Le point Vétérinaire n° 280 du 01/11/2007
 

Question de lecteur

Tanguy Lefranc

Clinique vétérinaire, 26 boulevard Roosevelt, 56000 Vannes

Un ulcère cornéen guérit spontanément en quelques jours si aucune affection sous-jacente ne l’entretient ni ne l’aggrave.

Il convient donc de rechercher les causes susceptibles d’expliquer l’échec d’un traitement classique (association d’un “cicatrisant” et d’un antibiotique).

L’interrogatoire du propriétaire permet parfois au praticien de prendre connaissance de l’utilisation d’un topique à base de corticoïdes qui empêche la cicatrisation.

• L’examen soigneux des annexes permet le dépistage d’anomalies palpébrales parfois discrètes : entropion essentiellement, surtout chez les brachycéphales, et dont le traitement est avant tout chirurgical par résection d’un lambeau palpébral. Cet examen permet également la recherche de corps étrangers végétaux (épillet).

• L’écouvillonnage de la cornée permet une recherche par polymerase chain reaction (PCR) d’herpèsvirus, qui est la cause la plus fréquente d’ulcère rebelle. Les ulcères sont dus à la destruction de l’épithélium le long des fibres trigéminées innervant la cornée, d’où leur aspect fugitivement ramifié en début d’atteinte (ulcère dit “dendritique”), puis à contours irréguliers par coalescence des lésions (ulcère en carte de géographie). De tels ulcères sont fortement évocateurs d’une herpèsvirose qui peut se manifester également par des signes extra-oculaires (atteinte des voies respiratoires hautes).

• En cas de confirmation par PCR, un traitement spécifique est entrepris. Les antiherpétiques sont utilisés par voie locale : trifluridine (Virophta®) en collyre cinq à sept fois par jour, ou par voie orale : famciclovir (Oravir®) à la dose de 50 à 100 mg/j. Ce dernier traitement est prometteur, mais il nécessite le reconditionnement du principe actif en gélules. L’interféron félin (Virbagen omega®) est également administré, hors autorisation de mise sur le marché, avec succès en applications locales. L’enrichissement de la ration alimentaire en lysine (250 mg/j) permet une compétition avec l’arginine qui est un facteur de croissance du virus.

L’examen de la lésion proprement dite permet de typer l’ulcère : les ulcères à bords décollés (passage de la fluorescéine sous les marges de l’érosion) dont le traitement fait appel à un débridement au coton-tige, voire à la kératectomie striée, et les ulcères profonds à descemetocèle qui relèvent d’un traitement microchirurgical (suture d’un lambeau conjonctival ou d’un patch de sous-muqueuse d’intestin de porc : Vetbiosist®).

• Dans tous les cas, la fixation de la troisième paupière permet au moins de stabiliser la lésion en attendant de plus amples investigations et la mise en place d’un traitement médical ou chirurgical spécifique.