Le point Vétérinaire n° 282 du 01/01/2008
 

Question de lecteur

Daniel Hervé

61, rue Émile Raspail, 94110 Arcueil

La prévention de la thromboembolie, complication des cardiomyopathies félines, repose sur l’utilisation d’agents antiagrégants plaquettaires.

L’acide acétylsalicylique (AAS) ou aspirine (Kardegic®(1) 75 mg) bloque la cyclo-oxygénase, enzyme qui transforme l’acide arachidonique en thromboxane A2. Cette dernière molécule est responsable de l’induction de l’agrégation plaquettaire et de vasoconstriction. L’inactivation de la cyclo-oxygénase est irréversible et dure donc toute la vie des plaquettes, soit cinq à sept jours environ. La dose moyenne est de 5 mg/kg/j pendant trois jours consécutifs puis toutes les 72 heures, en raison d’un métabolisme lent de l’AAS dans cette espèce. Les effets secondaires sont essentiellement des vomissements par irritation de la muqueuse gastrique. De ce fait, l’utilisation simultanée de pansements digestifs est parfois nécessaire.

L’autre molécule, d’utilisation récente et mal documentée dans cette espèce, est le clopidogrel (Plavix®(1) 75 mg). C’est une prodrogue inactive qui nécessite une biotransformation hépatique pour exercer son activité antiagrégante. Elle agit en bloquant les récepteurs plaquettaires à l’adénosinediphosphate couplés à l’adényl-cyclase et s’oppose à la fixation du fibrinogène sur ses récepteurs plaquettaires et de la glycoprotéine GPII-b et III-a. Cette action comme pour l’AAS est irréversible. Le clopidrogel inhibe également l’agrégation plaquettaire provoquée par d’autres agonistes. La dose moyenne est de 1 mg/kg. D’après notre expérience toutefois réduite, sa tolérance est bonne, sans risques hémorragiques supplémentaires par rapport à l’AAS.

Des agents anticoagulants tels que l’héparine (ou ses dérivés comme les héparines de faible poids moléculaire ou HBPM) ou la warfarine (coumarinique) peuvent être aussi administrés.

Dans une étude(2), l’administration d’héparine sodique est recommandée à la dose de 250 UI/kg toutes les six heures par voie sous-cutanée, mais son utilisation est très limitée en raison de la nécessité de réaliser des injections fréquentes. Les HBPM se montrent moins efficaces dans cet essai. L’utilisation de la warfarine n’est pas conseillée, à notre avis, car un contrôle complexe des facteurs de coagulation (inutile pour les molécules antiagrégantes plaquettaires) et des risques hémorragiques est nécessaire.

En conclusion, l’existence d’une cardiomyopathie avec un atrium gauche dilaté en particulier nécessite un traitement prophylactique des accidents thromboemboliques par une thérapeutique antiagrégante plaquettaire : la “très classique” AAS ou le clopidogrel (utilisation personnelle récente).

Cette pratique est “consensuelle” bien que les avantages de ces prescriptions ne soient pas évidents. L’efficacité de cette prévention est loin d’être bien documentée et démontrée car de nombreux accidents thromboemboliques sont à déplorer chez des “cardiomyopathes” traités.

  • (1) Médicament à usage humain.

  • (2) Alwood AJ, Downeeed AB, Brooks MB et coll. Anticoagulant effects of low-molecular-weight heparins in healthy cats. J. Vet. Intern. Med. 2007 ; 21(3):378-387.