Le point Vétérinaire n° 287 du 01/07/2008
 

Bactériologie canine

Mise à jour

LE POINT SUR…

Jean-Louis Pellerin*, Stéphanie Leveleux**


*Unité de microbiologie et d'immunologie
ENV Nantes Atlanpôle - La Chantrerie BP 40706
44307 Nantes Cedex 3
**Unité de microbiologie et d'immunologie
ENV Nantes Atlanpôle - La Chantrerie BP 40706
44307 Nantes Cedex 3

Une analyse bactériologique et un antibiogramme sont réalisés lors d’infection urinaire, de pyodermite et d’otite suppurée. L’antibio-sensibilité des bactéries pathogènes isolées en 2006 est étudiée.

Résumé

Lors de cystite bactérienne, les deux familles d’antibiotiques les plus utilisées sont les β-lactamines et les quinolones. Cependant, le pourcentage de souches d’E. coli résistantes aux quinolones en 2006 est en augmentation par rapport à 2005, ce qui contraint à les abandonner pour cette indication.

Lors de pyodermite, la stratégie thérapeutique est dirigée contre l’espèce majoritaire. S. intermedius. Cette dernière présente des résistances fréquentes à l’amoxicilline et aux macrolides, mais reste sensible aux autres familles.

Les otites suppurées posent des difficultés plus complexes que les infections précédentes. Souvent, deux espèces bactériennes sont associées et les souches multirésistantes sont fréquentes.

Dans l’espèce canine, le praticien a recours au laboratoire de bactériologie clinique, surtout pour quatre types de maladies infectieuses : les infections du tractus urinaire, les pyodermites, les otites suppurées et les infections respiratoires.

L’objectif de ce travail est de fournir aux vétérinaires les diamètres des antibiogrammes standard, pour les aider dans le choix d’un antibiotique efficace dans ces cas de figure.

Matériel et méthode

Le laboratoire de bactériologie clinique de l’ENV de Nantes est au service du centre hospitalier universitaire vétérinaire de cette même ville et des vétérinaires français. Il traite des prélèvements qui proviennent principalement de chiens et de chats. Il réalise l’isolement, l’identification et l’antibiogramme standard à partir des bactéries reconnues comme pathogènes. Ce laboratoire a effectué 662 analyses au cours de l’année 2006 et les résultats des diamètres mesurés lors de l’antibiogramme standard sont rassemblés dans cet article. Cela permet de fournir, pour chaque couple (espèce bactérienne et molécule antibiotique disponible en 2006), les histogrammes de répartition des souches et, pour chaque espèce bactérienne, le nombre de souches observées dans chaque classe définie par le diamètre d’inhibition, mesuré par la technique de l’antibiogramme standard.

Résultats

Les espèces bactériennes les plus fréquemment isolées et identifiées dans un laboratoire de bactériologie clinique canine sont, par ordre de fréquence décroissante, celles responsables :

- d’infections respiratoires comme Pasteurella multocida, Bordetella bronchiseptica, Bacteroides, Fusobacterium, Peptostreptococcus [5] ;

- d’infections du tractus urinaire telles qu’Escherichia coli, Proteus mirabilis, plus rarement, Staphylococcus intermedius, Enterococcus faecalis et faecium [6] ;

- lors de pyodermites comme Staphylococcus intermedius, Escherichia coli, Proteus mirabilis, Streptococcus canis (G), Pseudomonas aeruginosa [1, 7]. Il est maintenant possible de distinguer sans doute possible Staphylococcus intermedius et Staphylococcus aureus, par un test de polymerase chain reaction (PCR) [3] ;

- d’otites suppurées telles que Staphylococcus intermedius, Pseudomonas aeruginosa, Escherichia coli, Proteus mirabilis, Streptococcus canis (G), Enterococcus faecalis et faecium [1, 7].

Les résultats des antibiogrammes sont présentés sous forme d’histogrammes de répartition des souches, par diamètre d’inhibition.

Discussion

Pour les infections respiratoires, le traitement de référence en 2006 reste l’association amoxicilline-acide clavulanique, la céfalexine ou la doxycycline [5]. Aucun histogramme n’est disponible car le nombre de souches isolées en une année est insuffisant pour réaliser une étude significative.

1. Cystites bactériennes

Lors de cystite bactérienne, les deux familles les plus intéressantes en 2006 sont les β-lactamines, avec l’association amoxicilline-acide clavulanique et la céfalexine, et les quinolones, avec l’enrofloxacine et la marbofloxacine, car ces molécules se concentrent fortement dans les urines [5, 6].

Infection à Escherichia coli

Lors d’infection à Escherichia coli, le meilleur choix thérapeutique est représenté par une β-lactamine (l’association amoxicilline et acide clavulanique ou la céfalexine) en raison de la fréquence des résistances acquises, par sécrétion des β-lactamases actives sur l’amoxicilline seule (figure 1). Les quinolones, l’enrofloxacine ou la marbofloxacine, étaient, en 2005, toutes deux efficaces sur 84 % des souches d’Escherichia coli [9]. Le pourcentage de souches résistantes a atteint en 2006 les 30 % et ces molécules doivent donc être abandonnées dans cette indication.

Infection à Proteus mirabilis

Lors d’infection à Proteus mirabilis, le meilleur choix thérapeutique en 2006 est représenté par une β-lactamine en raison de la fréquence des résistances acquises, par sécrétion des β-lactamases actives sur l’amoxicilline seule. L’enrofloxacine et la marbofloxacine conservent une bonne activité sur les infections du tractus urinaire à Proteus mirabilis, deuxième espèce isolée par ordre de fréquence décroissante.

2. Pyodermite

Lors de pyodermite, la stratégie thérapeutique doit d’abord être dirigée contre l’espèce majoritaire, la plus fréquemment rencontrée : Staphylococcus intermedius [1].

Staphylococcus intermedius

En 2006, Staphylococcus intermedius présente des résistances fréquentes à l’amoxicilline et aux macrolides, mais reste sensible à l’association amoxicilline-acide clavulanique, à la céfalexine, aux quinolones (enrofloxacine et marbofloxacine), à la doxycycline et à l’acide fusidique (figure complémentaire “Résultats des antibiogrammes standard sur Staphylococcus intermedius lors de pyodermite” sur www.WK-Vet.fr) [2, 4, 8].

Escherichia coli

Après Staphylococcus intermedius, la deuxième espèce isolée par ordre de fréquence est Escherichia coli. Les données observées pour les souches pathogènes dans les infections du tractus urinaire peuvent être reprises lors de pyodermite, sauf pour les quinolones (enrofloxacine et marbofloxacine), qui conservent une activité sur 87,5 % des souches pathogènes en cas de pyodermite (figure 2) [2].

3. Otites suppurées

Les otites suppurées du chien posent des difficultés plus complexes que les infections précédentes pour plusieurs raisons :

- le plus souvent, deux espèces bactériennes sont associées et agissent en synergie ;

- les espèces multirésistantes sont fréquentes comme Pseudomonas aeruginosa et Enterococcus ;

- les bactéries sont souvent associées à une infection par une levure du genre Malassezia ;

- le traitement par voie locale dans le conduit auriculaire permet d’utiliser les aminosides, les polypeptides et les quinolones.

Si l’action de la néomycine et de la gentamicine sont comparées, ces deux aminosides restent le meilleur choix thérapeutique en 2006, en première intention, pour leur action sur l’espèce la plus fréquente, Staphylococcus intermedius (figure complémentaire “Résultats des antibiogrammes standard sur Staphylococcus intermedius lors d’otite suppurée” sur www.WK-Vet.fr) [2, 4, 8].

Les quelques rares souches de staphylocoques résistantes aux quinolones en 2005 ne sont pas identifiées en 2006, ce qui permet de continuer à les utiliser contre les infections à S. intermedius.

Le meilleur choix thérapeutique, en première intention, pour son action sur l’espèce la plus fréquente, Staphylococcus intermedius, est la gentamicine.

La deuxième espèce mise en évidence par ordre de fréquence est Pseudomonas aeruginosa. Elle présente une résistance naturelle aux β-lactamines, à la kanamycine et au chloramphénicol [2, 5, 7]. Elle reste plus sensible à la gentamicine (13,6 % de résistance) qu’à la néomycine (52 % de résistance) (figure 3).

La résistance aux quinolones augmente régulièrement chaque année depuis une décennie que ces molécules sont utilisées dans le traitement des otites suppurées du chien.

La tendance observée ces dernières années de l’émergence d’une résistance acquise aux quinolones est confirmée en 2006.

Ainsi, 30,5 % des souches sont résistantes à l’enrofloxacine et 27,6 % à la marbofloxacine, soit un pourcentage très proche de celui noté en 2005 [9]. Ces taux élevés de résistance font que les quinolones doivent être abandonnées pour le traitement des otites à Pseudomonas aeruginosa.

En 2006, Pseudomonas aeruginosa reste sensible à 99,2 % aux polypeptides : colistine et polymyxine B. Le meilleur choix thérapeutique reste donc la polymyxine B ou la colistine, pour lesquelles la résistance acquise dans l’espèce Pseudomonas aeruginosa est très exceptionnelle. Cela est vrai pour les otites suppurées monobactériennes à Pseudomonas.

En revanche, la situation se complique lors de l’association de Pseudomonas aeruginosa avec l’une ou l’autre des autres espèces : staphylocoque, streptocoque, entérocoque ou Proteus, car ces quatre espèces pathogènes fréquentes lors d’otite suppurée du chien sont résistantes à ces deux antibiotiques polypeptidiques en 2006. Il convient de réaliser un antibiogramme standard sur les deux souches associées et de choisir une molécule active sur les deux. Dans le cas où celle-ci n’existe pas, deux préparations doivent être d’associées, l’une à base de polymyxine B pour lutter contre Pseudomonas et l’autre contenant une molécule active contre la seconde bactérie pathogène.

Les vétérinaires doivent adopter les bonnes pratiques de l’antibiothérapie. Pour cela, il convient d’utiliser l’ensemble de l’arsenal thérapeutique disponible.

Les résultats des diamètres des antibiogrammes standard présentés permettent d’effectuer un choix thérapeutique raisonné, en première intention.

En cas d’échec ou de récidive, les praticiens doivent faire appel au laboratoire de bactériologie clinique, qui leur fournit la thérapeutique anti-infectieuse appropriée. Les résultats de l’antibiogramme leur permettent alors de réaliser une antibiothérapie prudente et raisonnée.

Remerciements

L’auteur remercie Anne Rousseau Cécile Roux et Dianjara Rakotoharisoa de l’Unité de microbiologie-immunologie de l’ENV de Nantes, pour leur excellente assistance technique.

Références

  • 4 - Ganière JP, Médaille C et Mangion C. Antimicrobial drug susceptibility of Staphylococcus intermedius clinical isolates from canine pyoderma. J. Vet. Med. B. Infect. Dis. Vet. Public Health. 2005 ; 52(1): 25-31.
  • 5 - Greene CE. Antimicrobial drug formulary. In : Infectious disease of the dog and cat. 3rd ed. Saunders WB and Elsevier Ed. Philadelphia. 2006 : 1186-1334.
  • 7 - Pellerin JL. L’apport du laboratoire de bactériologie dans le diagnostic et le traitement des pyodermites et des otites suppurées des carnivores domestiques. Point Vét. 1995 ; 26(164): 13-24.
  • 8 - Pellerin JL, Bourdeau P, Sebbag H et coll. Epidemiosurveillance of antimicrobial compound resistance of Staphylococcus intermedius clinical isolates from canine pyodermas. Comp. Immunol. Microbiol. Infect. Dis. 1998 ; 21 : 115-133.
  • 9 - Pellerin JL. Étude des résistances aux antibiotiques chez le chien. Point Vét. 2006 ; 271 : 50-54.

Figure 1 : Résultats des antibiogrammes standard sur Escherichia coli lors de cystite

D = diamètre critique supérieur en mm ; d = diamètre critique inférieur en mm ; n = nombre total de souches isolées.

Figure 2 : Résultats des antibiogrammes standard sur Escherichia coli lors de pyodermite

D = diamètre critique supérieur en mm ; d = diamètre critique inférieur en mm ; n = nombre total de souches isolées.

Figure 3 : Résultats des antibiogrammes standard sur Pseudomonas aeruginosa lors d’otite suppurée

D = diamètre critique supérieur en mm ; d = diamètre critique inférieur en mm ; n = nombre total de souches isolées.