents infectieux viraux et bactériens classiques ou plus rares (fièvre catarrhale ovine, fièvre Q, etc.).

• Les affections sporadiques sont souvent dues à des maladies générales, plus rarement à des affections à tropisme respiratoire strict.

Références

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  • 8 - Borgsteede FH, Tibben J et coll. Nematode parasites of adult dairy cattle in the Netherlands. Vet. Parasitol. 2000 ; 89(4): 287-296.
  • 10 - Breeze R. Respiratory disease in adult cattle. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 1985 ; 1(2): 311-346.
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Lésions de tuberculose sur les poumons d’un bovin malgache.

Pleurésie de l’hémithorax droit.

Figure : Approche probabiliste des affections respiratoires des bovins adultes

Dictyocaules présents dans la trachée d’un bovin.

Génisse en orthopnée exprimant une douleur.

Ulcère du mufle chez un bovin atteint de rhinotrachéite infectieuse bovine.

Bovin atteint de fièvre catharrhale ovine présentant une conjonctivite et un jetage.

Bovin présentant un jetage et un ptyalisme.

Lésions pulmonaires de pasteurellose.

Échographie de la plèvre chez un bovin.

Drain placé dans la plèvre.

Thrombose de la veine cave caudale : - avec caillots au pâturage ;

Thrombose de la veine cave caudale : - avec abcès de la veine cave à l’autopsie ;

Thrombose de la veine cave caudale : - caillot expectoré ;

Thrombose de la veine cave caudale : - lésions de thrombose pulmonaire.

Poumon du fermier : emphysème généralisé de l’organe, clair et non affaissé.

Bovin atteint de coryza gangreneux : tuphos, larmoiement, nez croûteux et hypertrophie des nœuds lymphatiques.

Pneumonie interstitielle et emphysème : poumon non affaissé avec bronchopneumonie suppurée.

Abcès du poumon.

Tableau 1 : Étiologie et principaux caractères épidémiocliniques des affections respiratoires des bovins adultes

La fréquence et l’impact clinique sont notés de faibke : (+) à l’important : (+++++).

Tableau 2 : Prélèvements et analyses pertinents en fonction de la situation épidémioclinique

ATT : aspiration transtrachéale ; FCO : fièvre catarrhale ovine.