Le point Vétérinaire n° 283 du 01/03/2008
 

Néphrologie du chien

Pratique

Sur ordonnance

Jean-Claude Desfontis

Auteur coordinateur : Hervé Pouliquen
Unité de pharmacologie et toxicologie
ENV de Nantes, route de Gachet, Atlanpôle La chantrerie
BP 44307 Nantes Cedex 3

La phénylpropanolamine favorise efficacement la fermeture du sphincter urétral. C’est, en première intention, le traitement de choix de l’incontinence urinaire chez la chienne non castrée.

Une chienne épagneul pesant 15 kg et âgée de 14 ans est présentée à la consultation pour une incontinence urinaire diurne et nocturne qui évolue progressivement depuis trois mois. Elle ne présente ni polyuro-polydipsie, ni hypercréatininémie, ni hyperuricémie. Une prescription de phénylpropanolamine (PPA) est proposée pour le traitement symptomatique de l’incontinence urinaire.

  • (1) Médicament à usage humain.

Propalin®(1)

Essentiellement sympathomimétique

Solution buvable, sous forme de chlorhydrate, Propalin® contient 50 mg/ml de PPA. La PPA présente une activité sympathomimétique indirecte, en favorisant la libération de la noradrénaline au niveau des terminaisons orthosympathiques, et également une activité agoniste α1-adrénergique directe. Compte tenu du rôle physiologique du système orthosympathique dans la motricité urétrale et sphinctérienne des voies urinaires et dans le relâchement du muscle vésical, la PPA renforce le tonus orthosympathique luttant ainsi contre l’incontinence liée à une incompétence sphinctérienne. En raison de son élimination urinaire relativement rapide (demi-vie d’environ trois heures), trois administrations quotidiennes sont nécessaires pour assurer une efficacité optimale. En ce qui concerne les effets indésirables, une baisse d’appétit, des désordres gastro-intestinaux (selles molles ou vomissements) et une agitation sont parfois observés ; ils disparaissent en diminuant la dose administrée.

Estriol, éphédrine et pseudo-éphédrine

Alternatives thérapeutiques

• Dans le traitement de l’incontinence urinaire, les alternatives thérapeutiques sont l’estriol ou les autres agents sympathomimétiques tels que l’éphédrine ou la pseudo-éphédrine.

• Seul l’estriol (Incurin®) est actuellement disponible en médecine vétérinaire sous la forme de comprimé dosé à 1 mg. Contrairement à la PPA, le traitement de l’incontinence urinaire avec de l’estriol n’est recommandé que chez les chiennes castrées, pour lesquelles une déficience hormonale en œstrogènes peut être potentiellement à l’origine du dysfonctionnement vésical. Cette molécule augmente la sensibilité des récepteurs a-adrénergiques à la stimulation nerveuse orthosympathique. Œstrogène naturel à courte durée d’action, il ne présente pas les effets secondaires des œstrogènes à plus longue durée d’action. Il est très efficace pour diminuer l’incontinence urinaire chez les chiennes stérilisées. En revanche, chez les mâles ou les femelles non stérilisées, son action n’a pas été contrôlée et les effets secondaires, en particulier le risque de développement de pyomètre chez les femelles, risquent d’être plus fréquents. En théorie, il est possible d’associer l’estriol à la PPA pour renforcer ou améliorer l’efficacité de la thérapeutique, compte tenu des modes d’action complémentaires des deux molécules. Toutefois, aucune étude n’a montré la supériorité de cette association.

• L’éphédrine et la pseudo-éphédrine ne sont actuellement disponibles que dans des spécialités humaines, souvent en association avec des anti-inflammatoires ou des anti-allergiques. La seule exception est Sudafed®(1) à base de pseudo-éphédrine sous forme de chlorhydrate à raison de 6 mg/ml de sirop ou de 60 mg/comprimé. Malgré un avis défavorable de la Commission d’autorisation de mise sur le marché française, une spécialité vétérinaire à base d’éphédrine (Enurace®(1)) devrait être prochainement autorisée en France après un arbitrage européen favorable. L’éphédrine ne constitue pas une alternative thérapeutique à la PPA en raison de ses effets indésirables (nervosité et excitabilité). Compte tenu des différences de liposolubilité des molécules, la pseudo-éphédrine, un stéréo-isomère de l’éphédrine, entraîne moins d’effets secondaires que l’éphédrine. Toutefois, la pseudo-éphédrine, dont le mode d’action est essentiellement sympathomimétique indirect, possède une efficacité moindre par rapport à la PPA, avec des effets secondaires comparables.

Les fiches des médicaments cités dans cet article sont consultables sur le site planete-vet.com, rubrique DMV.