Le point Vétérinaire n° 282 du 01/01/2008
 

Cardiologie du chien

Pratique

Cas clinique

François Serres*, Valérie Chetboul**, Carolina Carlos Sampedrano***, Vassiliki Gouni****, Jean-Louis Pouchelon*****


*Unité de cardiologie, ENV d’Alfort, 7, avenue du Général-de-Gaulle, 94700 Maisons-Alfort

Un chien croisé entier âgé de six ans est référé pour l’exploration d’un souffle systolique ausculté quelques jours plus tôt au cours d’une visite vaccinale.

Les propriétaires rapportent un amaigrissement progressif alors que l’appétit reste conservé. L’examen biochimique ne révèle pas d’anomalie des paramètres rénaux (urée et créatinine), hépatiques (alanine transférase et phosphatases alcalines) et de la glycémie.

L’animal est nettement amaigri (perte de 20 % du poids en deux mois). À l’examen cardiovasculaire, la fréquence cardiaque est de 130 battements par minute, associée à un rythme régulier. L’auscultation met en évidence la présence d’un souffle systolique apexien gauche de forte intensité (4/6).

Diagnostic

Un examen échographique est réalisé afin de caractériser l’origine du souffle. L’examen en mode temps-mouvement montre une hypertrophie symétrique marquée du septum interventriculaire et de la paroi postérieure du ventricule gauche (). Les piliers ventriculaires gauches sont également hypertrophiés (), ce qui entraîne la disparition de la cavité ventriculaire gauche en phase de systole lors de son observation au mode bidimensionnel (). Le souffle provient d’une insuffisance mitrale de haute vélocité (7 m/s, correspondant à un gradient ventricule gauche/atrium gauche de près de 200 mmHg). Ces modifications sont évocatrices de l’évolution d’une myocardiopathie hypertrophique secondaire à une surcharge barométrique. Aucun obstacle à l’éjection aortique n’étant observé, une mesure de la pression artérielle systémique est réalisée par un examen Doppler. La présence d’une hypertension artérielle (HTA) systémique est confirmée : la pression artérielle systolique est de 220 mmHg.

Discussion

• L’association HTA-amaigrissement évoque en première intention une protéinurie associée à l’évolution d’une glomérulopathie car l’absence d’insuffisance rénale n’exclut pas une atteinte rénale. Un examen biochimique urinaire est réalisé. Il confirme la protéinurie marquée : le rapport protéine urinaire sur créatinine urinaire est de 3. Une biopsie rénale est décidée. L’examen histopathologique conclut à une glomérulonéphrite membrano-proliférative. La mise en place d’un traitement par un inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IECA), l’énalapril à la dose de 0,5 mg/j, associé à une alimentation spécifique est conseillée.

• Les hypertrophies myocardiques sont relativement rares chez le chien, contrairement au chat. Dans la majorité des cas, il s’agit d’hypertrophie myocardique secondaire. Ce terme regroupe les hypertrophies concentriques observées lors de surcharge barométrique (sténose aortique, HTA, etc.), en cas de diverses infiltrations myocardiques (cellules inflammatoires, néoplasiques, etc.) ou sous l’effet de certains médicaments (par exemple, le pimobendane) [2]. Les myocardiopathies hypertrophiques “primitives” (MCH) sont extrêmement rares chez le chien [4]. L’observation d’une hypertrophie myocardique doit s’accompagner de la recherche d’une affection primitive, le diagnostic de MCH primitive étant un diagnostic d’exclusion. L’observation d’un reflux mitral de très haute vélocité en l’absence de sténose aortique évoque la présence d’une HTA [3]. Dans le cas décrit, le traitement de l’HTA repose en première intention sur l’emploi d’un IECA, l’efficacité de cette classe de molécules pour réduire la protéinurie et l’hypertension secondaire lors de glomérulonéphrite étant bien démontrée [1].

Références

  • 1 - Grauer GF, Greco DS, Getzy DM et coll. Effects of enalapril versus placebo as a treatment for canine idiopathic glomerulonephritis. J. Vet. Intern. Med. 2000 ; 14 : 526-533.
  • 2 - Tissier R, Chetboul V, Moraillon R et coll. Increased mitral valve regurgitation and myocardial hypertrophy in two dogs with long-term pimobendan therapy. Cardiovasc. Toxicol. 2005 ; 5 : 43-51.
  • 3 - Tou SP, Adin DB, Estrada AH. Echocardiographic estimation of systemic systolic blood pressure in dogs with mild mitral regurgitation. J. Vet. Intern. Med. 2006 ; 20 : 1127-1131.
  • 4 - Washizu M, Takemura N, Machida N et coll. Hypertrophic cardiomyopathy in an aged dog. J. Vet. Med. Sci. 2003 ; 65 : 753-756.

1 Image échocardiographique en mode temps-mouvement. Une hypertrophie du septum interventriculaire et de la paroi postérieure du ventricule gauche est notée.

f2a Images échocardiographiques en mode bidimensionnel (coupe petit axe). Hypertrophie des piliers ventriculaires gauches.

f2b Images échocardiographiques en mode bidimensionnel (coupe petit axe). Disparition de la cavité ventriculaire gauche lors de la systole.