Le point Vétérinaire n° 286 du 01/06/2008
 

Médecine interne équine

Pratique

Sur ordonnance

Marc Gogny

Auteur coordinateur : Hervé PouliquenUnité de pharmacologie et toxicologie, ENV de Nantes, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 03

En plus de leur action analgésique, les anti-inflammatoires non stéroïdiens permettent de limiter le risque d’endotoxémie lors de coliques chez le cheval.

Le vétérinaire est appelé auprès d’un cheval hongre selle français de cinq ans, pesant environ 450 kg. Depuis plusieurs jours, l’animal présente des épisodes passagers et modérés de coliques, entrecoupés de rémission. Des crottins plutôt liquides ont été observés par le propriétaire. À l’arrivée du vétérinaire, l’animal présente de nouveau des coliques. La palpation rectale révèle la présence d’une quantité élevée de sable mise en évidence par un prélèvement dans le rectum, puis par la mise en solution dans le gant de fouille de quelques crottins. Des traces de sang digéré sont également notées. Le paddock, dans lequel l’animal est placé en journée, présente une aire sablonneuse bordée de diverses graminées. Un diagnostic de coliques de sable est donc plausible. Le vétérinaire s’inquiète de la grande quantité de sable qu’il a trouvée, d’une température rectale légèrement augmentée et d’une fréquence cardiaque de 72 battements par minute. Avec l’accord du propriétaire, il décide de référer l’animal vers une clinique spécialisée. Le propriétaire doit trouver un van pour le transport de l’animal, et un délai de plusieurs heures est prévisible avant l’arrivée du cheval à la clinique. Après entretien téléphonique avec le vétérinaire référent, il est décidé de limiter la douleur et de prévenir l’apparition d’un choc endotoxinique pour que l’animal arrive dans des conditions optimales.

Ketofen 10 %®(1) : Traitement analgésique et anti-endotoxinique

Le kétoprofène est un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) souvent considéré comme « dépassé », en comparaison avec des molécules d’action plus récente. Son mécanisme d’action passe par l’inhibition préférentielle des cycloxygénases de type 1 (COX-1). Il est ici utilisé à la dose recommandée voisine de 2 mg/kg. À cette dose, le kétoprofène exerce une action analgésique notable, qui s’installe en 30 minutes environ et se prolonge de façon suffisante pendant au moins deux à quatre heures.

Cette action se double d’une propriété anti-endotoxinique démontrée, contrairement à une idée encore parfois défendue selon laquelle elle serait réservée à la seule flunixine. L’effet anti-endotoxinique semble résulter surtout du blocage de l’isoforme COX-2 des cycloxygénases. Il s’exerce dans le sang. Ainsi, dans les heures qui suivent son injection intraveineuse, le kétoprofène atteint des concentrations plasmatiques qui permettent le double blocage COX-1 et COX-2. Un effet comparable aurait été observé avec le firocoxib, le méloxicam, le védaprofène et même la phénylbutazone, mais probablement pas avec la dipyrone.

Estocelan®(1) et laxatif : Alternative thérapeutique ?

En pareille situation, certains vétérinaires auraient peut-être administré Estocelan®, une spécialité associant la dipyrone, un AINS analgésique, à la butylscopolamine, un antagoniste des récepteurs muscariniques de l’acétylcholine. Bien qu’aucune étude clinique ne permette de l’affirmer, il est possible que les coliques de sable, par l’effet de l’irritation, s’accompagnent d’un hyperpéristaltisme intestinal combattu par la butylscopolamine. L’action analgésique de la dipyrone est équivalente à celle du kétoprofène, mais elle est plus brève, et son effet anti-endotoxinique probablement moins marqué. D’autres approches, comme l’emploi du diméthylsulfoxyde (DMSO), n’ont pas prouvé leur efficacité. Enfin, l’utilisation d’un laxatif doux comme le psyllium pourrait être utile, mais seulement après une éventuelle intervention chirurgicale.

Penser à la sécurité alimentaire et au dopage : Temps d’attente et contrôle antidopage

Le kétoprofène est inscrit en annexe II du règlement LMR pour les bovins, les porcins et les équidés. Contrairement à ce qui figure sur la notice, il peut être administré à des chevaux destinés à la consommation humaine avec un temps d’attente fixé sous la responsabilité du vétérinaire. En supposant que l’animal ne soit pas opéré pour une raison quelconque, qu’il soit engagé dans une compétition, et pour prévenir un éventuel contrôle antidopage, il est préférable d’en informer son détenteur en inscrivant sur l’ordonnance le délai pendant lequel le cheval ne doit pas être engagé en compétition. Pour le kétoprofène, un délai d’élimination de 96 heures a été publié par le Comité scientifique européen de liaison des courses. Ce délai n’a qu’une valeur indicative, c’est pourquoi il peut être justifié de l’augmenter de deux jours.

  • (1) Les fiches des médicaments vétérinaires sont consultables sur le site www.WK-Vet.fr