Le point Vétérinaire n° 287 du 01/07/2008
 

Cardiologie du chien

Pratique

CAS CLINIQUE

François Serres*, Valérie Chetboul**, Laure Poujol***, Carolina Carlos Sampedrano****, Vassiliki Gouni*****, Jean-Louis Pouchelon******


*Unité de cardiologie
**Unité de cardiologie
***Unité de médecine, ENV d’Alfort, 7, av. du Général-de-Gaulle, 94700 Maisons-Alfort
****Unité de cardiologie
*****Unité de cardiologie
******Unité de cardiologie

Un chien mâle de race caniche âgé de 14 ans est présenté en consultation de médecine à la suite d’une dilatation abdominale observée depuis une semaine.

À l’examen clinique, l’animal est très abattu et présente un signe du flot positif. L’examen cardiovasculaire révèle une fréquence cardiaque élevée (220 bpm) associée à un rythme très irrégulier, à un pouls peu frappé et non synchrone avec le choc précordial. Lors de l’auscultation, un souffle systolique apexien gauche de forte intensité (5/6) est mis en évidence.

Diagnostic

Un examen électrocardiographique confirme la tachycardie très irrégulière (entre 170 et 230 bpm). Le rythme est non sinusal : l’absence d’onde P est confirmée sur l’ensemble des dérivations (tracé 1). L’ensemble des tracés est caractéristique d’une fibrillation atriale (FA). En raison de la forte suspicion d’insuffisance cardiaque globale, un examen échocardiographique est réalisé. Il montre la présence d’une insuffisance mitrale marquée associée à une dilatation atriale gauche importante. Les valvules mitrales sont irrégulières et épaissies. Une hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) systolique majeure est mise en évidence : présence d’un reflux tricuspidien de haute vélocité correspondant à une pression artérielle pulmonaire systolique estimée à 95 mmHg (la valeur normale est inférieure à 25 mmHg) [3]. Cette HTAP, responsable d’une dilatation atriale et ventriculaire droite, explique l’ascite observée. Un diagnostic de maladie valvulaire mitrale dégénérative avec complications de FA et insuffisance cardiaque globale est établi. Le pronostic est réservé. Un traitement “anticongestif” est instauré à base de bénazépril à la dose de 0,3 mg/kg/j en une prise per os, d’aldactone 2 mg/kg/j en une prise per os et de furosémide 1 mg/kg toutes les huit heures par voie sous-cutanée, associé à un traitement antiarythmique (amiodarone(1) à la dose de 15 mg/kg toutes les 12 heures). Un contrôle est réalisé 15 jours plus tard. L’état général s’est nettement amélioré, l’ascite a disparu. Le retour à un rythme sinusal est constaté, associé à une nette diminution de la fréquence cardiaque (95 bpm), ce malgré une dilatation atriale gauche toujours très marquée (tracé 2 et photo). La dose d’amiodarone est diminuée à 7,5 mg/kg toutes les 12 heures. Au cours des contrôles successifs, l’état clinique reste stable et le rythme cardiaque demeure sinusal. Un an après le diagnostic initial, l’animal présente des crises convulsives, évoquant en première intention l’évolution d’une tumeur intracrânienne. Un bilan d’extension général montre la présence d’une masse pulmonaire dont la nature tumorale est confirmée par cytoponction (adénocarcinome). L’état de l’animal se dégrade rapidement. Il est euthanasié à la demande de ses propriétaires.

Discussion

Lors de cardiopathie, la présence d’une ascite est souvent associée à un pronostic sombre chez le chien [5]. L’emploi de l’amiodarone (seule ou associée à la digoxine(1) ou au diltiazem(1)) peut être recommandé en cas de FA. Un retour à un rythme sinusal est observé chez un tiers des animaux [4]. Cette molécule présente néanmoins des effets secondaires marqués (notamment une toxicité hépatique) et doit être utilisée avec précaution. Dans le cas décrit, l’efficacité du traitement antiarythmique, malgré des lésions cardiaques associées, est peut-être liée à la rapidité de la mise en place du traitement. Une FA d’évolution “chronique” est en effet plus difficile à convertir et à maintenir en rythme sinusal que la même arythmie d’apparition récente [1].

  • (1) Médicament humain.

Tracé 1 : DI, DII, DIII : 25 mm/s, 10 mm = 1 mV. Fibrillation atriale (fréquence cardiaque = 180 bpm).

Photo : Cliché échocardiographique en mode bidimensionnel, coupe petit axe transaortique obtenue par voie parasternale droite. Ao : aorte ; AG : atrium gauche. AG/Ao = 2,4 (norme entre 0,52 et 1,13 [2]). Une dilatation atriale gauche marquée est mise en évidence.

Tracé 2 : DII. Le rythme cardiaque est sinusal malgré la persistance d’une importante dilatation atriale gauche (fréquence cardiaque = 95 à 120 bpm).