Le point Vétérinaire n° 280 du 01/11/2007
 

Orthopédie du chien

Mise à jour

LE POINT SUR...

Matthieu Gatineau*, Romain Béraud**


*Centre hospitalier universitaire vétérinaire
Université de Montréal
Faculté de médecine vétérinaire
CP 5000
Saint-Hyacinthe QC
Canada J2S 7C6
**Centre hospitalier universitaire vétérinaire
Université de Montréal
Faculté de médecine vétérinaire
CP 5000
Saint-Hyacinthe QC
Canada J2S 7C6

Les fractures du tiers distal du radius et de l’ulna constituent le troisième site de fracture chez le chien. Elles s’observent principalement chez les chiens de races petites et miniatures.

Résumé

L’incidence des fractures radio-ulnaires distales est particulièrement élevée chez les chiens de petites races et de races miniatures. La fixation par plaque ou l’utilisation d’un fixateur externe est préconisée. La mise en place d’une résine ou d’un clou intramédullaire est, au contraire, fortement déconseillée car elle est associée à de nombreuses complications, notamment de non-union ou de mal-union. Une greffe d’os spongieux ou cortico-spongieux peut être réalisée lors de réduction ouverte et est fortement recommandée lors de fracture chronique déjà traitée par une ou plusieurs tentatives de fixation orthopédique. La période postopératoire doit permettre une reprise progressive d’activité du membre, afin de limiter l’apparition d’ostéopénie du radius. Le retrait des implants n’est pas recommandé, à moins d’une contre-indication. Le pronostic de ces fractures est bon à excellent, mais un traitment inadéquat peut conduire à l’amputation du membre.

Les fractures radio-ulnaires distales sont fréquentes chez les chiens de petites races et de races miniatures. Afin de minimiser les complications telles qu’une union retardée, une mal-union, voire une non-union, le chirurgien doit respecter les principes qui optimisent la guérison osseuse : une réduction fonctionnelle, une stabilisation adéquate, la préservation de l’apport vasculaire et une greffe d’os spongieux lors de réintervention.

Épidémiologie

La fracture distale du radius à déplacement postérieur, dite de Pouteau-Colles chez l’homme, est la plus typique et la plus fréquente des fractures du poignet. Elle survient classiquement chez les sujets âgés, notamment féminins (ostéoporose) après une chute réceptionnée sur la paume de la main.

Les fractures radio-ulnaires sont courantes chez le chien et représentent 8,5 à 18 % des fractures [4, 34, 53]. Leur majorité (90 %) intéresse les tiers moyen et distal de ces deux os [4, 42]. Leur incidence est très élevée chez les chiens de races petites et miniatures : la levrette d’Italie, le caniche nain, le loulou de Poméranie, le fox terrier nain, le chihuahua, l’épagneul nain papillon, le yorkshire terrier et le pinscher nain [11, 21, 23, 24, 25, 31, 32, 34, 42, 45, 59, 60]. Elles surviennent souvent lors d’un traumatisme mineur : chute d’une faible hauteur, descente des bras, du lit ou du canapé, qui entraîne une fracture transverse ou oblique courte dans un grand nombre de cas. Une fracture isolée du radius, sans fracture de l’ulna, est très rare [59].

Méthodes de stabilisation

Le choix de la méthode de fixation pour ces fractures dépend de la taille des fragments et du degré d’atteinte des tissus environnants. Différentes méthodes de fixation sont décrites : fixateur externe, plaque orthopédique, clou intramédullaire et même résine [6, 7, 11, 12, 16, 23-25, 29, 32, 34, 43, 44, 54, 59]. Cependant, une réduction ouverte, avec stabilisation du site de fracture à l’aide d’une plaque orthopédique, ou une réduction ouverte ou fermée avec la mise en place d’un fixateur externe sont actuellement les seules techniques recommandées [2, 18, 19, 24, 31, 59].

1. Ostéosynthèse par plaque

La fixation par plaque orthopédique, après un abord cranial ou médial, permet une réduction et une stabilisation optimales [6, 10, 19, 23, 24, 35, 59].

Les matériels classiquement utilisés sont les miniplaques orthopédiques 1,5 mm, les plaques DCP 2 mm (dynamic compression plate), la miniplaque en T 1,5 ou 2 mm et, plus récemment, les plaques LC-DCP 2 mm (limited contact-dynamic compression plate) (photos 1 à 3) [19, 49]. Elles permettent, lors de fragment distal de taille réduite, d’assurer la mise en place de trois vis dans l’idéal ou, au moins, de deux vis, qui sont indispensables [59]. La taille des vis est sélectionnée en respectant les principes de l’Association pour l’étude de l’ostéosynthèse. Leur diamètre ne doit pas dépasser un tiers du diamètre du fût osseux. Des vis corticales de 1,5 ou 2 mm sont ainsi classiquement utilisées. Idéalement, aucun trou ne doit rester libre car la zone de la plaque au niveau du trou sans vis est affaiblie mécaniquement. Lors de la mise en place, il convient d’être vigilant car la possibilité de repositionner la plaque ou de rediriger les vis est très limitée. Un forage répété compromet l’intégrité du ciscortex (cortex le plus proche de l’opérateur) et du transcortex (le plus éloigné), et peut augmenter la probabilité de fracture post­opératoire ou d’instabilité des implants [24]. Concernant l’utilisation des miniplaques en T 1,5 ou 2 mm, les principes d’application sont identiques à ceux des plaques DCP : grâce à la conformation en T, le nombre de vis sur le fragment distal pour un même espace disponible est augmenté. Les plaques LC-DCP permettent, en théorie, de préserver davantage la vascularisation périostée et l’apport sanguin extra-osseux en limitant le contact plaque-os, ce qui favorise la guérison osseuse. Les principes d’application des plaques LC-DCP sont les mêmes que ceux des plaques DCP et des miniplaques en T. Les plaques ajustables VCP (veterinary cuttable plate) peuvent également être utilisées [24]. Les plaques biodégradables (polymères d’acide polylactique ou polyglycolique), utilisées en orthopédie humaine, seraient une solution alternative intéressante. Cependant, leur coût reste très élevé et elles ne sont pas disponibles sur le marché vétérinaire [28, 52]. Toutefois, si l’implant métallique vient à être retiré lors d’une seconde procédure, le risque anesthésique et le coût supplémentaire de cette intervention chirurgicale rendent cet aspect financier plus relatif. Ces implants permettent une stabilisation adéquate pendant la guérison osseuse (avec une force initiale comparable à celle des implants métalliques) et sont dégradés lentement [51]. Au cours de leur dégradation, la mise en charge au niveau de l’implant est graduellement transféré à l’os en voie de guérison, ce qui diminue le risque d’ostéopénie par protection de stress et stimule la formation du tissu osseux (encadré 1) [55, 56]. Une étude récente, utilisant des plaques biodégradables en polylactide et des vis métalliques 1,5 ou 2 mm, démontre que leur utilisation lors de fracture radio-ulnaire distale chez les chiens de petites races est une alternative intéressante [2]. Les taux de succès et de complications sont similaires à ceux obtenus avec une plaque métallique ou un fixateur externe. Des vis biodégradables sont également disponibles [37, 47, 57]. La dégradation de la plaque en polylactide est prévue en trois ans. Celle-ci n’est souvent plus palpable après deux années [2, 27, 36, 47]. Une légère réaction des tissus sous-cutanés peut survenir à la fin du processus de dégradation, mais elle rétrocède spontanément [3, 27, 28].

2. Stabilisation par fixateur externe

Un fixateur externe est également efficace pour ce type de fracture [12, 18, 23, 59]. Il peut être utilisé lors de réduction ouverte, ce qui permet une meilleure réduction anatomique et une greffe d’os, au besoin, ou de réduction fermée, afin de conserver un apport vasculaire optimal par les tissus environnants, mais avec une réduction anatomique très souvent de moindre précision. Le radius de ces chiens est très étroit avec une section transversale ovale et une légère courbure craniale. La mise en place de tiges transosseuses de façon atraumatique est particulièrement délicate. Plusieurs types de fixateurs externes sont disponibles et efficaces : SK® (Imex), Secur-U® (Securos), Fessa (fixateur externe du service de santé des armées), Kirschner-Ehmer, J.-A. Meynard (photo 4). Le fixateur tubulaire externe Fessa permet, par sa configuration, la mise en place de tiges très proches les unes des autres par comparaison aux systèmes Kirschner-Ehmer ou J.-A. Meynard. Le tube de connexion se retrouve également plus proche de la peau, ce qui augmente la force du montage [18]. Des broches filetées sont préférentiellement utilisées. Le diamètre du fixateur tubulaire le plus souvent mis en place chez les chiens de petites races est de 6 mm, avec un montage de type I et des tiges dont le diamètre varie entre 0,8 et 1,6 mm (figure) [18]. L’augmentation du nombre de broches par fragment osseux accroît la stabilité et la longévité du montage, limitant ainsi les processus de résorption osseuse, de descellement de tiges, donc d’union retardée ou de non-union [5, 13, 18]. Lors de l’utilisation du système Kirschner-Ehmer, un montage de type I peut être réalisé, avec deux broches de Kirschner 1,6 mm par fragment osseux, insérées dans le radius en une direction cranio-médiale/caudo-latérale, afin d’éviter le groupe de muscles et de tendons de l’avant-bras et de contrer la tension exercée sur la face craniale du radius. Une barre de connexion supplémentaire peut être ajoutée à côté de la première afin d’augmenter la rigidité du système. Alternativement, du ciment de méthyl-méthacrylate est substitué à la barre de connexion [59].

Cette technique procure davantage de liberté dans la mise en place des broches et de leur angulation, permettant d’optimiser le principe de far-near-near-far (c’est-à-dire positionner les broches proches des articulations et du site de fracture, afin de couvrir la totalité du segment osseux stabilisé et d’augmenter la rigidité du montage), sans obligation de placement uniplanaire des broches [21, 33, 38]. Un montage de type II associé également à l’utilisation de cément de méthyl-méthacrylate est décrit chez trois chiens de races miniatures [12]. À notre connaissance, aucune étude clinique n’est parue sur l’emploi des systèmes SK® et Secur-U® pour ce type de fractures. Ces systèmes plus récents offrent davantage de flexibilité lors de la mise en place du montage et de son désassemblage en assurant une rigidité similaire ou supérieure aux systèmes plus anciens [50, 62].

3. Utilisation d’une greffe osseuse

Une greffe d’os spongieux ou cortico-spongieux peut être utilisée lors de réduction ouverte [15, 41]. Elle est fortement recommandée lors de fracture chronique déjà traitée par une ou plusieurs tentatives de fixation [24].

La greffe spongieuse autologue participe de manière discrète à l’ostéogenèse, en fournissant quelques ostéoblastes viables capables de former de l’os (10 % environ). Mais la capacité d’ostéo-induction de la matrice osseuse facilitant le recrutement de cellules mésenchymateuses et la capacité d’ostéoconduction (effet de trame pour la guérison osseuse) participent activement au processus de guérison. Une quantité suffisante d’os spongieux est obtenue par un prélèvement au niveau de l’extrémité proximale de l’humérus ou de l’ilium [15, 30, 40]. Une greffe d’os synthétique (cristaux bioactifs, etc.), qui présente une activité d’ostéoconduction, voire d’ostéo-induction, peut également être intéressante chez ces chiens de petites races. Elle permet ainsi d’éviter la procédure de prélèvement, traumatique et quelquefois délicate en raison de la taille réduite des os.

4. Contre-indications

L’utilisation d’une contention externe ou d’un clou intramédullaire n’est pas recommandée [24, 59]. Étant donné la petite taille des os, la contracture musculaire, la tension des muscles fléchisseurs et la tendance au déplacement caudo-latéral, une réduction anatomique parfaite est difficile à obtenir avec une résine et peut être rapidement perdue lorsque le gonflement des tissus mous traumatisés diminue. Le taux de complications est alors très élevé (photos 5) [18, 19, 23, 24, 59]. La mise en place d’un clou intramédullaire est délicate, en raison de la configuration anatomique du radius, et ne permet pas de neutraliser efficacement les forces de rotation. Cette méthode de stabilisation est donc à proscrire [59].

Période postopératoire et suivi

1. Soins postopératoires

• Un bandage léger (de type Robert-Jones modifié) peut être appliqué pendant 48 à 72 heures pour diminuer l’œdème postopératoire. Une analgésie classique à base d’anti-inflammatoires non-stéroïdiens (méloxicam, carprofène, tépoxaline, etc.) doit être réalisée durant les trois à dix jours qui suivent l’intervention chirurgicale. Une antibiothérapie est mise en place uniquement lors de rupture d’asepsie, de lésions cutanées évidentes ou de fracture ouverte [2].

• Un repos strict doit être respecté durant huit semaines : seule de courtes marches en laisse sont permises. Toute activité excessive (saut ou course) est proscrite car une mise en charge excessive du membre peut entraîner un bris d’implants. Le principal objectif de la période postopératoire est d’encourager une reprise progressive d’activité du membre de façon contrôlée de manière à limiter les risques d’ostéopénie [24]. Une physiothérapie peut être entreprise, notamment pour les chiens réticents à utiliser leur membre. Elle consiste en des flexions et extensions du coude et du carpe. Cependant, elle n’est pas indispensable, la diminution de mobilité de ces articulations n’étant pas rapportée comme une complication majeure de ces interventions chirurgicales [59].

• Lors de l’utilisation d’un fixateur externe, les points d’insertion cutanée des broches doivent être nettoyés quotidiennement.

2. Suivi

• Des radiographies de suivi sont recommandées entre quatre et six semaines postopératoires pour les jeunes chiens et entre six et huit semaines postopératoires pour les chiens plus âgés, afin d’évaluer la guérison osseuse, l’alignement osseux, la position des implants, l’activité au pourtour des implants et au niveau de la fracture. Un léger cal au site de fracture, un faible valgus du carpe ou un radius légèrement raccourci peuvent quelquefois être notés, surtout en cas de fractures chroniques ou lorsque des complications majeures sont survenues lors de la procédure de sauvetage. Des réévaluations et des radiographies supplémentaires sont envisagées si une difficulté est suspectée (bris d’implants, infection, etc.), si la guérison osseuse n’est pas adéquate (union retardée) ou qu’une lyse osseuse au pourtour des implants est suspectée.

• Même avec les miniplaques, l’ostéopénie induite par protection de stress est rapportée chez les petites races. Le retrait de la plaque est recommandé par certains auteurs dès que la fracture est guérie [59]. Une nouvelle fracture au site primaire incomplètement cicatrisé, au niveau de l’insertion des vis ou à l’extrémité distale ou proximale de l’implant est la complication majeure lors du retrait de plaque [59]. Un retrait progressif des vis est ainsi conseillé pour diminuer la protection de stress et dérigidifier de manière progressive le montage pour des fractures incomplètement guéries (photos 6) [26]. Une greffe d’os spongieux dans les trous de vis après le retrait de la plaque est également réalisée par des chirurgiens, mais l’efficacité de cette procédure n’est pas démontrée. Le retrait des implants n’est actuellement pas recommandé en première intention à moins d’une contre-indication (ostéopénie par protection de stress, conduction thermique, irritation cutanée ou infection profonde) [19, 24]. Les mêmes recommandations en phase postopératoire indiquées lors de la chirurgie initiale sont alors à respecter.

Les broches peuvent être facilement retirées sous sédation une fois la fracture cicatrisée, et les trous laissés sont moins susceptibles d’entraîner secondairement une fracture que les trous occasionnés par le retrait de plaque [59]. La rigidité du fixateur peut également être diminuée par étapes en retirant les broches graduellement ou en modifiant le cadre de connexion.

Complications et pronostic

1. Complications

• La guérison de ces fractures peut être problématique et les complications graves : union retardée, non-union, mal-union, récidive de fracture à la suite du retrait des implants (encadré 2) [1, 4, 6, 8, 9, 12, 21-23, 42-45, 54, 59, 60]. Des études montrent que lorsque les fractures radio-ulnaires chez les petites races sont traitées comme chez les races moyennes, les processus de non-union ou d’union retardée surviennent plus fréquemment [12, 43]. Plusieurs facteurs anatomophysiologiques sont proposés pour expliquer cette spécificité :

- une taille réduite de l’os [24, 54, 60];

- une instabilité biomécanique intrinsèque, avec une tendance au déplacement caudo-latéral associée à une forte incidence de fracture transverse ou courte oblique [1, 3, 20, 23, 24, 29, 31, 36, 47, 54, 60]. La tendance au déplacement caudo-latéral est probablement liée à une association de tensions entre les tendons des muscles extenseurs situés dorso-latéralement, et ceux des muscles fléchisseurs situés caudo-médialement [19];

- une diminution intrinsèque de l’apport vasculaire intra-osseux, comparativement à celui des chiens de grandes races [9, 20, 23, 60, 61];

- une quantité réduite de tissus environnants limitant l’apport sanguin extra-osseux, et une diminution de la densité et de l’arborisation vasculaire à la jonction diaphyso-métaphysaire radiale distale chez les chiens de petites races [9, 20, 23, 60, 61];

- une augmentation et une persistance de la formation cartilagineuse sur le site de fracture, ainsi qu’une diminution de l’ostéogenèse [43-45].

• La non-union peut être la conséquence d’une stabilisation inadéquate résultant d’un mauvais choix de fixation ou d’une réduction non optimale lors de la mise en place de la plaque.

Dans certains cas, elle est davantage liée à l’environnement qu’à la fracture elle-même : dissection excessive des tissus mous, ce qui nuit à la vascularisation déjà limitée chez ces chiens, présence de la plaque qui interfère avec le processus de revascularisation au site de fracture et engendre une épargne de contrainte. Elle peut entraîner l’amputation du membre si elle n’est pas traitée efficacement [21]. Dans une étude chez le chien, 60 % des non-unions concernent l’extrémité distale radio-ulnaire et 83 % des animaux sont de petites races [54].

• Les complications les plus fréquentes avec les plaques orthopédiques sont le bris de plaque et le débricolage de vis. Une infection, une irritation cutanée, une mal-union, une protection de stress induisant de l’ostéopénie, une conduction thermique, une synostose radio-ulnaire, une interférence avec les tendons des muscles extenseurs sont plus rares [19, 24, 39, 58]. Une attention toute particulière doit être apportée au choix de la plaque. Celle-ci doit être suffisamment rigide, pour permettre la cicatrisation osseuse et éviter un bris d’implant, souvent la conséquence d’une utilisation excessive du membre concerné en période postopératoire. Mais une plaque trop rigide crée une réduction de contrainte (charge par unité de surface) responsable d’une ostéopénie, le radius et l’ulna étant protégés par la plaque lors de la mise en charge du membre [59]. Les DCP peuvent ainsi poser deux difficultés : elles sont trop rigides (stress) ou bien ont trop de contact (vascularisation extra-osseuse), d’où l’intérêt des plaques LC-DCP. Dans une étude rétrospective, le taux de complications rapporté est de 54 % (dont 18 % sont catastrophiques et 36 % mineures), alors que 13 des 23 animaux de l’étude ont déjà subi une ou plusieurs tentatives de stabilisation [24].

• Avec un fixateur externe, les taux de complications rapportés sont de 4 à 13 % [18, 22]. Celles-ci correspondent à une union retardée, une infection, une protection de stress ou une récidive de fracture [18, 22]. Des écoulements importants, une tige lâche, un mauvais alignement, une synostose radio-ulnaire et une résorption osseuse de l’ulna constituent des complications plus mineures [22].

•Par comparaison, les taux de complications catastrophiques sont de 83 % à la suite de l’utilisation d’un plâtre ou d’une résine et de 27 % avec un clou intramédullaire [23, 59].

2. Pronostic

• Dans la littérature, les taux de succès rapportés sont de 89 % avec une plaque de 87 à 93 % avec un fixateur externe, de 50 % avec un clou intramédullaire et de 25 à 43 % avec une résine [2, 18, 24].

• Le pronostic de ces fractures radio-ulnaires pour lesquelles l’échec du traitement initial a conduit à une non-union est bon. En effet, dans de nombreux cas, la mise en place d’une plaque orthopédique et d’une greffe d’os spongieux sur le site de fracture permet une issue favorable [8, 24, 54]. Néanmoins, lorsque le tissu osseux est trop altéré, notamment lors d’ostéopénie trop avancée, les vis ou les tiges sont instables, ce qui empêche une stabilisation adéquate. La tentative de sauvetage du membre peut alors se solder par un échec et l’amputation devient la seule solution alternative [21].

Le pronostic des fractures radio-ulnaires distales chez les chiens de petites races et de races miniatures est souvent très bon lorsque la méthode de fixation choisie est adéquate.

La mise en place d’une plaque ou d’un fixateur externe est actuellement recommandée. Les implants biodégradables, en permettant une cicatrisation biologique des fractures et en diminuant le risque d’ostéopénie par protection de stress, représenterait une voie d’avenir. Cependant, leur coût élevé fait obstacle à une utilisation plus systématique en chirurgie vétérinaire.

POINTS FORTS

• Les fractures radio-ulnaires chez les chiens de petites races et de races miniatures surviennent souvent lors d’un traumatisme initial apparemment mineur.

• Une réduction ouverte et une stabilisation de la fracture par une plaque orthopédique ou un fixateur externe sont recommandées.

• Une activité incontrôlée en période postopératoire immédiate peut entraîner de sévères complications, et notamment des bris d’implants.

• Les processus d’union retardée et de non-union constituent les complications majeures les plus fréquentes lors de fracture radio-ulnaire distale chez les chiens de petites races et de races miniatures.

• Lors de non-union, une greffe d’os spongieux est recommandée, en plus d’un moyen de fixation adapté.

Encadré 1 : Ostéopénie induite par protection de stress

• La protection de stress ou l’épargne de contrainte survient lorsque deux composants, ici l’os et la plaque métallique, soumis à un même système mécanique, présentent un coefficient d’élasticité différent.

• L’utilisation de matériel de fixation interne lors de stabilisation de fracture entraîne de profondes modifications du tissu osseux. L’ostéopénie induite par une plaque classique a une pathogénie multifactorielle, et se présente comme un phénomène biphasique consécutif à la mise en place d’implants métalliques internes rigides. Une phase primaire d’ostéonécrose (8 à 12 semaines) est engendrée principalement par l’insuffisance vasculaire corticale liée au traumatisme primaire, à la réduction ouverte de la fracture et à la compression due à la plaque orthopédique. Par la suite, une phase d’ostéoporose, qui se caractérise par une augmentation de la porosité des deux tiers externes du transcortex (24 à 36 semaines) peut être induite par une protection excessive de stress engendrée par la rigidité des implants, en comparaison avec le tissu osseux. Si la plaque est beaucoup plus rigide que l’os, un risque d’ostéopénie existe [14]. Il a cependant été démontré que l’application de plaques orthopédiques lors de fixation de fractures radiales chez le chien n’entraînait pas de différence significative de la densité de l’os cortical entre le radius plaqué et le radius controlatéral un an après la procédure de mise en place [17]. Le développement de l’ostéoporose induit par les implants semble impliquer des facteurs biologiques et mécaniques. Le traumatisme chirurgical qui perturbe l’apport vasculaire extra-osseux, le placement des vis, la rigidité et la forme du matériel de fixation, associés à un déficit vasculaire relatif à l’interface plaque-os et à la distribution du stress, contribuent au développement de l’ostéoporose, donc à une diminution d’épaisseur des cortex diaphysaires [14].

• Les implants moins rigides (en titane ou biodégradables) ou avec une interface plaque-os réduite, tels qu’une plaque LC-DCP ou ALPS (advanced locking plate system), permet de limiter ce phénomène [2, 48, 49].

Encadré 2 : Définitions

• Mal-union. Processus de guérison normal de la fracture, mais dans une position anormale des fragments. La mal-union peut être fonctionnelle, avec une déviation axiale et une dysfonction de l’articulation adjacente minimales, ou non fonctionnelle, avec une déviation axiale et une dysfonction articulaire plus sévères. Les mal-unions peuvent également être classées en fonction du type de déplacement.

• Union retardée. Absence d’union osseuse dans le délai prévu pour la guérison complète de la fracture (ou union osseuse qui survient après la période de temps normalement prévue à cet effet). La fracture peut éventuellement guérir (avec ou sans intervention additionnelle) ou évoluer vers une non-union.

• Non-union. Arrêt du processus de guérison osseux sans signe évident d’union entre les différents fragments. Les non-unions sont classées comme viables (hypertrophiques, modérément hypertrophiques ou oligotrophiques) ou non viables (dystrophiques, atrophiques, nécrotiques ou par défaut sévère d’os au site de fracture), selon l’activité biologique au site de fracture.

Références

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1a Vue peropératoire. Fixation interne par miniplaque DCP 1,5 mm d’une fracture du radius/ulna distal chez un chihuahua.

1b Clichés radiographiques postopératoires. Fixation interne par miniplaque DCP 1,5 mm d’une fracture du radius/ulna distal chez un chihuahua.

2 Vue peropératoire. Fixation interne par une plaque en T six trous d’une fracture du radius/ulna distal chez un épagneul papillon nain.

3 Cliché radiographique postopératoire. Fixation interne par une plaque en T dix trous d’une fracture du radius/ulna distal chez une levrette d’Italie.

4a Exemple de fixateurs externes. Secur-U®

4b Exemple de fixateurs externes. SK® 

4c Exemple de fixateurs externes. Exemple de mise en place d’un SK® chez un chien.

5a Clichés radiographiques du radius/ulna gauche d’un loulou de Poméranie deux mois après le retrait d’un plâtre. Une réparation complète des fractures radiale et ulnaire, avec mal-union de la fracture radiale (valgus et antecurvatum) est observée. Distalement au site de fracture, la diminution de densité osseuse est diffuse (ostéoporose de non-usage progressive).

5b Clichés radiographiques du radius/ulna gauche d’un loulou de Poméranie deux mois après le retrait d’un plâtre.09:48:23Une réparation complète des fractures radiale et ulnaire, avec mal-union de la fracture radiale (valgus et antecurvatum) est observée. Distalement au site de fracture, la diminution de densité osseuse est diffuse (ostéoporose de non-usage progressive).

6a Clichés radiographiques de suivi d’une fracture du radius/ulna gauche d’un caniche nain. À un an : une sclérose du radius et de l’ulna est observée proximalement et distalement à la plaque. La diaphyse située au niveau des implants apparaît modérément ostéopénique.

6b Clichés radiographiques de suivi d’une fracture du radius/ulna gauche d’un caniche nain. À deux mois après le retrait des vis : toutes les vis, sauf les plus proximale et distale, ont été retirées. La sclérose et l’ostéopénie sont toujours présentes.

6c Clichés radiographiques de suivi d’une fracture du radius/ulna gauche d’un caniche nain. À huit mois après le retrait des vis : l’ostéopénie est toujours présente, mais elle est moins importante et moins étendue.