Le point Vétérinaire n° 282 du 01/01/2008
 

REPRODUCTION BOVINE

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Sylvie Chastant-Maillard

Unité de reproduction, ENV d’Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94700 Maisons-Alfort

Les “Présynch”, “Resynch” et autres variantes du protocole “GnRH-PGF2α-GnRH”, désormais classique, ont été imaginés pour séduire les éleveurs, a priori

La détection de l’œstrus, en vue de l’insémination artificielle, est une tâche longue et de plus en plus difficile car les chaleurs se font discrètes. Seulement 50 à 60 % des épisodes de chaleurs sont effectivement détectés.

L’éleveur peut être aidé par des protocoles médicamenteux de synchronisation des chaleurs. Deux protocoles sont classiquement utilisés en France, consistant en une ou deux injections de prostaglandines, ou en une administration de progestérone ou de progestagène. Plus récemment, provenant des États-Unis, est apparu le protocole GnRH-PGF2α-GnRH(1) (GPG ou “Ovsynch”) (encadré complémentaire “Le protocole GPG (ou Ovsynch®) classique”, sur planete-vet.com).

Sur la base de ce protocole ont ensuite été proposées plusieurs variations, répondant à des objectifs divers. Elles sont pour l’instant peu usitées en Europe (sauf peut-être dans les grandes fermes italiennes et espagnoles), mais le sont beaucoup plus en Amérique du Nord et du Sud. Généralement, d’autres molécules ont été ajoutées afin d’augmenter le taux de réussite (taux de gestation) à la suite du protocole GPG, mais il existe aussi des protocoles simplifiés (encadré).

Toutes ces variantes sont utilisées à l’échelle individuelle, par exemple dans le cas des vaches en subœstrus, c’est-à-dire cyclées mais dont les chaleurs ne sont pas détectées. À plus grande échelle, ils sont employés pour la mise à la reproduction de lots de vaches sans observation des chaleurs, donc de façon systématique. À l’extrême, ils peuvent être utilisés pour gérer l’insémination sous forme de conduite en bandes (tableaux complémentaires “Exemples de calendriers de mise à la reproduction avec des protocoles “Présynch” et “Resynch””, sur planete-vet.com).

Variante 1 : un progestagène entre le G et le P

Un cinquième des animaux inclus dans une séquence GPG est de nouveau en chaleurs avant la fin du protocole. Cela concerne en particulier les femelles dont les follicules ne sont pas sensibles à la première injection de GnRH ou d’analogue et chez lesquelles une lutéolyse intervient. Celles-ci devraient être inséminées sur ces chaleurs spontanées, ce qui imposerait que l’éleveur cherche à les détecter. Pour empêcher la survenue de chaleurs avant la fin du protocole GPG, un progestagène à libération contrôlée est mis en place entre la première injection de GnRH et l’injection de prostaglandines : implant ou spirale, et souvent aux États-Unis, dispositif intravaginal CIDR (Controlled Internal Drug Releasing, non commercialisé en France) ().

Variante “Présynch” : deux P avant le GPG

La première injection de GnRH (ou analogue) dans le GPG est efficace, à condition que la vache présente un follicule de plus de 10 mm de diamètre (le taux de gestation obtenu est alors le plus élevé). Pour y parvenir, il est possible de “présynchroniser” les femelles par deux injections de PGF2α administrées à 14 jours d’intervalle, la seconde ayant lieu 12 jours avant le début du protocole GPG (figure complémentaire “Les protocoles “Ovsynch”, “Presynch” et “Resynch””, sur planete-vet.com). La vache ovule deux à six jours après la seconde injection de prostaglandines de présynchronisation. Une nouvelle vague folliculaire démarre et forme un follicule dominant en environ huit jours. La présynchronisation place ainsi la vache entre J5 et J10 du cycle, augmentant l’efficacité du premier GnRH du GPG. Ce protocole, dénommé outre-Atlantique “Présynch” augmente le taux de gestation de l’ordre de 10 points.

Variante “Resynch” ou deux GPG en accéléré

D’un concept plus original, la dernière version autour du GPG vise à diminuer le nombre de jours improductifs si le GPG a échoué. Ainsi, si la vache n’est pas gestante à la suite de ce protocole, il s’agit de permettre la réalisation d’une seconde insémination dans les délais les plus courts possibles. La seconde insémination étant réalisée sur une nouvelle séquence GPG, l’objectif est de resynchroniser les vaches le plus rapidement possible, d’où le nom de “Resynch” pour ce protocole. Le gain de temps consiste à démarrer le second protocole avant même le diagnostic de gestation(2).

En pratique, les tâches liées à la mise à la reproduction sont programmées sur trois jours déterminés de la semaine, pour un total de huit jours, sur sept semaines : sept jours avant le diagnostic de gestation (soit 25 jours après l’insémination artificielle), une injection de GnRH ou d’analogue est pratiquée, initiant ainsi un nouveau GPG. Le jour de l’échographie (J32), si la vache est diagnostiquée non gravide, des prostaglandines F2α lui sont administrées, suivies 48 heures plus tard d’une injection de GnRH (ou analogue), puis d’une insémination clôturant les deux GPG enchaînés.

Efficacité, rentabilité, acceptabilité

Si tous ces protocoles permettent théoriquement de diminuer le temps de travail de l’éleveur, ils n’améliorent pas de façon systématique les performances de reproduction des troupeaux. Ils ont plus de chances de faire progresser les résultats et d’être économiquement rentables dans les élevages à faible fertilité et à faible taux de détection des chaleurs : au minimum 100 % des femelles sont inséminées. Néanmoins, les hormones ne compensent pas à elles seules des erreurs de conduite d’élevage.

La prévision du taux de succès de ces programmes est délicate, car la plupart des essais ont été conduits en Amérique du Nord et du Sud, où les conditions d’élevage sont assez différentes de celles rencontrées en France. L’intérêt économique est encore plus difficile à évaluer car les hormones coûtent moins cher en moyenne aux États Unis :

- prix moyen éleveur d’une dose de prostaglandines : 2,6 € contre 9 € en France ;

- pour une dose de GnRH ou analogue : 5,8 € contre 15 €.

En Europe, une des limites importantes au développement de protocoles nécessitant un grand nombre d’injections est leur acceptabilité sociale, à la fois pour le risque de résidus dans les denrées alimentaires et pour l’atteinte pressentie au bien-être animal. Le protocole de base (GPG) qui nécessite deux hormones et trois injections pour une seule insémination est déjà perçu comme une médicalisation poussée. Que va penser l’opinion publique du “Présynch” qui requiert cinq injections, et du “Resynch” qui en nécessite trois supplémentaires pour permettre l’insémination suivante ?

Un prérequis : du temps et de l’organisation

L’intérêt croissant des éleveurs pour ces protocoles ne nécessitant pas de détection des chaleurs provient autant des potentielles améliorations des résultats que de leur espoir de mieux organiser leur travail et/ou d’en diminuer la charge. Il s’agit pour eux, non seulement de diminuer le temps passé avec les vaches, mais surtout de supprimer les tâches d’observation, subjectives et non planifiables. L’idée d’un programme de travail bien défini est plus confortable intellectuellement. Néanmoins, en Europe, où le nombre d’unités de travail humain (UTH) par élevage est faible comparativement aux États-Unis, l’éleveur doit avoir conscience que ces protocoles “tout confort” impliquent des temps supplémentaires de tri, de contention et d’administration des médicaments.

En outre, avec ces protocoles élaborés, le suivi des animaux et des données d’élevage doit être précis et actualisé. L’enregistrement des traitements doit être rigoureux par obligation légale, et parce que le respect des protocoles (nature des injections, intervalle entre les injections) est un prérequis indispensable à leur bonne efficacité. Or, l’observance des protocoles de synchronisation classiques n’est pas toujours bonne.

La mise en place de certaines variantes , de façon ponctuelle ou à plus grande échelle, nécessite donc la prise en compte de nombreuses variables et le consentement éclairé de l’éleveur pour optimiser leur efficacité.

  • (1) GnRH : gonadolibérine, PGF2α : prostaglandine F2α.

  • (2) Une injection de GnRH réalisée chez une vache gravide n’a aucune conséquence néfaste, au mieux elle augmente la synthèse de progestérone lutéale, ce qui a des effets bénéfiques sur l’embryon.

Encadré : Deux variantes simplifiant le travail de l’éleveur

Deux protocoles de synchronisation américains dérivés du GPG (ou “Ovsynch”) comportent moins d’injections par rapport au GPG. Ils vont donc dans le sens d’une simplification du travail de l’éleveur, sans détérioration des performances.

• “Cosynch” : insémination artificielle simultanée à la deuxième injection de GnRH

Au lieu de faire pratiquer une insémination artificielle 12 à 18 heures après la seconde injection de GnRH ou d’analogue, une variante a pour objectif de diminuer le nombre de manipulations des animaux. L’insémination est réalisée en même temps que la seconde injection de GnRH du GPG, et non 12 à 18 heures après (). Cette variante est plutôt utilisée chez les vaches allaitantes, et permet des taux de gestation équivalents à ceux obtenus avec le protocole GPG.

• “Select synch” : un GPG sans deuxième injection de GnRH

À l’inverse du contrôle de l’ovulation permis par le protocole GPG, il existe une version dans laquelle seules les deux premières injections sont pratiquées, charge ensuite à l’éleveur de détecter les chaleurs et de procéder à l’insémination. Un meilleur taux de gestation serait aussi obtenu. Les chaleurs ne s’expriment pas mieux, mais l’éleveur concentre son attention sur une ou deux journées.

Figure : Les protocoles “Ovsynch” avec progestagène et “Cosynch”