Le point Vétérinaire n° 285 du 01/05/2008
 

VIROLOGIE DES RUMINANTS

Infos

question de lecteur

Julien Thiry*, Étienne Thiry**


*Virologie et pathologie des maladies
virales, Département des maladies
infectieuses et parasitaires
Faculté de médecine vétérinaire
B-4000 Liège, Belgique

L’infection par l’herpèsvirus caprin 1 peut engendrer des faux positifs à l’IBR, mais le risque est mineur.

Dans le cadre du système national d’appellation de cheptel pour la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR), l’Association pour la certification de la santé animale en élevage (Acersa) a identifié des difficultés à différencier les bovins vrais et faux positifs. Sporadiquement, des bovins issus de cheptels en appellation “A”, définis dans le cahier des charges comme “indemnes d’IBR”, se révèlent ainsi séropositifs envers l’herpèsvirus bovin 1 (BoHV-1). L’une des explications avancées est l’infection par un virus apparenté au BoHV-1, qui aurait traversé la barrière d’espèce [a].

• Tous les alphaherpèsvirus de ruminants apparentés au BoHV-1 sont antigéniquement et génétiquement proches. Leurs propriétés biologiques communes leur permettent d’infecter des espèces hétérologues, donc de traverser la barrière d’espèce. Le BoHV-1 peut expérimentalement infecter le buffle, la chèvre, le cerf, le renne et le mouton [b]. Toutefois, en conditions naturelles en France, l’infection d’une chèvre par le BoHV-1 ne semble pas se produire. Inversement, les bovins sont sensibles au BoHV-5, à l’herpèsvirus caprin 1 (CpHV-1) et aux herpèsvirus de cervidés 1 (CvHV-1) et 2 (CvHV-2). Des réactions sérologiques croisées sont donc possibles(1) [1].

• En France, le seul virus apparenté au BoHV-1 pouvant être responsable d’une erreur de diagnostic est le CpHV-1. Dans le contexte des faux positifs en IBR, une infection par un autre alphaherpèsvirus de ruminants semble peu probable épidémiologiquement. En revanche, le CpHV-1 s'étend en Méditerranée. Il a gagné la France (Corse-du-Sud), mais aucune chèvre n’a encore été détectée séropositive dans les deux départements continentaux où il a été recherché (Dordogne et Vendée)(1).

Une récente enquête séro-épidémiologique sur l’infection à CpHV-1 en France ne conforte pas l’hypothèse que l’herpèsvirus caprin 1 jouerait un rôle majeur dans les faux positifs en IBR. La transmission du CpHV-1 d'une chèvre vers un bovin serait un phénomène exceptionnel et l’infection d’une chèvre par le BoHV-1 ne semble pas se produire. Il est néanmoins indispensable de rester vigilant. En effet, une infection croisée naturelle du BoHV-1 vers la chèvre a été observée en Italie [2, 3].

• Ainsi, le risque lié à l’existence d’α-herpèsvirus de ruminants étroitement apparentés au BoHV-1 mérite d’être considéré, mais il reste théorique. En pratique, la cause des réactions croisées sérologiques avec le BoHV-1 doit être identifiée. Encore inexpliqué, un phénomène lié au froid a été remarqué : de faibles réactions faussement positives apparaissent avec des sérums fraîchement préparés, non congelés ou non inactivés par la chaleur avant analyse (56 °C pendant 30 minutes).

De plus, une appellation “A” n’est pas synonyme d’un statut indemne envers le BoHV-1. En l’absence d’analyse individuelle, certains animaux positifs peuvent ne pas être repérés par les tests de mélange, ou sont trop jeunes pour être inclus dans le dispositif. L’appellation “cheptel contrôlé négatif en IBR” paraît plus adaptée. Cependant, avec une appellation “A”, la probabilité que le cheptel soit négatif vis-à-vis de l’IBR augmente d’autant plus si cela est le cas depuis plusieurs années.

  • (1) Voir l’article “Un proche parent du virus de l’IBR circule chez les caprins corses” des mêmes auteurs et de C. Chartier, dans ce numéro.