Le point Vétérinaire n° 284 du 01/04/2008
 

Cardiologie du chien et du chat

Pratique

Cas clinique

François Serres*, Valérie Chetboul**, Carolina Carlos Sampedrano***, Vassiliki Gouni****, Jean-Louis Pouchelon*****


*Unité de cardiologie, ENV d’Alfort, 7, avenue du Général-de-Gaulle, 94700 Maisons-Alfort

Un rythme idioventriculaire peut être observé chez les animaux qui présentent une affection de l’abdomen. Si celle-ci est splénique, une surveillance cardiaque s’impose.

Un chien labrador mâle âgé de 12 ans est présenté à la consultation en raison d’un abattement d’apparition brutale.

Lors de l’examen clinique, l’animal se révèle sévèrement affaibli. Les muqueuses sont pâles et le temps de recoloration capillaire est normal. À l’examen cardiovasculaire, une fréquence cardiaque de 130 battements par minute, associée à un rythme légèrement irrégulier et à un pouls frappé est mise en évidence. Aucun bruit supplémentaire n’est noté. Une masse dans l’abdomen craniale gauche est détectée à la palpation.

Diagnostic

• Un examen électrocardiographique est réalisé afin de caractériser l’origine de l’irrégularité auscultée (). La fréquence cardiaque est normale (100 battements par minute) et le rythme est majoritairement sinusal.

Cependant, des phases de dépolarisations ventriculaires non précédées d’ondes P sont observées à intervalles réguliers. Relativement brèves, elles comprennent quatre ou cinq dépolarisations. Les ventriculogrammes sont larges et de fréquence équivalente à la fréquence sinusale. Ces phases débutent à la suite d’un ralentissement de la fréquence sinusale et se terminent généralement par une capture sinusale. Ce tracé est évocateur d’un rythme idioventriculaire accéléré, se manifestant par intermittence, au cours des phases lentes d’une arythmie sinusale respiratoire. Cette anomalie oriente vers une atteinte abdominale, notamment splénique.

• Cette hypothèse est confirmée par un examen échographique de l’abdomen. Une masse splénique de 10 cm de diamètre est visualisée.

Un examen échographique cardiaque, réalisé par précaution, ne décèle aucune anomalie, notamment l’absence de signe de métastases cardiaques associées. Une splénectomie est proposée. Elle est refusée par les propriétaires de l’animal, qui demandent son euthanasie. Ces derniers s’opposent aussi à l’examen nécrospique.

Discussion

L’observation d’un rythme idioventriculaire est relativement fréquente chez les animaux qui présentent une affection abdominale, telle qu’une dilatation-torsion gastrique, une masse splénique, une pancréatite, etc. [2]. Ce trouble du rythme correspond à une augmentation de l’automatisme du myocarde ventriculaire, qui peut ainsi se substituer au pacemaker sinusal durant des périodes plus ou moins longues.

Dans le cas décrit, les anomalies observées peuvent être considérées comme relativement bénignes en raison de l’absence de répercussion sur la fonction circulatoire [1, 2].

Toutefois, les animaux atteints d’une affection splénique doivent faire l’objet d’une surveillance attentive.

En effet, il est démontré que près de la moitié d’entre eux (quelle que soit la nature de cette atteinte) exprime des phases de tachycardie ventriculaire, révélées lors d’un examen Holter [3].

L’examen électrocardiographique ponctuel ne met en évidence aucune extrasystole ventriculaire chez près d’un tiers (29 %) des individus qui présentent des phases de tachycardie ventriculaire [3].

Références

  • 1 - Fox PR, Sisson D, Moïse NS. Electrocardiography. In : Textbook of canine and feline cardiology. Eds. Saunders WB, Philadelphia. 1999:67-105.
  • 2 - Kittleson MD, Kienle RD. Diagnosis and treatment of arrhythmias (dysrythmias). In : Small animal cardiovascular medicine. Eds. Mosby, St Louis. 1998:449-494.
  • 3 - Marino DJ, Matthiesen DT, Fox PR et coll. Ventricular arrhythmias in dogs undergoing splenectomy : a prospective study. Vet. Surg. 1994;23:101-106.

Tracé : 25 mm = 1 s, 10 mm = 1 mV. Le rythme est majoritairement sinusal. La présence d’une phase de rythme idioventriculaire accéléré (flèche), qui débute à la suite d’une diminution de la fréquence du rythme sinusal et qui se termine par une capture sinusale (*) est observée.