Le point Vétérinaire n° 287 du 01/07/2008
 

Chirurgie et reproduction du taureau

Fiche technique

Fabienne Constant

ENV d’Alfort, Service de reproduction animale, 7, avenue du Général-de-Gaulle, 94704 Maisons-Alfort

Une anesthésie locorégionale a permis le parage et la réparation chirurgicale de lacérations péniennes chez sept taureaux blessés pendant une collecte de sperme.

Des plaies péniennes sont sporadiquement observées chez le taureau reproducteur ou donneur de sperme. La contention et l’analgésie peuvent être des facteurs limitants de l’efficacité du diagnostic et du traitement chirurgical proposé dans ces situations. L’anesthésie des nerfs honteux est rarement pratiquée en France. Elle permet pourtant d’extérioriser le pénis et d’examiner les lésions chez un animal debout (figure et photos 1 et 2).

Le coucher de l’animal est obtenu grâce à une sédation classique concomitante.

Le relever des taureaux est plus rapide avec une anesthésie des nerfs honteux par comparaison à une anesthésie épidurale : le volume nécessaire pour obtenir l’extériorisation du pénis sous épidurale peut interférer avec la motricité des membres postérieurs. Or un décubitus prolongé entraîne parfois des lésions musculaires extrêmement pénalisantes pour le retour en production des animaux très lourds (refus de saut).

Une série de sept taureaux blessés pendant une collecte de sperme et qui ont bénéficié d’une réparation chirurgicale de lacérations péniennes sous une anesthésie locorégionale des nerfs honteux a été récemment rapportée. Les tissus cicatriciels en excès ont été ôtés et les lacérations suturées à l’aide de points simples avec un fil résorbable. La cicatrisation a été rapide et les collectes ont été reprises dès 70 jours après l’intervention [1].

Contrairement à l’épidurale, le geste doit être répété bilatéralement pour l’anesthésie de chaque nerf honteux. Le pénis est correctement extériorisé 30 à 45 minutes après les injections. L’anesthésie dure entre trois et sixheures.

Aucune complication n’est rapportée.

Références

  • 1 - Kubota C, Yamakuchi H, Todoroki J, Mizoshita K, Tabara N, Mizutani K. Surgical treatment of a penile albugineous laceration of bulls by pudendal nerve anesthesia. J. Japan Vet. Med. Assoc. 2007 ; 60(8): 573-578.
  • 2 - Muir WW, Hubbell JAE, Skarda RT, Bednarski RM. In : Handbook of veterinary anesthesia. 3rd edition. Eds Mosby, St Louis. 528p.

1 Localisation de l’aiguille lors de l’anesthésie du nerf honteux gauche. Après désinfection de la peau, une aiguille de 18 G est insérée sur une longueur de 5 à 7 cm dans la dépression située entre la queue et la tubérosité ischiatique, avec une légère inclinaison ventrale.

Figure : Anatomie du nerf honteux et du ligament sacro-sciatique

A : nerf honteux ; B : nerfs pelviens splanchniques ; C : artère honteuse ; D : ligament sacro-sciatique.
L’opérateur localise par une palpation transrectale le foramen sciatique, zone plus lisse et dépressible du ligament sacro-sciatique. Le foramen est recherché latéralement et ventralement en plaçant la main dans le rectum jusqu’au poignet. Le nerf honteux, du diamètre d’un brin de paille, peut être palpé sur le ligament sacro-sciatique, cranio-dorsalement au foramen, à un travers de doigt dorsalement à l’artère honteuse.
D’après [2].

2 Matériel. Les aiguilles 18 G standards “roses” mesurent 4 cm de long (à gauche sur la photo). Cela peut être insuffisant pour atteindre les nerfs honteux chez un taureau adulte. D’autres dispositifs peuvent alors s’imposer : par exemple une aiguille 18 G à ponction médullaire, longueur 15,24 cm. Son prix est d’environ 8 € HT en centrale, mais elle peut éventuellement être réutilisée, après stérilisation.