Le point Vétérinaire n° 282 du 01/01/2008
 

Pathologie respiratoire bovine

Pratique

Sur ordonnance

Renaud Maillard

Auteur-coordinateur : Hervé Pouliquen
Unité de pathologie du bétail et des animaux de basse-cour
ENV d’Alfort, 7, avenue du Général-de-Gaulle, 94700 Maisons-Alfort

Chez les jeunes veaux malades ou suspectés d’être infectés par le virus respiratoire syncytial, la vaccination par voie intranasale seule ou relayée par la voie intramusculaire est préférable.

Dans un lot de veaux, cinq animaux, âgés de moins de dix jours, toussent depuis la veille au soir. Aucun des cinq veaux n’a tété ce matin, quatre sont très abattus. Ils présentent tous une hyperthermie entre 40 et 41 °C et un jetage clair. Une polypnée est mise en évidence chez trois animaux. La prise de température chez d’autres veaux plus âgés (moins de deux mois) révèle que 20 % d’entre eux ont une température rectale supérieure à 39,5 °C sans autre signe clinique. L’hypothèse d’une infection par le virus respiratoire syncytial bovin (VRSB) semble la plus probable. Une analyse rapide est pratiquée au moyen du kit Speed® ReSpiVB. L’hypothèse confirmée, une vaccination est prescrite à l’ensemble des veaux à l’aide d’un vaccin vivant atténué administré par voie intramusculaire (IM).

Rispoval® RS

La seule vaccination par voie intramusculaire n’est pas la meilleure solution chez les veaux séropositifs

• Rispoval® RS est un vaccin destiné à l’immunisation active des bovins en bonne santé contre le VRSB par voie IM. Comme tous les vaccins, il doit être administré à des animaux immunocompétents avant la période à risque d’infection par le VRSB.

• L’arsenal thérapeutique est réduit en cas d’infection par le VRSB. Anti-inflammatoires et antibiotiques (pour éviter une surinfection pasteurellique) en sont la base. Proposée jadis, l’administration par aérosol de clenbutérol (β2-adrénergique), malgré de bons résultats, est formellement interdite et sévèrement sanctionnée par la législation sur les anabolisants.

• La vaccination contre le VRSB dite “d’urgence” est entrée dans les pratiques courantes depuis longtemps. Dans l’esprit des prescripteurs qui recommandent cette vaccination en milieu infecté et chez des animaux malades, elle a deux objectifs : curatif chez les animaux cliniquement atteints ou préventif chez les animaux en incubation et préventif vrai chez les animaux non encore infectés partageant avec les malades la même étable ou la même case.

Une course de vitesse s’engage alors entre la circulation du virus et la réponse immunitaire. Il est difficile d’évaluer la pertinence de cette mesure : quand elle est pratiquée en élevage, aucune comparaison n’est possible avec un lot témoin non vacciné. Par ailleurs, il est difficile d’imputer les résultats (bons ou mauvais) à la vaccination, car le protocole suivi dans ces conditions est incomplet (une seule dose au lieu des trois requises pour une primovaccination complète).

L’âge des animaux entre en compte pour deux raisons :

- le système immunitaire des nouveau-nés est non rôdé. La réaction à la vaccination précoce par voie parentérale des veaux en période néonatale n’est probablement pas la même que celle des animaux plus âgés ;

- les anticorps circulants d’origine maternelle sont présents chez les veaux de moins de quatre à six mois.

L’importance de la prise colostrale chez les animaux de production n’est plus à démontrer, mais la buvée et l’absorption d’immunoglobulines d’origine maternelle, reflet du microbisme de l’élevage, conduit à spéculer sur des titres extrêmement variables en immunoglobulines spécifiques du VRSB chez les veaux. La protection de ces veaux séropositifs est un enjeu majeur, car c’est la situation la plus souvent rencontrée sur le terrain : la fréquence et l’intensité de la circulation virale dans le cheptel reproducteur font que la majorité des colostrums sont pourvus d’anticorps anti-VRSB et que les veaux de moins de six mois vaccinés sont pour la plupart séropositifs. Le risque est alors une perturbation de la prise vaccinale.

• Une alternative séduisante à la vaccination par voie IM est utilisée empiriquement depuis 20 ans par l’usage hors résumé des caractéristiques du produit de Rispoval® RS par voie intranasale (IN). La vaccination par cette voie, y compris chez des veaux séropositifs, induit, outre une réponse locale primaire et secondaire, une réponse sérique primaire et l’induction d’une mémoire, plus précoce par rapport à l’administration IM. L’excrétion virale est aussi réduite. Depuis, une spécialité conçue pour la vaccination RS par voie IN est apparue (Rispoval® Intranasal RS Pi3), et des protocoles associant ce vaccin aux spécialités conçues pour la voie générale sont proposés. L’efficacité chez des veaux de moins de trois semaines mériterait d’être mieux évaluée. Pour ces 25 veaux, la vaccination par voie IN seule ou relayée par une vaccination IM aurait pu être proposée.

• Même si le VRSB peut entraîner des signes cliniques graves et de lourdes pertes économiques, la constatation d’un cas ne doit pas faire négliger dans l’urgence les conditions sanitaires et hygiéniques.