Le point Vétérinaire n° 281 du 01/12/2007
 

Maladies infectieuses des jeunes bovins

Mise à jour

Conduite à tenir

Ellen Schmitt-Van de Leemput*, Sébastien Assié**, Henri Seegers***, Édouard Timsit****, Henry Gesché*****, Nicolas Roch******, Olivier Salat*******


*Clinique vétérinaire
1, rue Pasteur
53700 Villaines-la-Juhel
**ENV de Nantes
BP 40706, 44307 Nantes Cedex
***Clinique vétérinaire
ZA, route de Couterne
53110 Lassay-les-Châteaux
****Clinique vétérinaire
10, Quai Jules-Chagot
71300 Montceau-les-Mines
*****Cabinet vétérinaire
2, avenue du Lioran
15100 Saint-Flour

Une table ronde a réuni praticiens et enseignants autour des thèmes du diagnostic, de l’antibiothérapie et de la vaccination lors de foyer clinique respiratoire chez les jeunes bovins.

Résumé

Étapes essentielles

Étape 1 : diagnostic

• Examen clinique : indispensable.

• Autopsie : si possible, informative.

• ATT : méthode de référence, mais EP plus pratique.

Étape 2 : antibiothérapie

• Indispensable chez les malades.

• Par prudence, en 1re intention, utiliser des antibiotiques à large spectre.

Étape 3 : vaccination

• Déconseillée chez les malades.

• Judicieuse chez les jeunes animaux introduits dans un milieu présumé infecté.

Intervenir pendant un épisode de pneumonie chez de jeunes bovins est un acte délicat. Cette maladie est souvent multifactorielle, avec des signes cliniques peu spécifiques. Il n’est pas facile de reconnaître le ou les agents pathogènes associés à l’affection lors de l’examen clinique en exploitation. De plus, les enjeux économiques sont souvent importants [b]. Lorsqu’il s’agit de lots d’animaux (taurillons ou génisses d’élevage) ou d’animaux de grande qualité (veaux fortement conformés), il convient de mettre en place des mesures de lutte précoces, adaptées à l’affection et au contexte économique. Ne pas en faire assez peut avoir des conséquences aussi importantes qu’en faire trop.

Une table ronde a réuni, en juillet 2007, quelques praticiens et une équipe d’enseignants de l’ENV de Nantes sur ce sujet. Le diagnostic, l’antibiothérapie et la vaccination en rapport avec un épisode clinique de maladies respiratoires chez de jeunes bovins ont été abordés. Cette réflexion commune permet de proposer une conduite à tenir en forme de consensus.

Étape 1 : diagnostic

Trois groupes de micro-organismes majeurs peuvent intervenir seuls ou à plusieurs lors d’affection respiratoire, de façon simultanée ou séquentielle : virus, bactéries et mycoplasmes. L’abord proposé ci-dessous est focalisé sur les agents pathogènes majeurs que sont le virus respiratoire syncytial (VRS), les bactéries Pasteurella multocida, Mannheimia haemolytica et Mycoplasma bovis.

1. Intérêt de l’examen clinique

L’examen clinique a été jugé indispensable par les participants à la table ronde. Il n’est pas déterminant pour le diagnostic étiologique, mais permet d’apprécier la sévérité de la maladie et la localisation des lésions pulmonaires (). Au cours de la visite peuvent aussi être précisées la morbidité et l’incidence (nombre de nouveaux cas par unité de temps). Pour un diagnostic plus précis, plusieurs examens complémentaires sont décrits : autopsie, aspiration transtrachéale (ATT), lavage broncho-alvéolaire (LBA) et écouvillonnage nasal profond (ENP) ().

2. Pertinence de l’autopsie

L’autopsie est un examen a posteriori pertinent, peu coûteux, et qui permet d’obtenir rapidement un résultat. Si des animaux moribonds ou récemment morts (depuis moins de 12 heures en été, moins de 48 heures en hiver) sont disponibles, cet acte est le meilleur moyen pour déterminer le type de (broncho)pneumonie (alvéolaire ou interstitielle), l’étendue et l’ancienneté de la maladie.

Dans quelques cas typiques, une autopsie peut permettre de confirmer la nature de l’agent étiologique suspecté. Par exemple, des foyers de nécrose évoquent l’implication de Mannheimia haemolytica.

De même, certaines formes de pneumonie broncho-interstitielle mettent en cause le VRS. Dans la majorité des cas, des analyses de laboratoire sont nécessaires pour isoler les micro-organismes responsables des maladies respiratoires. Pour cela, des prélèvements peuvent être effectués directement sur le cadavre pendant l’autopsie.

Néanmoins, ils doivent être envoyés au laboratoire au plus tard une journée après la mort de l’animal. Le délai est même d’une heure pour la culture du VRS. Pour l’analyse virologique, les prélèvements peuvent toutefois être congelés et expédiés ultérieurement.

3. Aspiration transtrachéale et lavage broncho-alvéolaire

Chez l’animal vivant, deux méthodes permettent d’obtenir des échantillons informatifs sur le milieu trachéo-bronchique profond : l’ATT et le LBA. Les liquides, recueillis de manière stérile, doivent être envoyés sous couvert du froid positif dans un délai maximal de 12 heures pour une mise en évidence efficace des virus, des bactéries et des mycoplasmes.

Si les prélèvements sont effectués sur un nombre d’animaux représentatif du lot (10 % ou au minimum trois bovins), le diagnostic est suffisamment fiable pour édicter des mesures de lutte adaptées. Des contraintes afférentes ont néanmoins été qualifiées d’entraves à leur réalisation, en particulier :

- la contention des animaux ;

- le coût de l’acte ;

- le court délai d’acheminement ;

- le temps nécessaire à la disponibilité des résultats (de une à plusieurs semaines).

4. Écouvillonnage nasal profond

D’autres techniques de diagnostic, moins complètes mais plus pratiques et plus rapides, sont à la disposition du praticien (encadré 1).

Pour l’ENP, les prélèvements ne sont pas pulmonaires, mais nasopharyngés. Les bactéries trouvées dans les cavités nasales ne sont pas forcément les mêmes que celles présentes dans l’appareil respiratoire profond (siège de l’infection). Néanmoins, plusieurs essais permettent d’avancer que si un nombre de veaux représentatif du lot (10 % ou au moins trois animaux) font l’objet d’un ENP et que la même bactérie est retrouvée dans les différents prélèvements, le plus souvent, celle-ci est également impliquée dans l’appareil respiratoire profond [1, 5, d].

5. Distinction avec les porteurs sains de pasteurelles

Il existe des porteurs sains de Pasteurella multocida et de Mannheimia haemolytica. Ces bactéries sont alors présentes dans la flore commensale des cavités nasopharyngées sans qu’elles provoquent ou risquent de provoquer des signes cliniques. Pour distinguer les porteurs sains et les animaux (sub)cliniquement atteints, la quantité relative de pasteurelles doit être appréciée.

En médecine humaine, les patients ventilés mécaniquement chez lesquels des pasteurelles sont massivement détectées en l’absence de pneumonie patente sont considérés comme des malades subcliniques et traités en conséquence [4].

En médecine vétérinaire, les porteurs sains ont une flore commensale polymorphe qui contient un faible nombre de Pasteurellacae (Pasteurella multocida, Mannheimia haemolytica), alors que, chez les animaux (sub)cliniquement atteints, la présence de Pasteurella multocida et/ou de Mannheimia haemolytica domine. Une méthode bactériologique adéquate permet de distinguer les deux types d’individus.

Pour mettre en évidence la faible quantité de Pasteurella multocida et/ou de Mannheimia haemolytica chez des porteurs sains, une culture adaptée est nécessaire [2].

Une méthode récemment décrite permet de mettre en évidence une flore dominante de Pasteurella multocida et/ou de Mannheimia haemolytica, c’est-à-dire les animaux (sub)cliniquement atteints [11].

6. Cas des mycoplasmes

Actuellement, il n’existe pas de méthode de diagnostic rapide et peu coûteuse. L’isolement de ces bactéries à partir d’un ENP semble difficile car leur développement est lent (de trois à sept jours), risquant d’être inhibé par la croissance rapide des bactéries de la flore commensale (de 12 à 24 heures).

La technique classique requiert entre trois et sept jours de culture pour mettre en évidence la présence de mycoplasmes.

Le diagnostic sérologique ou la PCR (polymerase chain reaction) représentent des solutions alternatives pour isoler Mycoplasma bovis. Un délai de séroconversion de trois à quatre semaines doit toutefois être respecté.

Une analyse sérologique positive chez plusieurs animaux allotés a une forte valeur prédictive en raison de la faible séroprévalence rapportée dans les élevages naisseurs [a, 6].

Des recherches de Mycoplasma par ATT ou par analyse sérologique peuvent être réalisées plus tard, lorsque la thérapie mise en place manque d’efficacité, de même que des analyses sérologiques contre les autres agents impliqués dans les bronchopneumonies infectieuses enzootiques (BPIE), notamment les virus para-influenza-3 (PI-3), de la maladie des muqueuses (BVD) et de la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR).

Étape 2 : antibiothérapie

Quel antibiotique, pendant combien de temps et chez quels animaux ? Telles sont les questions que se pose le prescripteur pour des lots de bovins affectés de maladies respiratoires. Elles ont été soumises aux participants à la table ronde de juillet 2007.

1. Quel antibiotique ?

L’antibiotique doit bien diffuser dans les tissus pulmonaires et la lumière des bronches, siège des agents pathogènes. Les bactéries, Pasteurella multocida, Mannheimia haemolytica et Mycoplasma bovis, doivent y être sensibles. En France et en Europe, plusieurs travaux ont étudié l’antibiorésistance de Pasteurella multocida et de Mannheimia haemolytica. En général, à l’exclusion des ateliers de veaux de boucherie, les antibiorésistances de Pasteurella multocida et de Mannheimia haemolytica contre les molécules disponibles pour les traitements des pneumonies des jeunes bovins sont très rares.

2. Combien de temps ?

Il existe peu de données sur la durée de traitement optimale. Les participants à la table ronde sont unanimes : il convient de tenir compte du degré d’évolution de l’affection.

Dans les cas aigus, la durée d’administration est fonction de la nature de l’interaction entre l’antibiotique et les bactéries impliquées. Elle est courte pour un antibiotique concentration-dépendant et d’au moins cinq jours pour une molécule temps-dépendante.

Dans les cas chroniques ou lors d’isolement de Mycoplasma bovis, un consensus souligne l’intérêt d’un allongement de la durée de la thérapie jusqu’à 10 jours au moins. Une durée de traitement insuffisante est considérée comme la première cause d’échec thérapeutique.

3. Quels animaux traiter ?

Dans un lot, il existe, a priori, des animaux cliniquement malades, subcliniquement atteints et sains.

Les malades sont traités, sans exception. Mais comment distinguer les animaux subcliniquement atteints des individus sains ? Et, parmi ceux-ci, lesquels doivent faire l’objet d’un traitement ? La métaphylaxie ne propose pas de règles clairement établies. En général, si, sur un lot de 30 animaux, trois relèvent d’une prise en charge, l’ensemble du lot est traité, en vertu de la règle dite “des 10 %”.

En l’absence de marche à suivre raisonnée, le praticien applique la métaphylaxie au cas par cas. Mais, pour les animaux sains et subcliniquement atteints, il est difficile de déterminer lesquels vont tomber malades. Une grande enquête réalisée dans les Pays-de-la-Loire a mis en évidence divers facteurs de risque de maladies respiratoires chez les jeunes bovins (encadré 2) [a]. Pendant la table ronde, plusieurs facteurs de risque ont été mentionnés. Si tous les facteurs de risque sont présents, la métaphylaxie généralisée est d’emblée préférable.

Si l’analyse de ces facteurs est plutôt en faveur d’un risque modéré, le traitement des animaux qui ne présentent pas de signes cliniques dépend de l’évolution observée de l’épisode de troubles respiratoires. Il est alors judicieux d’écouvillonner quelques bovins le jour de la mise en place du traitement chez les animaux malades pour isoler les micro-organismes en cause. Les résultats serviront par la suite, si une métaphylaxie est jugée nécessaire un ou deux jours plus tard.

Étape 3 : vaccination

1. Cas des malades

L’opinion générale de la table ronde a été de ne pas vacciner des animaux malades pendant un épisode de pneumonie de jeunes bovins. Ces individus sont déjà au contact avec l’agent pathogène et produiront des anticorps à la suite de l’infection. En outre, leur état général est tel qu’il compromet la réaction immunitaire au vaccin.

2. Animaux indemnes

Pour les animaux qui ne sont pas cliniquement atteints, un délai assez long est nécessaire pour obtenir un niveau d’anticorps après vaccination suffisamment protecteur. Par exemple, pour le VRS, ce laps de temps est de deux semaines après la deuxième injection vaccinale par voie intramusculaire et de 10 jours pour une vaccination intranasale. Pour cette raison, une vaccination des animaux non encore cliniquement atteints ne les protège pas contre le ou les agents de l’épisode en cours.

3. Animaux à introduire

Une vaccination est envisageable pour les animaux qui vont être introduits dans un environnement présumé infecté, par exemple les génisses d’élevage laitier qui rentrent dans une nurserie ou les nouveau-nés dans un élevage allaitant. Pour obtenir une protection rapide chez des animaux âgés de moins de trois mois, une vaccination intranasale est indiquée (de préférence 10 jours avant le début de protection souhaité). D’après les participants à la table ronde, cette voie est un recours possible à partir de l’âge de deux jours (observations personnelles, absence des données concrètes). Un rappel par voie intranasale est souhaitable à l’âge de trois semaines.

Encadré 1 : Méthodes pratiques pour le VRS et les pasteurelles

• Le kit de détection rapide du virus respiratoire syncytial (VRS) permet de mettre en évidence immédiatement la présence de celui-ci sur un écouvillonnage nasal profond (ENP). Ce test est qualifié d’assez sensible, à condition que l’ENP soit effectué correctement (pour obtenir des cellules, il convient d’aller jusqu’au sang), au bon moment (phase aiguë) et chez plusieurs animaux.

• Pour la détection des bactéries, la mise en évidence de Pasteurella multocida et de Mannheimia haemolytica à partir d’un ENP est décrite. L’analyse peut être réalisée au laboratoire d’analyse comme au cabinet vétérinaire [10]. Au cabinet, la méthode est pratique et peu coûteuse. Les résultats sont obtenus dans un délai de 24 heures.

Encadré 2 : Facteurs de risque des maladies respiratoires des jeunes bovins

Facteurs majeurs

• Poids du bovin à la mise en lot (plus l’animal est léger, plus le risque est élevé [a])

• Hétérogénéité du lot quant à l’âge [a]

• Hétérogénéité du lot pour l’origine [a]

• Passage préalable des animaux par un centre d’allotement pour les élevages d’engraissement.

Autres facteurs

• Type d’infection

• Stratégie vaccinale appliquée dans l’élevage ;

• Climat ;

• Type de logement

• Densité des animaux.

Références

  • 2 - Catry B, Decostere A, Schwarz S, Kehrenberg C, de Kruif A, Haesebrouck F. Detection of Tetracycline-resistant and susceptible Pasteurellaceae in the nasopharynx of loose group-housed calves. Vet. Rec. Comm. 2006;30:707-771.
  • 4 - Depuydt P, Myny D, Blot S. Nosocomial pneumonia : aetiology, diagnosis and treatment. Curr. Opin. Pulm. Med. 2006;12:192-197.
  • 8 - Guatteo R, Assié S, Douart A et coll. Aspiration transtrachéale chez les bovins. Point Vét. 2005;36(257):50-51.
  • 10 - Schmitt-van de Leemput E, van Duijkeren E. L’écouvillonnage profond est-il fiable ? Point Vét. 2007;275:13.
  • 11 - Schmitt-van de Leemput E, Van Duijkeren E. Identification des pasteurelles en clientèle. Point Vét. 2007;275:66-67.

Tableau 1 : Diagnostic des maladies respiratoires des jeunes bovins

Tableau 2 : Références bibliographiques sur les examens complémentaires