Le point Vétérinaire n° 281 du 01/12/2007
 

Analgésie du chat

Pratique

Sur ordonnance

Marc Gogny

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENV de Nantes,
Atlanpôle-La Chantrerie, BP 40706, 44307 Nantes

Le recours aux morphiniques, en phase péri-opératoire, est désormais répandu chez le chien et le chat. Mais qu’en est-il de leur emploi après le retour de l’animal chez son propriétaire ?

Un chat européen entier âgé de quatre ans et pesant 4 kg est présenté en consultation pour une plaie cutanée au flanc gauche, d’où s’écoule du pus. Un abcès sous-cutané est détecté sur le flanc gauche, non loin du pli du grasset. Il est fluctuant, étendu et atteint postérieurement la face externe de la cuisse. Quelques orifices circulaires évoquent des morsures lors d’un combat. Plusieurs zones sont nécrosées. Un curetage chirurgical de l’abcès est réalisé sous anesthésie générale (mélange de kétamine et de xylazine). L’animal reste prostré dans sa cage, urine sous lui et refuse la nourriture qui lui est proposée. La douleur est alors évaluée : de palier III, elle est intense. Le vétérinaire décide alors de recourir à des morphiniques et pose un patch de fentanyl, puis en contrôle l’efficacité avant de rendre l’animal à son propriétaire.

Durogésic®(1) : Un morphinique puissant sous une forme pharmaceutique intéressante

Le curetage d’un abcès cutané ne fait pas partie des interventions chirurgicales considérées spontanément comme très algogènes. Toutefois, l’abcès évolue depuis plusieurs jours (voire plusieurs semaines), et l’opération a fortement sollicité des nocicepteurs, déjà sensibilisés par la réaction inflammatoire et l’infection locale. Une hyperalgésie marquée s’est donc installée, ce qui explique l’intensité de la douleur postopératoire. Dans cette situation, il est préférable de mettre en place une analgésie préventive, reposant sur l’administration préopératoire d’un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) et d’un morphinique (chlorhydrate de morphine par voie intraveineuse, par exemple). La pose d’un patch de fentanyl peut aussi être envisagée la veille de l’intervention.

Le fentanyl est un puissant morphinomimétique de synthèse. Sa présentation en patch permet d’obtenir des concentrations plasmatiques stables et durables, contrairement aux formes orales de morphiniques, qui donnent des courbes “en dents de scie” après chaque administration. Chez le chat, la spécialité à 25 µg/h est utilisée. La concentration efficace est obtenue en 4 à 7 heures. Dans le cas décrit, l’administration postopératoire est curative. La douleur est présente à la pose du patch et une injection de morphine pour couvrir le délai d’action est donc conseillée. L’analgésie dure pendant au moins trois jours et peut se prolonger jusqu’à cinq jours après la pose.

Le vétérinaire obtient les patchs de Durogésic® en rédigeant une ordonnance sécurisée, pour usage professionnel, exécutée dans la pharmacie désignée par ses soins au Conseil de l’Ordre dont il dépend. Selon les termes du résumé des caractéristiques du produit, il est nécessaire de récupérer les patchs usagés, de les plier sur leur face adhésive et de les retourner à la pharmacie après usage.

Metacam®(2) : Un complément nécessaire

La prescription additionnelle d’un AINS est justifiée. Elle permet, selon le principe de l’analgésie multimodale, de potentialiser l’action analgésique du morphinique. L’action anti-inflammatoire est ici aussi recherchée. Le choix du méloxicam, comme de tout autre AINS commercialisé pour le chat, ne peut être remis en cause.

Synulox®(2) : Une antibiothérapie curative

Le choix de l’antibiotique dans le traitement postchirurgical d’un abcès est toujours délicat. L’association amoxicilline-acide clavulanique est donnée comme efficace sur des plaies dues à des morsures de chat, associant de nombreuses bactéries, notamment des pasteurelles. Des résistances sont toutefois décrites. Un changement d’antibiotique peut donc être nécessaire après quelques jours.

Anesthésiques : Une inscription obligatoire sur l’ordonnance

Depuis le nouveau décret “prescription-délivrance”, une ordonnance est obligatoire pour les médicaments administrés par le vétérinaire lui-même, dès lors qu’ils sont à prescription obligatoire. Les anesthésiques doivent donc faire l’objet d’une inscription sur l’ordonnance remise au client avec la mention “médicaments administrés par moi-même”.

  • (1) Médicament à usage humain.

  • (2) Les fiches des médicaments vétérinaires sont consultables sur le site planete-vet.com, rubrique DMV.