Le point Vétérinaire n° 287 du 01/07/2008
 

FIÈVRE CATARRHALE OVINE

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QUESTION DE LECTEUR

Étienne Thiry

Unité de virologie et de pathologie des maladies virales
Département des maladies infectieuses et parasitaires
Faculté de médecine vétérinaire Université de Liège, Belgique

Autorisés temporairement, ces vaccins n’ont pas été testés pour la protection de l’infection placentaire et fœtale.

Des vaccins contre le sérotype 8 du virus de la fièvre catarrhale ovine (FCO) sont actuellement disponibles dans plusieurs pays européens dans le cadre d’autorisations temporaires d’utilisation (ATU). Leur usage a été accrédité sur la base de l’examen rapide mais soigneux d’un dossier d’enregistrement allégé soumis aux agences du médicament vétérinaire. L’octroi d’une ATU n’est pas automatique, et les vaccins qui la reçoivent présentent des garanties essentielles de qualité, d’innocuité et d’efficacité.

Dans l’urgence, la protection fœtale n’est toutefois pas un critère d’efficacité qui a été d’emblée étudié. La transmission transplacentaire du virus et ses conséquences délétères pour le fœtus, telles que les avortements et les anomalies congénitales, sont assez rarement observées lors d’épisode de FCO, mais le sérotype 8 déroge à cette règle en Europe occidentale. Les études qui permettraient d’étayer une réponse sont nécessairement longues, car elles doivent porter sur des gestations entières dans les espèces bovine et ovine.

Les vaccins mis à disposition sont inactivés et adjuvés, et contiennent une souche virale de sérotype 8. La protection conférée a été recherchée chez le mouton, chez le bovin ou dans les deux espèces. Les paramètres de protection pris en compte sont la réduction des signes cliniques (bien que peu soient observés lors d’infection expérimentale, une hyperthermie est notée) et de la virémie lorsque les animaux vaccinés sont testés par l’inoculation d’une souche de sérotype 8 isolée sur le terrain.

La diminution de la virémie (mesurée après une épreuve virulente chez les animaux vaccinés) pourrait être un indice indirect de protection fœtale. En effet, l’infection du fœtus se produit à la suite de la virémie chez la mère et du passage du virus de la circulation maternelle à la circulation fœtale. Il est toutefois imprudent d’extrapoler. Exemples bien connus, les vaccins contre la diarrhée virale bovine (BVD), qui réduisent la virémie, ne préviennent pas toujours l’infection fœtale par le virus BVD. Des essais spécifiques d’infection de vaches gravides et d’examens virologiques pratiqués chez des fœtus et des veaux nés de celles-ci sont requis pour obtenir une indication de protection fœtale contre cette affection. Une durée d’immunité pour ce critère d’efficacité reste aussi à déterminer.

La protection envers la baisse de fertilité n’a pas non plus été testée, alors qu’un impact négatif de la maladie est observé sur ce point. L’efficacité des vaccins pour prévenir les troubles de la fertilité et de la reproduction ne peut donc pas être assurée. Sans compter qu’à ce jour les répercussions de la FCO sur la reproduction et la fertilité chez les ruminants n’ont pas été évaluées. Tous les troubles constatés au cours de l’épizootie ne sont vraisemblablement pas dus à cette seule infection virale.

La vaccination de masse (dans ses effets épidémiologiques théoriquement prévisibles), couplée à un taux d’infection très élevé en 2007 (entraînant une forte immunité de troupeau), laisse présager un effet protecteur contre les troubles de la reproduction au cours de la saison 2008 par une réduction de la circulation du virus.

EN SAVOIR PLUS

Afssa. Note sur l’impact éventuel de la vaccination contre la fièvre catarrhale ovine (FCO) sur la reproduction. Émise le 20 mars 2008. Site Internet : www.afssa.fr.