Le point Vétérinaire n° 283 du 01/03/2008
 

PATHOLOGIE RESPIRATOIRE DES BOVINS

Infos

focus

Henry Gesché*, Édouard Timsit**, Ellen Schmitt-Van de Leemput***


*Clinique vétérinaire
ZA, route de Couterne
53110 Lassay-les-Châteaux
**ENV de Nantes
BP 40706, 44307 Nantes Cedex
***Clinique vétérinaire
1, rue Pasteur
53700 Villaines-la-Juhel

Des antibiogrammes ont été effectués lors d’épisodes respiratoires chez de jeunes bovins dans la Mayenne. Les résultats invitent à repenser la gestion des échecs thérapeutiques.

Les maladies respiratoires des jeunes bovins sont omniprésentes dans les ateliers d’engraissement, mais aussi dans le cheptel de renouvellement allaitant et laitier. Elles engendrent des pertes économiques importantes [a, b]. Leur traitement repose sur l’emploi d’antibiotiques, mais les critères de sélection de ces derniers ne sont pas toujours raisonnés (encadré 1) [d]. Le diagnostic étiologique étant fréquemment absent ou incomplet, le praticien choisit le plus souvent des molécules à large spectre d’activité en première intention. En cas d’échec, il prescrit empiriquement un autre antibiotique, redoutant une résistance à la première spécialité administrée.

Près de 100 pasteurelles étudiées

Nous avons cherché à déterminer en Mayenne, notre région, dans différents types d’élevage (laitier, allaitant et engraissement), les profils d’antibiorésistance des pasteurelles isolées lors de maladies respiratoires qui touchent de jeunes bovins (génisses d’élevage, broutards et taurillons).

Pendant l’hiver 2006-2007, Pasteurella multocida (n = 49) et Mannheimia haemolytica (n = 45) ont été isolées à partir d’écouvillonnages nasopharyngés profonds (ENP) et d’aspirations transtrachéales (ATT) chez des animaux atteints de maladie respiratoire (n = 83).

Les critères cliniques retenus pour la maladie respiratoire sont une température rectale supérieure à 39,5 °C associée à un ou à plusieurs des signes suivants : abattement, toux, jetage, dyspnée. Tous les prélèvements ont été réalisés avant traitement. L’isolement des pasteurelles a été effectué au cabinet, au plus vite après le prélèvement, par une méthode précédemment décrite [9]. Le profil de sensibilité de ces bactéries à dix antibiotiques a été déterminé par la méthode de diffusion ().

Résultats

Aucune antibiorésistance vis-à-vis des molécules testées via la méthode des disques n’a été décelée, quel que soit le type d’atelier bovin étudié (laitier, allaitant ou engraissement).

Évaluation des résistances

La méthode de diffusion utilisée pour obtenir les résultats décrits est la seule qui soit applicable en routine au cabinet vétérinaire, mais c’est la technique dite de “dilution”, ou détermination des concentrations minimales inhibitrices (CMI), qui est celle de référence ().

Différents essais comparatifs ont montré la validité de la méthode de diffusion mise en œuvre dans cette étude.

Pour les mammites, des travaux antérieurs ont, par exemple, mis en parallèle la détection des antibiorésistances “phénotypique” (méthode de diffusion et de dilution) et “génotypique” (polymerase chain reaction, ou PCR) de souches de Streptococcus uberis vis-à-vis des macrolides et de souches de Staphylococcus aureus vis-à-vis de la pénicilline [5, 7].

Il apparaîtrait souhaitable d’effectuer cette recherche pour les antibiotiques administrés en cas de maladie respiratoire chez de jeunes bovins.

Choix des techniques de prélèvement et d’isolement

Dans cette étude, la majorité des bactéries qui ont fait l’objet d’antibiogrammes ont été isolées par ENP, c’est-à-dire dans les voies respiratoires hautes, chez des animaux malades.

Les bactéries isolées ne sont donc pas forcément celles présentes dans les voies respiratoires basses. Néanmoins, de nombreux travaux ont montré que, lors de troubles respiratoires, les bactéries isolées dans les voies respiratoires hautes sont majoritairement les mêmes, avec une antibiosensibilité semblable, que celles trouvées dans les voies respiratoires inférieures [1, 3, 4, 6, 11, c]. La méthode d’isolement utilisée dans cette étude prévient, de plus, l’isolement des pasteurelles de la flore commensale présente chez des porteurs sains [9].

En effet, grâce à sa faible sensibilité, comparée à celle des méthodes d’enrichissement et/ou de gélose sélective, seul l’isolement de pasteurelles chez des bovins dont elles représentent la flore nasale dominante est possible (c’est-à-dire en phases clinique, subclinique ou en incubation).

Autres causes possibles d’échec

Le peu d’antibiorésistance des pasteurelles mis en évidence dans cette étude conduit à rechercher d’autres causes à la prévalence élevée des échecs thérapeutiques observée en pratique lors de troubles respiratoires chez de jeunes bovins(1) (encadré 2).

Pour mieux traiter et prévenir les troubles respiratoires des jeunes bovins, d’autres pistes existent :

- isoler de façon plus systématique les agents pathogènes réellement impliqués (pour avérer ou infirmer la présence des pasteurelles) ;

- mieux définir les règles d’emploi des antibiotiques (mise en place ou non d’une métaphylaxie, précocité et durée du traitement, etc.) ;

- prendre en compte les facteurs de risque zootechniques.

  • (1) Voir aussi, sur ce sujet, le numéro spécial 2007 du Point Vétérinaire : “Le veau : de la naissance au sevrage”.

Encadré 1 : Raisonner l’antibiothérapie

• L’isolement des agents pathogènes respiratoires et l’étude de leur sensibilité aux antibiotiques permettent de mieux raisonner l’antibiothérapie et de mieux gérer les échecs thérapeutiques.

Le prélèvement des agents pathogènes majeurs que sont Pasteurella multocida et Mannheimia haemolytica est obtenu par aspiration transtrachéale, lavage broncho-alvéolaire ou par écouvillonnage nasal profond. Leur identification peut être réalisée dans un laboratoire agréé ou au cabinet vétérinaire [9].

• Une fois ces bactéries isolées, la détermination d’éventuelles antibiorésistances peut être envisagée. De nombreux travaux se sont penchés sur les profils d’antibiorésistance des pasteurelles dans l’espèce bovine. Les résultats obtenus diffèrent selon les pays d’origine et les types d’ateliers bovins étudiés [2 ,3, 12, 13].

Encadré 2 : Causes des échecs thérapeutiques autres que l’antibiorésistance

• Les maladies respiratoires sont multifactorielles. Outre les pasteurelles, des virus et des mycoplasmes peuvent intervenir de manière simultanée ou séquentielle.

• Elles affectent généralement un groupe.

La dynamique de l’infection au sein du lot doit donc être prise en compte. Les animaux ne tombent pas tous malades le même jour [11].

Des réinfections des premiers malades par les derniers atteints sont possibles lorsque des traitements de trop courte durée sont mis en place.

La durée insuffisante de traitement est une cause d’échec thérapeutique majeure et consensuelle [10].

• La précocité de la mise en place du traitement joue aussi un rôle essentiel dans la réussite thérapeutique [e]. Elle est assurée par une détection rapide des bovins atteints.

• L’accumulation de facteurs de risque fragilisant les animaux, et favorisant ainsi les agents pathogènes au détriment de leur hôte, peut être aussi retenue comme un facteur important d’échec du traitement.

Méthode de diffusion appliquée à une culture de Pasteurella. Le profil de sensibilité a été déterminé au cabinet par mesure des zones d’inhibition. Sur la gélose Muller Hinton sont posés des disques d’antibiotiques. La lecture des antibiogrammes a lieu après environ 24 heures d’incubation à 37 °C sous condition atmosphérique.

Tableau : Antibiorésistances des souches de P. multocida et M. haemolytica collectées dans l’étude “Mayenne 2006-2007”

S : sensible ; I : intermédiaire ; R : résistante ; TMPS = triméthoprime sulfaméthoxazole. La méthode des disques a été utilisée dans cette étude.Les disques d’antibiotiques choisis correspondent à la gamme de médicaments commercialisés avec l’indication “troubles respiratoires”.(1) Pour la tilmicosine, 12 souches ont été testées pour Pasteurella multocida et 13 pour Mannheimia haemolytica.