Le point Vétérinaire n° 282 du 01/01/2008
 

Maladies infectieuses des bovins

Mise à jour

Conduite à tenir

Olivier Salat

Cabinet vétérinaire
2, avenue du Lioran
15100 Saint-Flour

Lors de mammites à Staphylococcus aureus en élevage, l’examen bactériologique et l’antibiogramme sont fondamentaux. Une démarche thérapeutique raisonnée est nécessaire.

Résumé

Étapes essentielles

Étape 1 : identifier les vaches infectées

• Moyens de détection

• Caractérisation des souches

Étape 2 : diminuer la pression d’exposition

• Stopper la transmission

• Agir sur la peau des trayons

• S’assurer du bon fonctionnement de la traite

Étape 3 : diminuer la pression d’infection

• Traitement en lactation

• Traitement au tarissement

• Réforme

Étape 4 : perspectives

• Caractérisation des souches de S. auréus

• Autres moyens de lutte

En France, depuis la quasi-disparition de Streptococcus agalactiae, Staphylococcus aureus est devenu le principal agent pathogène majeur contagieux [31]. C’est aussi l’un des deux principaux responsables (avec Streptococcus uberis) de l’élévation des numérations cellulaires de tank. La plupart du temps, une à deux souches seulement sont responsables de plus de 80 % des infections sévissant dans un élevage donné. Cela démontre bien les propriétés de contagion classiques de S. aureus, avec une transmission d’un quartier à l’autre ou d’une vache à l’autre, au moment de la traite. Toutefois, dans certains élevages, une grande variété de souches peut être isolée, ce qui suppose une origine environnementale, certes assez rare [33, 70]. Ces éléments déterminent le choix des mesures préventives essentielles à privilégier.

S. aureus est remarquablement adapté à la survie dans la mamelle. Ses capacités de colonisation précoce du parenchyme mammaire sont très développées. Il peut orienter la réponse immunitaire de l’hôte dans un sens qui lui est plutôt favorable [54]. Il peut aussi sécréter des toxines labiles pour les polynucléaires neutrophiles, survivre en milieu intracellulaire, créer des biofilms, forme sous laquelle il est particulièrement résistant aux antibiotiques, et provoquer l’apparition de micro-abcès dès huit jours après son entrée dans la mamelle [37, 74]. L’élimination de cette bactérie en élevage se révèle très difficile. Elle passe par la reconnaissance précise des animaux infectés, la recherche de l’homogénéité ou non des souches circulantes, l’adoption de mesures préventives ciblées dont l’essentielle est d’éviter les contaminations, ainsi que par l’élimination progressive des sources d’infection. Cet article aborde les différents outils disponibles pour atteindre cet objectif.

Étape 1 : identifier les vaches infectées et caractériser les souches

1. Moyens de détection

Clinique

Certaines souches de S. aureus peuvent pénétrer à l’intérieur d’un quartier sans générer de réaction inflammatoire visible [63]. En effet, la réaction immunitaire et les conséquences inflammatoires engendrées sont très variables d’une souche à l’autre [78]. L’observation correcte des premiers jets de lait avant branchement ne peut garantir la détection de toutes les nouvelles infections. Les mammites cliniques dues à S. aureus, à l’exception notable des mammites gangreneuses, se limitent le plus souvent à une altération de l’aspect du lait, avec essentiellement la présence de caillots. Ces signes n’ont aucun caractère pathognomonique (). Une multiplication des infections mammaires dues à cette bactérie est fréquemment associée à une détérioration de la peau des trayons (lésions virales, crevasses, gerçures), mais S. aureus n’est pas le seul incriminé : Streptococcus dysgalactiae, voire des staphylocoques à coagulase négative peuvent également intervenir. La clinique est donc insuffisante pour caractériser les infections dues à cette bactérie.

Examens complémentaires

La première étape est la mise en évidence d’un critère inflammatoire associé à l’infection, essentiellement par l’élévation des numérations cellulaires (encadré 1). La mesure de la conductivité électrique du lait n’est pas suffisante pour détecter toutes les nouvelles infections à S. aureus [63]. Un test Elisa existe, mais sa sensibilité est assez faible [74].

Démarche en pratique

Toutes les vaches dont l’un des deux derniers comptages cellulaires individuels (CCI) est supérieur à 200 000 sont sélectionnées. Un examen des quatre quartiers de ces animaux est effectué à l’aide du California Mastitis Test (CMT) afin de caractériser ceux qui sont infectés et de déterminer leur nombre par vache.

Tous les quartiers qui présentent un CMT positif (considéré comme tel à partir de la présence de traces) subissent un prélèvement pour examen bactériologique () [55]. Cette façon de procéder limite le nombre de prélèvements, tout en gardant une sensibilité correcte de l’examen bactériologique. Elle permet de déterminer le nombre de quartiers infectés par vache, qui est un élément pronostique majeur [57].

2. Caractérisation des souches circulantes

Seuls les antibiogrammes permettent au praticien d’avoir une idée de la nature des souches de S. aureus circulantes (). Avec un choix judicieux des antibiotiques testés, les renseignements obtenus sont de trois ordres :

- caractérisation de la variété des souches ;

- détermination d’un pronostic de curabilité des infections ;

- choix des antibiotiques.

Le nombre de souches à tester par élevage doit être raisonné. Malgré le caractère régulièrement oligoclonal des souches isolées dans un élevage donné, les souches de S. aureus isolées chez des génisses n’ont souvent aucun lien avec celles issues des vaches [62]. De plus, dans certains élevages, la source d’infection peut être d’origine environnementale et les souches isolées sont alors très diverses [33, 70]. La résistance à la pénicilline, mise en œuvre par le test à la céfinase, représente un moyen pratique et simple pour déterminer la variété des souches. F. Sérieys estime que tester au moins quatre souches isolées chez trois vaches permet d’avoir une idée correcte de la variabilité du comportement des souches de S. aureus vis-à-vis de la pénicilline dans un élevage donné [61]. Soit il est homogène et le résultat peut être extrapolé à toutes les souches isolées avec un risque d’erreur limité à 3 %, soit il est hétérogène et la sensibilité à la pénicilline doit être alors systématiquement mesurée [61]. Dans le premier cas, il s’agit d’un modèle contagieux avec prédominance d’une souche. Dans le second, il s’agit plus d’un modèle environnemental, et les mesures pour éviter la contamination sont moins fondamentales.

La concordance entre les critères de sensibilité ou de résistance des souches de S. aureus in vitro et les résultats thérapeutiques in vivo n’a été établie que pour la pénicilline. L’intérêt de connaître la sensibilité à la pénicilline est double : non seulement une réponse affirmative permet d’utiliser cet antibiotique qui doit être celui de référence en l’absence de production de β-lactamase, mais aussi le pronostic de guérison s’en trouve grandement amélioré () [3, 53]. Or la proportion de souches sensibles à la pénicilline varie selon les études, mais elle peut être estimée à 50 % [11, 19]. Pour cela, le test à la nitrocéfine semble actuellement l’outil le mieux adapté [26].

En ce qui concerne le choix de l’antibiotique, cet examen n’est pas dénué d’intérêt, mais les éléments qu’il fournit sont limités dans le cadre de la pratique quotidienne. L’utilisation de disques d’oxacilline permet la mise en évidence de souches MRSA(1) (donc résistantes à la cloxacilline). Toutefois, celles-ci sont très exceptionnelles et des résultats faussement positifs, liés à des souches fortes productrices de β-lactamases, peuvent apparaître [11]. De plus, ce disque permet de retester à la nitrocéfine les colonies à la périphérie du disque d’inhibition pour la mise en évidence des souches positives à la céfinase qu’après induction. L’interprétation des autres résultats de sensibilité fournis par l’antibiogramme doit s’effectuer avec prudence. Excepté la pénicilline et ses dérivés, les souches de S. aureus isolées des mamelles bovines sont sensibles à plus de 90 % aux antibiotiques couramment utilisés lors d’infections mammaires [19]. Cela est à relativiser toutefois à l’aide des dernières données publiées sur ce sujet [40].

Néanmoins, les niveaux de guérison bactériologique sont excessivement bas par rapport aux sensibilités affichées in vitro. Non seulement les concentrations critiques (breakpoints) sont inconnues pour la plupart des molécules utilisées, à l’exception notable de la pirlimycine et de l’association pénicilline-novobiocine, mais aucune étude de terrain ne démontre de sensibilité in vitro corrélée à une amélioration du pourcentage de guérison [7]. L’utilisation de deux autres disques n’est pas dénuée d’intérêt : une résistance à l’érythromycine permet de détecter les souches résistantes de phénotype MLSB(2) inductible (résistance limitée aux macrolides à 14 ou 15 chaînons) et une résistance à la pirlimycine les souches résistantes de phénotype MLSB constitutif (résistance à tous les macrolides et lincosamides) [50]. Cette famille d’antibiotiques étant régulièrement employée contre ce type d’infection, la détection de résistance permet d’exclure leur utilisation.

En résumé, le test à la céfinase et les disques d’oxacilline, d’érythromycine et de pirlimycine permettent d’avoir une idée de la variété des souches circulantes.

Étape 2 : diminuer la pression d’exposition

La prévention de nouvelles infections est fondamentale. Cet aspect est souvent mal compris par les éleveurs. Ces derniers attendent des mesures qui améliorent immédiatement la situation, ce qui se révèle impossible la plupart du temps [24]. Le praticien est fréquemment confronté au paradoxe suivant : l’effet cumulatif de différentes modifications a plus de chances d’entraîner un progrès, mais si trop de changements sont à mettre en œuvre, l’éleveur risque de n’en appliquer aucun. Il convient donc de sélectionner les mesures les plus pertinentes.

Les quartiers infectés représentent le principal réservoir d’infection [59].

Les sources d’infections sont surtout le lait et les blessures de la peau des trayons. Les contaminations s’effectuent essentiellement au moment de la traite, avec comme vecteurs les manchons, les remontées de lait, les lavettes collectives, voire les mains des trayeurs. Les mouches peuvent servir également de vecteur, mais dans une bien moindre mesure.

Trois aspects doivent être abordés, par ordre décroissant d’importance : stopper la transmission, agir sur la peau des trayons, s’assurer du bon fonctionnement de la traite.

1. Stopper la transmission d’une vache à l’autre

Dans un élevage où ne circulent qu’un nombre réduit de souches, traire séparément les vaches infectées est fondamental : identification des animaux contaminés, traite effectuée en dernier (stabulation entravée ou libre avec tri préalable des vaches infectées) ou avec des griffes qui leur sont réservées [65].

Wilson divise par deux la prévalence des infections à S. aureus par la mise en œuvre de cette seule procédure [75]. Le rinçage des griffes entre les vaches diminue la contamination, mais il ne l’empêche pas [21]. Les lavettes collectives doivent être abandonnées et le port des gants est obligatoire pour effectuer la traite [22]. Les veaux laissés sous les mères les premières semaines de vie peuvent également participer à la propagation de l’infection [24].

2. Agir sur la peau des trayons

S. aureus a la particularité de pouvoir coloniser la peau des trayons [22]. Son élimination est donc une priorité. De plus, le trayon est confronté à toute une série d’agressions physiques (action de la machine à traire, traumatismes) ou climatiques (froid, dessèchement) responsables de la survenue de lésions cutanées. Celles-ci, malgré un nettoyage et une désinfection soignés, constituent de véritables réservoirs à S. aureus. L’action de certains virus (parapoxvirus, papillomavirus) sur la peau des trayons a les mêmes conséquences et leur circulation est un facteur de risque des infections à S. aureus. Ainsi, préserver une bonne santé de la peau des trayons est fondamental dans la lutte contre S. aureus [41]. Pour cela, deux techniques peuvent être mises en œuvre :

- le prétrempage. Une vraie décontamination n’est efficace que sur des trayons peu souillés par la matière organique. Cette pratique a démontré une diminution significative des infections à S. aureus [43] ;

- le post-trempage. Son efficacité contre les infections dues à des bactéries contagieuses est indéniable [32]. La plupart des désinfectants classiquement retrouvés dans les produits commerciaux sont actifs sur S. aureus [49]. Néanmoins, il est préférable d’utiliser ceux contenant des composés dont l’efficacité sur S. aureus a été prouvé : iodophores, chlorhexidine, lauricidine, produits chlorés [6, 10]. Les produits barrières ne présentent aucun intérêt par rapport aux désinfectants classiques [27]. Lors d’infections virales associées (verrues, pseudo-vaccine), il convient d’utiliser des iodophores ou des produits chlorés [2].

Pour maintenir ou améliorer la qualité de la peau des trayons, des produits associant désinfectant et agents cosmétiques peuvent être employés. La présence de répulsifs à mouches dans le produit de trempage est efficace [47].

3. S’assurer du bon fonctionnement de la traite

Un mauvais fonctionnement de la machine à traire a deux conséquences majeures dans les infections à S. aureus :

- il peut favoriser la remontée de lait contaminé vers des quartiers sains, voire des vaches saines (phénomènes de reverse flow et d’impact) ;

- il peut dégrader l’état de la peau du trayon et de son extrémité [76].

Certains paramètres ont été identifiés comme des facteurs de risque importants pour les infections à S. aureus :

- la longueur de la phase de pulsation ;

- la fréquence de pulsation ;

- le niveau de vide trop élevé ;

- un mauvais système de régulation ;

- l’air admis en excès (origine des phénomènes d’impact) ;

- la surtraite ;

- l’inclinaison du lactoduc (phénomène de reverse flow, également associé à une insuffisance des diamètres des tuyaux courts à lait ainsi qu’à un débit de la griffe trop faible) ;

- la désinfection insuffisante de la machine à traire [1, 22, 44, 45].

Ainsi, un contrôle soigneux de la machine à traire par un personnel compétent est une étape indispensable lors d’intervention dans des élevages où sévissent des infections mammaires à S. aureus.

Étape 3 : diminuer la pression d’infection

1. Traitement en lactation

Le traitement de ces infections cliniques ou subcliniques en cours de lactation est intéressant, à condition de bien sélectionner les animaux à traiter et les molécules à employer.

Il permet une amélioration ou, au moins, un ralentissement de la dégradation des numérations cellulaires de tank. De plus, tout quartier guéri contribue à diminuer la force de l’infection dans le troupeau [4].

Cependant, le coût de cette prise en charge peut être considérable, au regard de résultats parfois décevants.

Mammites cliniques

Certains grands principes orientent le choix des traitements :

- la précocité du traitement ;

- un traitement combiné (parentéral et intramammaire) ;

- un allongement de la durée du traitement ;

- des spécialités intramammaires à bonne capacité de diffusion (encadré 2).

Ainsi, un traitement combiné de trois jours ou intramammaire seul mais d’une durée allongée (au moins six traites), avec des molécules à bonne diffusion peut être préconisé lors de mammite clinique.

Mammites subcliniques

L’intérêt économique d’un traitement en cours de lactation dépend essentiellement du risque de transmission dans le troupeau. Si ce risque est élevé, le pourcentage minimal de guérisons attendu pour justifier économiquement le traitement est faible. En revanche, si le risque est faible, le traitement doit donner un taux de guérison très élevé pour être valable économiquement (, ) [71].

Le traitement des infections mammaires subcliniques en lactation a fait l’objet d’une mise au point récente. Les facteurs de risque de non-guérison doivent être pris en compte () :

- souches β-lactamase -. Ces infections sont les plus faciles à guérir. En général, le traitement peut être tenté chez la plupart des vaches infectées, sachant que plus la parité et le nombre de quartiers infectés augmentent, moins les chances d’élimination de l’infection sont élevées. La molécule de base est alors le pénéthamate. Lors d’atteinte d’un seul quartier, un traitement combiné de trois jours (pénéthamate parentéral + pénicilline G intramammaire) semble le meilleur compromis économique. Lors d’atteinte de plus d’un quartier, du pénéthamate par voie parentérale, mais sur une plus longue durée que celle indiquée lors de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) (cinq à huit jours) peut être administré (il convient alors d’être vigilant en ce qui concerne le délai d’attente) [23] ;

- souches β-lactamase +. Ces infections sont d’un bien plus mauvais pronostic. Si les souches testées se révèlent également résistantes à la pirlimycine, le traitement en lactation doit être déconseillé. Si ce n’est pas le cas, les vaches de faible parité et atteintes sur moins de trois quartiers peuvent faire l’objet d’une tentative de traitement à base de pirlimycine selon le protocole AMM.

Il est actuellement difficile de proposer d’autres types de traitement en fonction des données disponibles [23, 79, 13, 56].

Enfin, un quartier infecté et rebelle à tout traitement peut faire l’objet d’une prise en charge particulière qui consiste à administrer une substance interrompant la sécrétion. Divers protocoles ont été testés (povidone iodée à 5 % : 120 ml une seule fois après la traite, ou chlorhexidine : 1 g dans 28 ml deux fois à 24 heures d’intervalle) qui ne stoppent pas tous la sécrétion [38].

2. Traitement au tarissement

L’involution de la glande mammaire qui suit le tarissement s’accompagne d’une désorganisation des épithéliums de surface, ce qui permet une diffusion bien plus facile des antibiotiques à l’intérieur des tissus. Cela favorise donc l’accès des antibiotiques aux S. aureus.

Les principaux paramètres influant sur le taux de guérison sont : la parité de la vache, le niveau des comptages cellulaires individuels avant tarissement et le nombre de quartiers atteints () [3, 15, 67].

Les infections mammaires dues à des souches productrices de β-lactamases sont plus difficiles à éliminer [42].

Voies d’administration

La voie locale est incontournable au moment du tarissement :

- l’arrêt de la vidange lactée permet des concentrations importantes de produits fortement dosés et laisse l’antibiotique diffuser dans l’ensemble de la mamelle ;

- les phénomènes associés à l’involution mammaire entraînent une désorganisation des barrières épithéliales et cellulaires qui facilitent l’accès aux cibles bactériennes ;

- ce mode d’administration est le plus économe en quantité d’antibiotiques, donc en coût ;

- la micronisation de certains produits favorise la diffusion.

Divers essais ont comparé les résultats bactériologiques obtenus au tarissement entre les voies locale et parentérale. Que ce soit pour la spiramycine, la tilmicosine ou la cefquinome, la supériorité de la voie locale est nette [28, 48, 64].

Le traitement au tarissement par voie parentérale n’a donné des résultats encourageants qu’avec les fluoroquinolones [36, 66]. Toutefois, les résultats obtenus étaient discutables d’un point de vue méthodologique, en particulier en ce qui concerne la randomisation préalable. De plus, ces pratiques vont à l’encontre de la volonté actuelle de limiter l’emploi des fluoroquinolones.

Critères de choix d’une molécule

La molécule ou l’association de molécules choisie doit être réputée active sur un maximum de souches. La forme galénique a également une importance primordiale : les formes micronisées semblent les plus performantes pour assurer une bonne diffusion dans la mamelle. Les essais comparatifs sont en faible nombre et ne permettent pas de différencier les produits leaders pour leur efficacité [60]. Toutefois, les spécificités à base de cloxacilline benzathine ou de céphalosporines sous forme micronisée semblent être les plus performantes [15, 42].

Intérêt des traitements combinés

L’objectif est toujours le même : obtenir le taux de guérison bactériologiques le plus élevé possible. L’association des voies locale et générale a été réalisée au moyen de différentes molécules, avec des résultats variables selon les protocoles testés.

• L’injection d’oxytétracycline pendant quatre jours une semaine après l’administration locale de céphapirine au tarissement n’a pas augmenté le taux de guérison bactériologique par rapport à de la céphapirine intramammaire seule [18].

• L’injection de spiramycine le jour du tarissement, et trois jours après, chez des vaches taries à l’aide de céfazoline n’a pas permis d’atteindre des niveaux moyens de CCI abaissés au vêlage suivant, par rapport aux vaches recevant seulement de la céfazoline localement [51].

• Une étude récente a relevé une augmentation significative des guérisons bactériologiques de jeunes vaches infectées par S. aureus en associant une injection parentérale de tilmicosine et une administration intramammaire de rifaximine le jour du tarissement, par rapport à un lot témoin recevant uniquement le traitement local (100 % versus 92 %) [35].

Cependant, les critères d’inclusion étaient particulièrement stricts et favorables à la réussite du traitement (jeunes vaches, exclusion des vaches infectées sur quatre quartiers), et les résultats obtenus ne sont pas extrapolables en dehors de ces critères.

3. Réforme

La réforme reste toujours la solution la plus radicale. Elle doit être privilégiée lors de lésions graves des trayons, de nodules palpables dans les quartiers ou de souches particulièrement antibiorésistantes. De même, chez des vaches à parité élevée dont l’infection est déjà ancienne, donc avec de faibles chances de guérison, la réforme est l’outil le plus adapté. Enfin, elle est obligatoire lors d’infections présentes avant et après tarissement (vaches classées R au contrôle laitier) ou lors de mammites cliniques régulièrement récidivantes.

Étape 4 : perspectives

1. Caractérisation des souches de S. aureus isolées

Les techniques d’identification, en particulier l’électrophorèse sur gel à champs pulsés (PFGE) et la polymerase chain reaction (PCR), ont permis de faire des progrès réels dans la différenciation et la connaissance des diverses souches de S. aureus [26, 78].

In vitro, des différences ont pu être mises en évidence sur la capacité des souches à :

- résister à la bactéricidie ;

- former des biofilms, forme sous laquelle les bactéries sont beaucoup moins sensibles aux antibiotiques [37] ;

- envahir les cellules épithéliales [3].

In vivo, des propriétés variables selon les souches ont été observées et portent sur leur capacité à :

- s’étendre dans un troupeau ;

- provoquer une élévation des comptages cellulaires ;

- provoquer des symptômes ;

- causer des infections persistantes ;

- générer des pertes de lait [3].

Ces recherches n’ont actuellement pas d’application pratique. Cependant, il est permis d’envisager qu’un jour, un test simple réalisable sur le terrain permettra d’avoir une idée assez précise de la dangerosité des souches isolées et ainsi de mettre en place des mesures appropriées.

De plus, ces recherches permettent de relativiser certains résultats obtenus avec des souches expérimentales à la virulence bien éloignée de celles rencontrées sur le terrain et expliquent que les bénéfices du traitement au tarissement avec de la cloxacilline varient considérablement selon les souches concernées [16].

2. Autres moyens de lutte

Une mise au point récente a été réalisée sur les recherches en cours concernant le développement de vaccins [54]. Il en ressort que les souches testées donnent parfois des protections homologues intéressantes, mais peu ou pas de protection hétérologue. L’obtention de bons outils de prophylaxie médicale requiert un approfondissement de la connaissance des souches et des mécanismes immunitaires. Ces constatations vont à l’encontre d’une disponibilité de vaccins efficaces dans un avenir proche. Diverses substances à activité antibactérienne (lisine, lactoferrine, lacticine) ont prouvé leur efficacité dans la lutte contre les infections mammaires à S. aureus [9, 73].

Elles peuvent être associées à l’emploi d’antibiotiques et en augmenter l’action [14]. Cependant, ces substances ne sont pas commercialisées pour l’instant.

La lutte contre les infections mammaires à S. aureus a connu des progrès récents dans plusieurs domaines : le pouvoir pathogène et les caractéristiques épidémiologiques des différentes souches sont de plus en plus précisés. Les facteurs de risque de non-curabilité des infections mammaires à S. aureus ont également été bien déterminés, ce qui permet de faire un choix économiquement judicieux entre les traitements et les réformes. Des protocoles thérapeutiques, encore en faible nombre pour les infections subcliniques en lactation, ont été validés et les éléments favorables à la guérison bactériologique définis.

Enfin, les progrès de l’hygiène et de la technique de traite, avec comme élément fondamental la séparation à la traite des animaux infectés, sont les seuls garants d’une amélioration durable de la situation, un outil vaccinal performant n’étant envisageable que dans un avenir relativement lointain.

  • (1) MRSA = Methicillin resistant Staphylococcus aureus (résistance à toutes les β-lactamines).

  • (2) MLSB = Macrolides lincosamines, composant B des synergistines.

Encadré 1 : Examens complémentaires à mettre en œuvre

California Mastitis Test

Le California Mastitis Test (CMT) est un test bon marché, facile à mettre en œuvre, avec un résultat immédiat. Il apporte des indications semi-quantitatives sur l’excrétion cellulaire quartier par quartier ().

Sur plus de 2 700 quartiers positifs au CMT (supérieur ou égal à 1), 57,6 % ont présenté également un résultat positif à l’examen bactériologique, ce qui est correct [29]. Toutefois, des erreurs de lecture sont parfois rencontrées, même pour des opérateurs expérimentés. Il reste un bon moyen de screening à l’échelle du quartier.

Comptages cellulaires

À l’échelle de la vache, des données épidémiologiques anciennes permettent de considérer le comptage cellulaire comme l’examen le plus pratique dans le suivi des infections mammaires. La valeur critique au-delà de laquelle une mamelle est considérée comme infectée varie, selon les auteurs, entre 200 000 et 300 000 cellules/ml [30, 55]. Toutefois, la valeur de 200 000 cellules semble présenter les meilleurs indices de sensibilité et de spécificité [55]. Au tarissement, chez des vaches dont les derniers comptages cellulaires n’excédent pas 200 000 cellules, environ 3 % seulement présentent une infection par des agents pathogènes majeurs [5]. Environ 20 % des quartiers positifs à l’examen bactériologique, avec le plus souvent des agents pathogènes mineurs, présentent des comptages cellulaires individuels (CCI) inférieurs à 100 000 cellules/ml [77]. À l’échelle du quartier, la valeur limite est donc encore plus basse, de l’ordre de 100 000 cellules/ ml [55]. Parmi les agents pathogènes majeurs, l’infection par S. aureus s’accompagne de la plus faible augmentation cellulaire, d’où des risques assez élevés de faux négatifs si les comptages cellulaires sont uniquement considérés [17, 29]. Seuls la pratique et l’examen régulier des CCI permettent une détection correcte des animaux infectés [34].

Examens bactériologiques

La bactériologie est la méthode de référence. Le développement de techniques d’examen simplifiées, en particulier pour la mise en évidence de S. aureus, rend possible la réalisation d’examens bactériologiques au cabinet vétérinaire, ce qui tend à généraliser leur utilisation [58]. Le prélèvement doit être effectué avant la traite, car la sensibilité de détection est alors plus grande [55]. Pratiqué sur le lait de mélange des quatre quartiers, cet examen présente une sensibilité, dans le cadre de la détection de S. aureus, de 63 %. Cette dernière varie selon le nombre de quartiers infectés (de 58 % pour un quartier à 89 % pour les quatre). Cependant, dans les élevages où sévit cette bactérie, plus de 30 % des quartiers positifs à d’autres agents pathogènes, en particulier mineurs, pourraient en fait cacher la présence de S. aureus [77]. De plus, un traitement antibiotique induit parfois une période réfractaire à l’isolement qui peut durer jusqu’à 30 jours [20]. Sur un quartier infecté, le niveau de sensibilité d’un seul examen bactériologique est de 75 %, et le fait de le renouveler permet alors de dépasser les 90 % de sensibilité [59].

Encadré 2 : Principes de choix du traitement

Précocité du traitement

La précocité du traitement est particulièrement importante pour les infections à S. aureus, mais elle est le plus souvent illusoire. Ainsi, lors d’infection expérimentale, la mesure de la conductivité électrique du lait permet de gagner 24 heures pour instaurer un traitement par rapport à l’observation seule des signes cliniques [39]. Les traitements locaux appliqués respectivement 36 ou 60 heures après l’infection expérimentale nécessitent 6,5 injecteurs (d’une association pénéthamate + aminoside) en moyenne avec le recours à la conductivité électrique et 10 injecteurs pour la simple observation clinique pour éliminer complètement la bactérie [39]. En dehors de l’utilisation de la conductivité électrique et a fortiori si la vache atteinte a présenté une élévation des numérations cellulaires au préalable, toute infection mammaire à S. aureus devrait être considérée comme déjà ancienne lors de l’intervention du praticien.

Traitement associé

L’association d’un antibiotique intramammaire et d’un autre administré par voie parentérale permet une amélioration du niveau de guérison. Cela a été démontré avec la pénicilline (traitement combiné versus traitement local seul) et avec le pénéthamate (traitement combiné versus traitement parentéral seul) [46, 72].

Allongement de la durée

Sol obtient plus du double de guérisons avec un allongement de la durée du traitement de 48 heures par rapport à un traitement intramammaire classique (trois injecteurs à 12 heures d’intervalle) [68]. Ces résultats confirment ceux qui ont été déjà obtenus [52].

Spécialités intramammaires à bonne capacité de diffusion

Deluyker a obtenu trois fois plus de guérisons avec une association lincomycine et néomycine par rapport à un témoin positif (ampicilline + cloxacilline) pour une durée d’administration équivalente [12]. Il explique ce résultat par les bonnes capacités de diffusion du lincosamide. En effet, la colonisation du tissu mammaire est particulièrement précoce : à la suite d’une administration intramammaire expérimentale, S. aureus est présent dans le milieu interstitiel dès 96 heures après l’inoculation et en position intracellulaire après cinq jours [26].

Références

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  • 7 - Constable PD, Morin DE. Treatment of clinical mastitis using antimicrobial susceptibility profiles for treatment decisions. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 2003 ; 19 : 139-156.
  • 13 - Deluyker HA, Van Oye SN, Boucher JF. Factors affecting cure and somatic cell count after pirlimycin treatment of subclinical mastitis in lactating cows. J. Dairy Sci. 2005 ; 88 : 604-614.
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1 Les symptômes d'infection à Staphylococcus aureus n'ont rien de spécifiques, seul l'examen bactériologique permet l'identification.

Figure 1 : Détermination de la variabilité des souches circulantes et conséquences

Figure 2 : Démarche pratique de traitement des infections subcliniques à S. aureus en lactation

CCI : comptages cellulaires individuels ; CMT : California Mastitis Test. IM : intramusculaire ; IMM : intramammaire.

2 Des méthodes rapides sont à présent disponibles pour une identification au cabinet.

Tableau 1 : Grille d’interprétation du California Mastitis Test

CMT : California Mastitis Test ; CCI : comptage cellulaire individuel. D’après [55].

Tableau 2 : Conséquences de la production de β-lactamase sur la guérison bactériologique consécutive à un traitement antibiotique des infections mammaires à Staphylococcus aureus

D’après [52, 68, 69, 72, 79].

Tableau 3 : Pourcentage de guérisons minimal et profit net moyen d’un traitement en lactation sur des infections mammaires subcliniques à Staphylococcus aureus

D’après [71].

Tableau 4 : Facteurs influant sur les chances de guérison lors de traitement en lactation

CCI : comptage cellulaire individuel.

Tableau 5 : Effet de différents paramètres individuels sur les chances de guérison bactériologique au tarissement

cfu : unité formant colonie ; CCI : comptage cellulaire individuel. D’après [3, 15, 67].