Le point Vétérinaire n° 288 du 01/09/2008
 

Reproduction canine

Fiche clinique

Anne Gogny*, Francis Fiéni**


*Reproduction des animaux de compagnie, Centre hospitalier vétérinaire universitaire, ENV de Nantes, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 03
**Reproduction des animaux de compagnie, Centre hospitalier vétérinaire universitaire, ENV de Nantes, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 03

Les indications de l’aglépristone, chez la chienne, sont l’avortement et le traitement de la métrite et du pyomètre. De nouvelles indications semblent se dessiner.

Les antagonistes compétitifs de la progestérone, dont le représentant en médecine vétérinaire est l’aglépristone, bloquent les récepteurs de la progestérone et, avec une affinité moindre, ceux du cortisol. Ces propriétés leur confèrent des indications variées. Dans l’espèce canine, l’aglépristone est surtout utilisée pour provoquer l’interruption de la gestation. Plus récemment, elle a été proposée dans le traitement de la métrite et du pyomètre, seule ou en association avec d’autres molécules. D’autres emplois possibles sont relatés, tels que l’induction de la parturition [1, 5]. Un cas de traitement partiel d’un fibrome vaginal a également été décrit récemment [15]. En outre, l’aglépristone pourrait être prescrite dans le traitement de l’acromégalie induite par la progestérone [2].

L’intérêt du blocage des récepteurs du cortisol par les antagonistes de la progestérone est démontré chez l’homme lors d’hypercortisolémie. C’est pourquoi ces molécules sont prescrites lors de syndrome de Cushing et dans des affections psychiatriques telles que les troubles bipolaires et la schizophrénie. Chez le chien, ces effets ont été recherchés, mais n’ont pas été mis en évidence aux doses testées [14]. De plus, l’utilisation des antagonistes de la progestérone est également explorée dans le traitement de certains cancers chez l’homme.

• Les antagonistes de la progestérone sont l’aglépristone (RU534), la mifépristone (RU486) et l’onapristone (ZK98299). En médecine vétérinaire, l’aglépristone (Alizine®) est présentée sous forme injectable, dans un excipient huileux, en flacons multiponctionnables de 5 et 10 ml. Sur le plan pharmacologique, en tant qu’antagoniste compétitif de la progestérone, l’aglépristone n’a pas d’activité propre [12]. Ses effets biologiques dépendent de la présence de récepteurs à la progestérone sur différents organes dont l’utérus, donc du stade œstral de la femelle à qui la molécule est administrée. Sa persistance dans l’organisme est longue, de l’ordre de six jours après deux injections de 10 mg/kg à 24 heures d’intervalle, et son élimination, biliaire à 90 %, est lente : environ 24 jours après une administration unique d’une dose de 10 mg/kg [12]. Le site d’injection recommandé est la région interscapulaire bien que, pour des raisons historiques, le lieu préconisé par l’autorisation de mise sur le marché soit le tissu sous-cutané en face interne de la cuisse, car une décoloration du poil peut être observée. En raison de sa viscosité, le produit peut provoquer une légère douleur au point d’injection, ainsi qu’une réaction inflammatoire locale. C’est pourquoi un massage de la zone est nécessaire. De même, il convient de ne pas injecter plus de 5 ml au même point d’injection.

Interruption de la gestation

• Période d’utilisation : de J0 à J45 après ovulation.

• Protocole et doses : deux injections sous-cutanées à la dose de 10 mg/kg (0,33 ml/kg) à 24 heures d’intervalle.

• Effets : avortement en quatre à sept jours après la première injection d’aglépristone [4, 9]. Ce délai peut être raccourci si le traitement est associé à une administration de cabergoline (antiprolactinique) par voie orale (5 μg/kg une fois par jour jusqu’au début de l’avortement) [16]. Un contrôle échographique est indispensable 10 jours après le traitement.

• Effets secondaires :

- raccourcissement de l’interœstrus de un à trois mois ;

- manifestations des signes de la parturition en cas d’avortement tardif.

• Intérêts :

- utilisation possible pendant une large période de la gestation ;

- innocuité ;

- efficacité proche de 100 % pour une interruption de gestation de 0 à 25 jours après l’ovulation et de 95,7 % lorsque l’avortement est provoqué entre 25 et 55 jours après la saillie [4, 7] ;

- pas de retentissement sur la fertilité ultérieure de la chienne [16].

• Limites :

- coût du traitement : de 22 à 25 € HT (prix d’achat en centrale) pour un flacon de 10 ml d’Alizine® (pour une injection pour une chienne de 30 kg) ;

- lors d’avortement tardif possible, expulsion de fœtus, d’où la nécessité de prévenir les propriétaires et d’hospitaliser éventuellement la chienne.

Traitement de la métrite et du pyomètre

• Protocole et doses : injections sous-cutanées de 10 mg/kg (0,33 ml/kg) à J0 (jour du diagnostic), J1, J8, J15 et éventuellement à J28.

• Effets :

- lors de pyomètre clos, l’ouverture du col se traduit par une décharge purulente dans les 4 à 38 heures qui suivent la première injection d’aglépristone et l’amélioration de l’état général de l’animal est immédiatement consécutive à la décharge vaginale [3, 8, 18];

- lors de pyomètre ouvert, à l’échographie une diminution du diamètre de la lumière utérine est observée dès le 7e jour après la première injection.

Un contrôle échographique est indispensable à partir de J15 et 10 jours après la dernière injection.

• Effets secondaires :

- raccourcissement possible de l’interœstrus [18] ;

- allongement possible de l’anœstrus chez quelques chiennes [18].

• Intérêts :

- conservation de la fonction reproductrice ;

- pas de répercussions décrites sur le potentiel reproducteur ultérieur [3, 18] ;

- ouverture du col de l’utérus lors de pyomètre à col fermé [8] ;

- efficacité de l’ordre de 100 % dans le traitement de la métrite [8] ;

- solution alternative à une ovariohystérectomie lorsque l’état de l’animal ne permet pas une intervention chirurgicale ;

- préparation de l’ovariohystérectomie : l’administration d’aglépristone permet d’induire une vidange préliminaire de l’utérus, ce qui facilite le travail du chirurgien en diminuant la taille de l’organe [8, 18]. Le drainage de l’utérus limite aussi le risque de choc a vacuo.

• Limites :

- efficacité de 60 % dans le traitement du pyomètre lorsque l’aglépristone est utilisée seule, de 85 % lorsqu’elle est associée au cloprosténol, de 81 % en association avec une antibiothérapie intra-utérine (étude menée sur 11chiennes) [8, 10, 13] ;

- taux de récidive de l’ordre de 20 % [8, 10, 18]. Une gestation lors des chaleurs suivantes limite ces rechutes [11] ;

- coût du traitement.

En raison de son coût et du risque de récidive, l’aglépristone ne constitue pas une solution alternative à l’hystérectomie, qui reste le traitement de choix du pyomètre. En revanche, cette molécule trouve son indication lorsqu’une intervention chirurgicale n’est pas possible en raison de l’état de la chienne.

Utilisations moins documentées

Induction de la parturition

• Protocole et doses : deux protocoles ont été étudiés à ce jour :

- une injection sous-cutanée d’aglépristone (15 mg/kg) à 58 jours de gestation définie par la détermination de l’ovulation, suivie, 24 heures plus tard, d’une injection sous-cutanée d’ocytocine (0,15 UI/kg) toutes les deux heures jusqu’à expulsion de tous les produits [6] ;

- deux injections sous-cutanées d’aglépristone (15 mg/kg) à 9 heures d’intervalle, à J58 après la saillie. Si le part ne se déroule pas correctement, la chienne reçoit des injections sous-cutanées d’ocytocine (2 UI) jusqu’à expulsion de tous les produits [1].

• Effets :

- protocole 1 : induction de la mise bas 32 heures environ après l’injection d’aglépristone ;

- protocole 2 : induction du part de 32 à 56 heures après la première injection d’aglépristone ;

- pas d’influence sur la durée de la mise bas, l’intervalle entre les naissances, le nombre de chiots nés vivants, le poids de naissance des chiots, le nombre d’interventions humaines nécessaires au cours de la mise bas et le nombre de chiots vivants 30 jours après la naissance.

• Effets secondaires : inflammation au site d’injection, qui disparaît sans traitement.

• Intérêts : déclenchement thérapeutique de la mise bas (terme dépassé, risque d’éclampsie).

• Limites : compte tenu du faible nombre d’études menées sur le sujet chez la chienne, la programmation de la mise bas pour convenance de l’éleveur n’est pas recommandée en raison du risque d’induire celle-ci trop précocement, à un stade où les fœtus sont encore immatures.

Certains auteurs préconisent d’utiliser l’aglépristone dans le protocole de programmation d’une césarienne. Selon l’hypothèse qu’en antagonisant l’action de la progestérone, l’aglépristone induit chez le fœtus un stress similaire à celui de la naissance, cette molécule pourrait optimiser les capacités respiratoires du nouveau-né. Cependant, si plusieurs séries de cas semblent mettre en avant un bénéfice de l’utilisation d’aglépristone lors de césarienne programmée aucune étude contrôlée n’a encore été publiée sur le sujet. D’autre part, le délai d’action de l’aglépristone dans cette indication n’est pas connu, de sorte qu’il est impossible de savoir quand l’injecter préalablement à la césarienne. Le délai actuellement préconisé est de 12 à 24 heures avant l’intervention.

Traitement de l’acromégalie

• Protocole et doses : injections sous-cutanées de 10 mg/kg (0,33 ml/kg) à J1, J8, J15 et J22 [2].

• Effets :

- diminution significative de la concentration plasmatique en GH et en IGF-1, un facteur de croissance produit par la mamelle sous l’action de la progestérone ;

- arrêt des signes cliniques de l’acromégalie.

• Limites :

- étude menée sur un lot limité (cinq chiennes) ;

- augmentation de la concentration plasmatique en IGF-1 3,5 semaines après la dernière injection d’aglépristone. Cette récidive est due, selon l’auteur, au choix du modèle animal, l’acromégalie ayant été générée par des injections de progestagène retard pendant un an.

Traitement d’un cas de fibrome vaginal progestérone-dépendant

• Protocole et doses : injections sous-cutanées de 10 mg/kg (0,33 ml/kg) à J1, J8, J15, J28 et J35 [15].

• Effets :

- régression des signes cliniques liés au fibrome (ténesme, érythème périnéal) à J28 ;

- réduction de 50 % de la taille du fibrome lors de l’excision chirurgicale à J60.

• Intérêt : diminution de la taille du fibrome, ce qui facilite le travail du chirurgien lors de l’éxérèse.

• Limite : pas d’étude contrôlée (un seul cas publié).

Références

  • 1 - Baan M, Taverne MAM, Kooistra HS, de Gier J, Dieleman SJ, Okkens AC. Induction of parturition in the bitch with the progesterone-receptor blocker aglepristone. Theriogenol. 2005 ; 63 : 1958-1572.
  • 2 - Bhatti SFM, Duchateau L, Okkens AC, Van Ham LML, Mol JA, Kooistra HS. Treatment of growth hormone excess in dogs with the progesterone receptor antagonist aglepristone. Theriogenol. 2006 ; 66 : 797-803.
  • 4 - Fiéni F, Tainturier D, Bruyas J-F, Badinand F, Berthelot X, Ronsin P, Rachail M, Lefay M-P. Étude clinique d’une anti-hormone pour provoquer l’avortement chez la chienne : l’aglépristone. Rec. Med. Vet. 1996 ; 172(7/8): 359-367.
  • 6 - Fiéni F, Marnet PG, Martal J, Siliart B, Touzeau N, Bruyas JF, Tainturier D. Comparison of two protocols with a progesterone antagonist aglepristone (RU534) to induce parturition in bitches. J. Reprod. Fertil. suppl. 2001 ; 57 ; 237-242.
  • 8 - Fiéni F. Clinical evaluation of the use of aglepristone, with or without cloprostenol, to treat cystic endometrial hyperplasia-pyometra complex in bitches. Theriogenol. 2006 ; 66 : 1550-1556.
  • 9 - Galac S, Kooistra HS, Butinar J, Bevers MM, Dieleman SJ, Voorhout G, Okkens AC. Termination of mid-gestation pregnancy in bitches with aglepristone, a progesterone receptor antagonist. Theriogenol. 2000 ; 53 : 941-950.
  • 10 - Gobello C, Castex G, Klima L, Rodriguez R, Corrada Y. A study of two protocols combining aglepristone and cloprostenol to treat open cervix pyometra in the bitch. Theriogenol. 2003 ; 60 : 901-908.
  • 12 - Gogny M, Fiéni F. Principe actif l’aglépristone. Le Nouveau Praticien Vétérinaire canine-féline. 2004 ; 15 : 217-218.
  • 15 - Rollon E, Millan Y, de las Mulas JM. Effects of aglepristone, a progesterone receptor antagonist, in a dog with a vaginal fibroma. J. Small Anim. Pract. 2008 ; 49(1): 41-43.
  • 18 - Trasch K, Wehrend A, Bostedt H. Follow-up examinations of bitches after conservative treatment of pyometra with the antigestagen aglepristone. J. Vet. Med. A. Physiol Pathol. Clin. Med. 2003 ; 50(7): 375-379.