Le point Vétérinaire n° 284 du 01/04/2008
 

Question de lecteur

Hervé Bourhy

Institut Pasteur, Centre national de référence pour la rage, Centre collaborateur
de l’Organisation mondiale de la santé de référence et de recherche sur la rage
UPRE Dynamique des lyssavirus et adaptation à l’hôte
28, rue du Dr Roux, 75015 Paris

Un cycle épidémiologique de rage circulant chez les chauves-souris a été observé en Europe. Les virus responsables appartiennent à deux génotypes du genre lyssavirus : les lyssavirus européens de chauves-souris de types 1 (EBLV-1) et 2 (EBLV-2). Seul le virus EBLV-1 est retrouvé en France. Les données de surveillance passive sont en faveur d’une atteinte préférentielle de la grande sérotine (Eptesicus serotinus). Cependant, les études de surveillance active indiquent qu’ils sont retrouvés chez de très nombreuses espèces de chauves-souris insectivores. La distribution de ces virus est très large en France et en Europe, et leur origine sur notre continent est ancienne (plusieurs centaines d’années). Le terme d’émergence n’est donc pas d’actualité, même si la prise de conscience du risque lié à ces virus est récente.

La présence de cette rage des chiroptères représente un risque de santé publique faible. La transmission naturelle à des mammifères terrestres et à l’homme reste peu documentée.

Depuis 1977, seuls trois cas de transmission à l’homme ont été identifiés en Europe et six cas d’infection chez des mammifères terrestres (moutons et fouine) ont été répertoriés. Un cas de rage lié à EBLV-1 a été diagnostiqué en novembre 2007 pour la première fois chez un chat domestique à Fontenay-le-Comte (Vendée). Leur présentation clinique est similaire à celle d’une rage classique. Le risque de transmission de ces virus aux carnivores domestiques et à l’homme est beaucoup moins important que dans le cas des virus d’origine canine (qui font régulièrement parler d’eux à la suite d’importations illégales de chiens non vaccinés contre la rage). Il est aussi très inférieur à celui qui était lié au virus vulpin dont la France est indemne depuis 2001.

Les vaccins à usage vétérinaire disponibles en France sont actuellement produits à partir de souches appartenant au génotype 1 des lyssavirus. Or la protection croisée entre deux isolats dépend généralement de la distance antigénique qui les sépare. L’immunité antilyssavirus est corrélée avec le taux d’anticorps neutralisants dirigés contre la glycoprotéine et présents dans le sérum. Chez les animaux vaccinés, les titres obtenus envers EBLV-1 et EBLV-2 sont inférieurs à ceux obtenus envers les virus de génotype 1. Cependant, cette méthodologie d’exploration de la réponse immunitaire ne prend pas en compte tous les mécanismes de défense. Seule l’épreuve par voie intramusculaire reproduit les conditions de l’exposition naturelle. La protection obtenue expérimentalement chez les carnivores domestiques vis-à-vis de EBLV-1 après vaccination est rassurante.