Le point Vétérinaire n° 280 du 01/11/2007
 

TROUBLES RESPIRATOIRES CHEZ LES JEUNES BOVINS

Infos

FOCUS

Édouard Timsit*, Henry Gesché**, Ellen Schmitt-Van de Leemput***


*ENV de Nantes
AtlanpôleLa Chantrerie, BP 40706
44307 Nantes Cedex 03
**Clinique vétérinaire
ZA, route de Couterne
53110 Lassay-les-Châteaux
***Clinique vétérinaire
1, rue Pasteur
53700 Villaines-la-Juhel

L’écouvillonnage nasal profond a permis de rechercher les pasteurelles impliquées lors de troubles respiratoires après la mise en lot.

Établir un diagnostic étiologique vis-à-vis des bronchopneumonies infectieuses enzootiques (BPIE), uniquement à partir de données épidémiocliniques, est hasardeux, voire impossible. Une mise en évidence directe ou indirecte des agents infectieux impliqués est donc nécessaire. Or les BPIE ont un impact majeur sur la rentabilité des parcs d’engraissement. Ces troubles respiratoires apparaissent majoritairement dans les jours qui suivent l’introduction et la mise en lot des jeunes bovins [4, 5]. Les facteurs de risque sont multiples : physiologiques, de gestion d’élevage et environnementaux, conjugués à des agents infectieux viraux et bactériens principalement. Parmi ces derniers, le virus respiratoire syncytial bovin (VRSB) et les pasteurelles sont les plus fréquemment associés à l’apparition de troubles [1, 2, 3, 4, 5].

Récemment, une méthode d’analyse bactériologique permettant l’isolement de pasteurelles en clientèle, à faible coût, à partir d’un écouvillon nasal profond (ENP) a été décrite par Schmitt-Van de Leemput et Van Duijkeren [7, 8]. Nous l’avons utilisée pour :

- étudier la prévalence des différentes espèces de pasteurelles (Pasteurella multocida et Mannheimia haemolytica) impliquées dans les troubles respiratoires survenant après l’allotement de jeunes bovins ;

- comparer les espèces isolées de leurs cavités nasales au moment de la mise en lot (J0) et au cours d’un épisode clinique de troubles respiratoires (JC).

Douze lots de jeunes bovins introduits dans des élevages mayennais entre décembre 2006 et janvier 2007 ont ainsi été suivis durant les 30 jours qui ont suivi leur allotement. Des ENP, des aspirations transtrachéales (ATT) et des suivis sérologiques ont été réalisés.

183 bovins

L’échantillon est sélectionné en clientèle mixte laitière/allaitante sur la base du volontariat et comporte 183 bovins (de toutes races) (tableau 1). À J0, deux écouvillonnages nasaux sont effectués selon la procédure décrite [8]. L’un est destiné à mettre en évidence le VRSB avec le Kit Speed ReSpiVB® (BVT), l’autre à rechercher les pasteurelles, au cabinet de Villaines-la-Juhel, selon une méthode d’analyse réalisable en clientèle [7]. Lorsque, dans un lot, des troubles respiratoires sont détectés par l’éleveur et qu’ils lui paraissent nécessiter un traitement (JC), deux nouveaux écouvillonnages nasaux sont pratiqués avant la mise en place de ce traitement chez tous les bovins atteints et font l’objet des mêmes analyses qu’à J0. Quelques animaux malades subissent également une aspiration trans­trachéale (figure complémentaire “Prélèvements et analyses effectués” et photo, sur planete-vet.com).

L’infection des animaux par divers agents (Mycoplasma bovis, virus parainfluenza-3 ou PI-3, virus de la maladie des muqueuses ou BVDV, VRSB) est aussi mise en évidence par sérologie couplée sur des prélèvements réalisés à J0 et à JC + trois semaines (kit Elisa RSV LSI® à l’ENV de Nantes).

Antibioprophylaxie

• Durant les 30 jours qui suivent l’allotement, des troubles respiratoires apparaissent dans sept lots parmi les 12 étudiés, entre 3 et 23 jours (tableau 2).

• Sur les cinq lots qui n’ont pas présenté d’affection respiratoire, quatre ont reçu un antibiotique longue action au moment de la mise en lot (nos 2, 6, 11 et 12). Parmi les sept lots affectés, seulement deux (nos 3 et 10) ont été traités à l’introduction, avec des antibiotiques à plus courte durée d’action. Globalement, le traitement antibiotique longue action à la mise en lot paraît ici réduire ou retarder l’apparition des affections respiratoires, comme cela a déjà été décrit [5]. Toutefois, il serait intéressant de suivre les lots traités et non traités avec un antibiotique à la mise en lot sur toute la période d’engraissement, et non seulement pendant un mois.

Des pasteurelles… et des mycoplasmes

Dans les sept lots avec des troubles respiratoires, des pasteurelles sont isolées par ENP et ATT à JC. Pour cinq d’entre eux, la prévalence de pasteurelles est supérieure à 87 % (nos 3, 4, 5, 8, 10), d’où un diagnostic de pasteurellose. Dans les deux autres, elle est inférieure à 40 %, ce qui rend le diagnostic moins aisé (nos 7 et 9). Toutefois, ni le BVT ni l’analyse sérologique n’ont mis en évidence d’infection virale conjointe (PI-3, VRSB, BVDV) pendant l’expérimentation. Les pasteurelles pourraient donc être des agents pathogènes majeurs impliqués dans tous les lots atteints. Parmi les quatre lots infectés par Mannheimia haemolytica (nos 4, 8, 9, 10), trois présentent aussi une séroconversion à Mycoplasma bovis (nos 8, 9, 10).

Intérêt de l’écouvillonnage profond

Dans notre étude, au sein d’un même lot, les pasteurelles isolées à JC par ENP et celles qui sont trouvées par ATT sont toujours de la même espèce. Cela ne signifie pas que les souches isolées à ces deux niveaux de l’arbre respiratoire sont identiques. Seul un profil d’antibiorésistance ou un profil ADN permettrait de conforter cette hypothèse. Cependant, une étude a montré que les souches de pasteurelles isolées par ENP et par ATT chez un animal malade sont génétiquement identiques dans 70 % des cas et présentent la même antibiosensibilité (sauf pour l’ampicilline et la spectinomycine) [4]. L’ENP semble donc une méthode de prélèvement fiable pour isoler les pasteurelles responsables de troubles respiratoires dans un lot [1, 6].

Corrélation entre pasteurelles

• Entre J0 et JC, les espèces de pasteurelles isolées ne sont pas toujours bien corrélées. Elles sont identiques dans seulement trois lots sur sept (nos 3, 5, 10). Pour ces lots, les possibilités de contact entre les bovins allotés et les autres bovins sont faibles (nos 3 et 5) ou de courte durée, entre J0 et JC (n° 10).

• Lors d’un épisode clinique de pasteurellose, les espèces de pasteurelles isolées chez différents animaux d’un même lot sont similaires, même pour des expressions cliniques à quelques jours d’intervalle (figure complémentaire “Exemple de la dynamique des pasteurelles isolées dans un lot atteint”, sur planete-vet.com). D’après cette observation, la mise en évidence d’une même espèce de pasteurelles chez les premiers bovins atteints dans un lot serait une indication des pasteurelles impliquées dans les troubles respiratoires à venir. Prélever par ENP les premiers animaux atteints d’un lot avant toute thérapeutique antibiotique permettrait donc d’isoler, lors de pasteurellose, l’agent pathogène majeur et, ainsi, de déterminer son antibiosensibilité, afin d’adapter au mieux le traitement des futurs cas ou de l’ensemble du lot.

Raisonner l’antibiothérapie

• Dans tous les lots étudiés présentant des bronchopneumonies infectieuses enzootiques, des pasteurelles sont impliquées. La méthode décrite par Schmitt-Van de Leemput et Van Duijkeren a permis de les isoler facilement à partir des ENP et des ATT [7, 8]. Les espèces détectées par ENP à l’échelle d’un lot sont identiques à celles retrouvées par ATT. L’ENP semble donc une technique fiable pour isoler les pasteurelles responsables d’affections respiratoires dans un lot atteint.

• Dans cette étude, les bactéries isolées lors de troubles respiratoires ne sont pas toujours les mêmes qu’à l’introduction (sauf lorsque aucun contact n’est établi avec d’autres bovins ou que les signes surviennent très tôt après la mise en lot). Toutefois, les résultats suggèrent que, lors de pasteurellose dans un lot, la même espèce est retrouvée chez tous les bovins atteints. Prélever les premiers bovins affectés dans un lot avant l’antibiothérapie permettrait donc d’isoler les pasteurelles impliquées. Un traitement antibiotique raisonné, fondé sur l’antibiosensibilité des souches isolées chez les premiers animaux, peut alors être mis en place pour les cas suivants ou sur l’ensemble du lot.

Tableau 1 : Caractéristique des lots suivis pendant l’étude

(1) Touchant au moins un animal du lot dans les 30 jours suivant l’introduction.

Tableau 2 : Pathogènes isolés à l’introduction (J0) et lors de troubles respiratoires (JC) dans les lots atteints

(1) Nombre d’animaux chez lesquels des pasteurelles ont été isolées par rapport au nombre d’animaux prélevés.PM : Pasteurella multocida. MH : Mannheimia haemolytica. ENP : écouvillonnage nasal profond. ATT : aspiration transtrachéale. PC : prélèvement contaminé. ND : non déterminé. Dans cette étude, au sein d’un même lot, les pasteurelles isolées par ENP et par ATT lors de l’épisode clinique sont toujours les mêmes, mais elles ne sont pas identiques à celles qui sont trouvées à la mise en lot.