Le point Vétérinaire n° 286 du 01/06/2008
 

ZOONOSES PROFESSIONNELLES EN ÉLEVAGE BOVIN

Infos

question de lecteur

Jozef Laureyns

Reproduction obstétrique et santé
du troupeau
Faculté de médecine vétérinaire
Université de Gand, Salisburylaan 133
B-9820 Merelbeke, Belgique
Jozef.Laureyns@Ugent.be

La brucellose décline, mais les gants restent une protection nécessaire, même si elle est imparfaite.

Le port de gants jetables pour l’obstétrique bovine pourrait être dédaigné par souci environnemental par exemple, mais leur rôle protecteur majeur persiste vis-à-vis de zoonoses toujours menaçantes. J’ai en effet été victime l’an dernier d’une listériose avérée dans les deux jours qui ont suivi une intervention sur un veau mort [1]. Des pustules prurigineuses sont apparues sur mes deux avant-bras, suivies de maux de tête, avec myalgie, lymphadénomégalie axillaire et un léger état fébrile à 37,5 °C. Dans ce cas, la listériose est l’une des deux hypothèses majeures avec la salmonellose [3]. Une analyse bactériologique a donc été pratiquée sur les pustules. Le traitement, à base d’amoxicilline potentialisée, a été initié avant même confirmation du diagnostic, et poursuivi pendant 10 jours, jusqu’à guérison complète. La vache en cause n’a présenté qu’un avortement, avec rétention placentaire. Elle s’est révélée séropositive pour L. monocytogenes, mais négative à l’examen bactériologique de l’unique prélèvement de fèces réalisé (portage intermittent).

Initialement, je n’avais pas revêtu de gants, mais j’ai lavé et désinfecté à l’aide de povidone iodée, à deux reprises, mes mains et mes bras ainsi que la vulve de la vache, une fois établi qu’il s’agissait d’un avortement (veau mort visiblement prématuré). Je me suis également brossé les mains et les avant-bras avec une solution aqueuse de chlorhexidine. Pour les manipulations ultérieures, j’ai porté des gants classiques jetables à longues manches recouverts de gants stériles. Toutefois, des liquides amniotiques semblaient perceptibles à l’intérieur in fine, comme cela est fréquent lors d’interventions longues et difficiles, et des microperforations pourraient en être la cause [2].

Très peu de publications mentionnent la voie cutanée d’infection humaine à L. monocytogenes et peu de cas sévères de listériose ont été décrits chez des vétérinaires obstétriciens. La maladie est présumée bénigne chez les adultes en bonne santé. Les bactériémies transitoires passent souvent inaperçues (un étudiant vétérinaire ayant brièvement examiné cette même vache par voie vaginale sans porter de gants n’a présenté aucun symptôme).

Des décès ont été rapportés avec cette bactérie, mais dans des contextes alimentaires plus classiques (abcès cérébraux). Chez l’homme, Listeria est l’une des quatre causes les plus fréquentes de méningite bactérienne. D’autres manifestations sont possibles : arthrites, péritonites, hépatites et cholécystites, artérites, en plus des infections de la moelle épinière et de celles liées aux anévrismes et aux prothèses vasculaires. Un épisode gastro-intestinal précède parfois une bactériémie ou une infection nerveuse centrale (non observé ici). L. monocytogenes représente un péril pour les femmes enceintes et le fœtus, les personnes âgées et immuno-déprimées et les nouveau-nés.

D’autres agents peuvent infecter l’obstétricien bovin : Leptospira hardjo, Salmonella spp., Staphylococcus aureus, Escherichia coli, et de nombreux streptocoques, à côté des Brucella sp. (voire peut-être des mycoses). Chez le mouton, Chlamydophila spp. a un potentiel abortif.

Les gants sont non seulement une barrière (relative) aux zoonoses, mais ils protègent aussi la peau de l’obstétricien de risques allergiques ou irritatifs (détergents et désinfectants) et limitent la dissémination des maladies infectieuses entre bovins.