Le point Vétérinaire n° 286 du 01/06/2008
 

Cardiologie du chien

Pratique

Cas clinique

François Serres*, Valérie Chetboul**, Carolina Carlos Sampedrano***, Vassiliki Gouni****, Jean-Louis Pouchelon*****, Laure Poujol******


*Unité de cardiologie d’Alfort
**Unité de médecine, ENV d’Alfort

Lors de tachycardie sinusale chez le chien, il convient de rechercher une anomalie du système cardiocirculatoire, mais aussi une affection extracardiaque.

Un chien de race berger allemand, mâle non castré, âgé de dix ans, est présenté en consultation pour l’exploration de difficultés locomotrices qui évoluent depuis plusieurs années et se localisent sur les membres postérieurs. L’animal présente un état général satisfaisant, avec cependant une amyotrophie sévère des membres postérieurs. L’auscultation cardiaque révèle une fréquence nettement augmentée (comprise entre 180 et 220 battements par minute), associée à un rythme régulier et à un pouls frappé et synchrone, sans bruit ajouté associé. Les examens orthopédique et neurologique mettent en évidence une parésie des membres postérieurs, associée à une atteinte de type motoneurone central et à une dorsalgie marquée.

Diagnostic

• Dans un premier temps, un examen électrocardiographique est décidé afin d’explorer la tachycardie observée (). Le tracé montre un rythme régulier et sinusal. Une réponse à la stimulation vagale est constatée : la compression du sinus carotidien entraîne un ralentissement de la fréquence cardiaque (diminution de 50 %). Ce tracé est caractéristique d’une tachycardie sinusale. Celle-ci peut avoir pour origine une affection extracardiaque. Toutefois, l’évolution d’une cardiopathie ne peut être exclue.

• Un examen échocardiographique et Doppler tissulaire est ainsi entrepris afin d’explorer une éventuelle atteinte cardiaque associée. Aucune anomalie n’est constatée. En revanche, la tachycardie reste constante tout au long de l’examen (45 minutes), au cours duquel quelques rares extrasystoles ventriculaires gauches isolées sont de plus observées.

• Un traitement antalgique est instauré avec du tramadol à la dose de 5 mg/kg/j (Contramal LP®(1)). L’animal est contrôlé 72 heures plus tard. La tachycardie ainsi que la dorsalgie ont disparu, mais la parésie demeure (). Un examen myélo-graphique met en évidence une compression médullaire en région thoracique T2-T3, compatible avec l’évolution d’une hernie discale. Un traitement chirurgical est décidé.

Discussion

Dans le cas présenté, l’observation d’une tachycardie sinusale soutenue est secondaire à une affection extracardiaque, et constitue par conséquent un élément “révélateur” de cette affection, au même titre que la parésie des membres postérieurs. La douleur due à la hernie explique la tachycardie et les extrasystoles ventriculaires observées lors de l’augmentation du tonus orthosympathique liée aux décharges de catécholamines. Néanmoins, aucune caractéristique électrocardiographique ne permet d’établir avec certitude l’origine (cardiaque ou extracardiaque) d’une tachycardie sinusale [1]. Ainsi, un examen échocardiographique reste indiqué, car une affection cardiaque ne peut être exclue, même en l’absence de souffle.

  • (1) Médicament humain.

Références

  • 1 -  Kittleson MD, Kienle RD. Diagnosis and treatment of Arrhythmias (Dysrhythmias). In : Small animal cardiovascular medicine. Mosby Eds, St Louis. 1998:449-494.

Tracé 1 : DII 25 mm = 1 s, 10 mm = 1 mV.Tachycardie sinusale (fréquence cardiaque moyenne : 190 bpm). Diminution progressive de la fréquence cardiaque à la suite de la réalisation d’une manœuvre vagale (massage carotidien : *------------>).

Tracé 2 : DII 25 mm = 1 s, 10 mm = 1 mV.Suivi sous traitement antalgique ; fréquence cardiaque normale (fréquence cardiaque moyenne : 100 bpm).