Le point Vétérinaire n° 287 du 01/07/2008
 

Question de lecteur

Christelle Decosne-Junot

Clinique vétérinaire, 434, rue Jean-Moulin 69210 L’Arbresle

Les corticoïdes sont souvent utilisés lors d’un état de choc, mais encore convient-il de connaître la nature de ce dernier. L’état de choc n’étant pas une entité clinique unique, mais le résultat d’un dysfonctionnement cellulaire ou tissulaire multiforme, ces médicaments peuvent être efficaces dans certains cas et contre-indiqués dans d’autres. Le classique “30 mg/kg de Solumédrol®” pour traiter “le choc” est passé de mode. La recherche scientifique a permis de mieux comprendre ce trouble, donc de mieux le traiter.

Selon la définition d’Haskins, l’état de choc est la conséquence d’un déficit en énergie métabolisable pour la cellule. Cette dernière peut manquer d’énergie par insuffisance d’apport (chocs distributif et cardiogénique), d’oxygène métabolisable (choc hypoxique), ou par impossibilité d’exploiter cette énergie (choc cyto-cellulaire). Quand plusieurs tissus sont atteints, les états de choc peuvent devenir complexes. Il en est ainsi des chocs septiques, anaphylactiques, etc. Le traitement de l’état de choc comporte un apport d’énergie métabolisable (substrats et oxygène) et la restauration de la perfusion tissulaire (amélioration de la volémie et du débit cardiaque).

Les glucocorticoïdes ont des propriétés pharmacologiques intéressantes pour traiter certains états de chocs. Ils inhibent la production des médiateurs de l’inflammation vasculaire et favorisent l’intégrité des microvaisseaux. Ils atténuent la réponse cellulaire de l’inflammation, en inhibant notamment la libération de cytokines. Ils possèdent des effets antioxydants et stabilisateurs des membranes. Les glucocorticoïdes favorisent donc la perfusion tissulaire et le métabolisme cellulaire.

Néanmoins, les effets des corticoïdes peuvent aussi être délétères. Ils ne doivent pas être utilisés seuls, même lors de choc anaphylactique, dans lequel leur administration est primordiale. L’apport d’oxygène est un facteur indispensable à la bonne utilisation de l’énergie par la cellule “en souffrance”. De nombreuses recherches prouvent que l’apport de doses massives de corticoïdes entraîne un blocage de l’axe hypothalamo-hypophysaire-surrénalien, préjudiciable au taux de survie et à la durée d’hospitalisation. Dans certains états de choc, les corticoïdes sont à proscrire car leurs effets secondaires sont plus importants que leurs effets thérapeutiques sur la perfusion et le métabolisme cellulaires. C’est le cas lors de coma diabétique (effet hyperglycémiant) ou d’affections gastro-intestinales (effet ulcérogène).

Les corticoïdes font partie intégrante de l’arsenal thérapeutique lors d’état de choc, mais leur administration doit être raisonnée.

EN SAVOIR PLUS

- Strina A. Quelle est la place des glucocorticoïdes dans le traitement du choc chez le chien ? Thèse de doctorat vétérinaire. ENVL. 2004 : 147p.

- Goy-Thollot, Jandrey K. L’état de choc chez le chien et le chat : classification et physiopathogénie. Point Vét. 2005 ; 36(259)30-34.